Hollande justifie les ventes faméliques de « Unir » par l'influence de Bolloré derrière le succès de Sarah Knafo
Par Roman Thill
François Hollande n'a écoulé que 1 300 exemplaires de son livre « Unir » en trois jours, contre 63 000 pour Sarah Knafo. Sur RTL, l'ancien président a invoqué la machine médiatique de Vincent Bolloré pour expliquer l'écart.
L'écart est vertigineux, et il dit quelque chose de l'état des forces en présence. À peine 1 300 exemplaires vendus en trois jours pour Unir : Nouveau monde, nouvelle gauche (Robert Laffont), le nouvel ouvrage de François Hollande paru le 3 septembre, contre 63 000 pour Le Casse du siècle (Fayard) de Sarah Knafo, dont l'éditeur avait tablé sur un premier tirage de 100 000 exemplaires après plus de 25 000 préventes en un mois. Invité de RTL ce mardi, l'ancien président de la République a choisi sa ligne de défense : le succès de la députée européenne Reconquête s'expliquerait par l'appareil médiatique de Vincent Bolloré.
Une courbe qui en dit long
Le chiffre de 1 300 ventes est d'autant plus cruel qu'il s'inscrit dans une trajectoire descendante continue. En 2018, Les Leçons du pouvoir s'étaient écoulées à près de 160 000 exemplaires. Puis Affronter avait plafonné autour de 17 000 en 2021, Le Défi de gouverner à 6 700 en 2024. On le sait, les ventes de livres politiques ressemblent souvent à des sondages sauvages : elles mesurent moins la qualité d'un texte que l'appétence des électeurs pour un visage. Or la courbe de François Hollande dessine une désaffection régulière, que rien, dans sa réponse de mardi, ne vient vraiment contester.
Sur RTL, l'ancien chef de l'État a d'abord tenté de relativiser : il ne s'agirait que des chiffres des « trois premiers jours de vente ». « Ma démarche ne va pas durer trois jours, elle sera beaucoup plus longue », a-t-il assuré, avant d'élargir : « Ma démarche ne va pas se traduire simplement en chiffres de vente. L'enjeu est tellement grand. Jamais une élection présidentielle n'aura été aussi décisive pour notre avenir. »
Le procès en machine Bolloré
C'est ensuite que François Hollande a sorti l'argument central : « Il y a un électorat très mobilisé, celui de l'extrême droite. On voit ce qu'un groupe privé tel que celui de Bolloré peut lui apporter en termes de production, de distribution et de mobilisation », a-t-il déclaré au micro de Marc-Olivier Fogiel.
Le fait est réel, et il serait malhonnête de le nier : Sarah Knafo a bénéficié d'une exposition considérable dans les médias du groupe Bolloré. Invitée à répétition sur CNews, une du Journal du Dimanche, mise en avant dans les magasins Relay omniprésents dans les gares et les aéroports : la promotion du Casse du siècle a été industrielle. Pascal Praud saluait d'ailleurs le 3 septembre « un certain courage, ou une certaine insolence, ou un certain humour » de l'auteure. Mais transformer ce constat en explication suffisante relève d'un réflexe bien connu à gauche : quand le public ne suit pas, c'est la faute du dispositif, jamais du message.
Car l'argument a ses limites, et elles sont instructives. François Hollande n'est pas un inconnu boudé par les antennes : ancien président, il dispose d'un accès aux médias que beaucoup de candidats lui envieraient, comme le prouve sa présence même sur RTL ce mardi. Surtout, les réseaux sociaux, les librairies indépendantes et le bouche-à-oreille ont maintes fois porté des livres sans canal de promotion organisé. Que 63 000 lecteurs se précipitent sur un essai consacré à la gestion de l'argent public pendant que le « préprogramme » d'un ancien chef de l'État peine à franchir les 1 300 exemplaires dit peut-être moins la puissance d'un empire que l'aspiration d'une partie du pays.
Une candidature qui se cherche
Reste la stratégie, que l'ancien président ne cache guère. Son livre, qui défend notamment une « TVA sociale » et un départ à la retraite à 63 ans, fait office de programme en attendant une candidature qu'il caresse ouvertement : compter sur l'effondrement du candidat issu de la primaire du Parti socialiste et de Place publique pour s'imposer en recours. Un calcul de retraité du pouvoir qui suppose d'être encore attendu. Les chiffres de librairie, eux, racontent une autre histoire.
« Je ne pense pas que le programme de Sarah Knafo puisse être un programme pour une présidentielle », a encore affirmé François Hollande, jugeant que « l'enjeu est beaucoup plus grand ». Possible. Mais quand on ambitionne de rassembler un pays, commencer par expliquer que ceux qui lisent ailleurs sont manipulés n'est pas la méthode la plus sûre. La droite, elle, ferait bien de retenir la leçon inverse : le succès de Sarah Knafo ne doit rien au hasard, et tout à un électorat qui achète, lit et se mobilise. C'est précisément ce que la gauche ne parvient plus à faire.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite

