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Blocus des lycées : Sophie Binet annonce que la CGT viendra « protéger » les lycéens mardi face à une « répression inédite »

Par Clarence Azolina

Invitée de TF1 lundi 5 octobre, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a annoncé que ses militants rejoindront mardi la mobilisation lycéenne et étudiante, dénonçant une réponse policière « irresponsable » du gouvernement.

Blocus des lycées : Sophie Binet annonce que la CGT viendra « protéger » les lycéens mardi face à une « répression inédite »

La mobilisation lycéenne, qui essaime depuis la mi-septembre, franchit une étape. Invitée lundi 5 octobre de Bonjour ! La matinale de TF1, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a annoncé que ses militants se joindront mardi 6 octobre à l'« acte III » de la contestation appelé par l'Union syndicale lycéenne, rejointe par des étudiants. Objectif affiché : que les « chasubles rouges permettent de protéger (leur) droit de manifester », « en sécurité », a-t-elle insisté.

Le vocabulaire choisi n'est pas anodin. « Les militantes et militants de la CGT seront là pour protéger les lycéennes et les lycéens parce que nous avons été scandalisés de ce que nous avons vu depuis dix jours et de cette répression inédite que le gouvernement a organisée contre (leur) mobilisation », a assuré la syndicaliste. Protéger : le mot dit tout de la stratégie. En se posant en bouclier des lycéens, la CGT s'arroge un rôle d'encadrement d'un mouvement qui lui échappait, et transforme un conflit scolaire en confrontation générale avec l'exécutif. On peine à croire à une simple coïncidence de calendrier, alors que la centrale a parallèlement appelé à manifester le 29 septembre contre le gel du point d'indice des fonctionnaires, promettant selon franceinfo une « journée noire ». Le mouvement lycéen offre une caisse de résonance commode à une rentrée sociale qui peinait à trouver son souffle.

« Jamais depuis mai 68 » : la comparaison qui en dit long

Sophie Binet, elle-même ancienne CPE, n'a pas ménagé la charge contre l'exécutif. « On n'envoie pas les policiers pour déloger des lycéens et lycéennes qui expriment des revendications légitimes », a-t-elle estimé, ajoutant : « Jamais, au moins depuis mai 68, un gouvernement n'a eu une telle stratégie, c'est irresponsable. »

La référence à mai 68 mérite d'être interrogée. Le gouvernement recense quelque 5 000 interpellations depuis le début du mouvement, un chiffre qui témoigne d'une réponse ferme, certes, mais aussi de l'ampleur des débordements : blocages, violences, personnels et élèves blessés. Présenter le maintien de l'ordre comme une « répression » digne d'un autre âge revient à gommer une part de la réalité : lorsque des centaines d'établissements sont bloqués et que des violences éclatent, l'État n'a guère le choix entre intervenir et abandonner le terrain. d'ailleurs que Sophie Binet elle-même reconnaît, du bout des lèvres, que « les violences desservent toujours les mobilisations », « parce qu'elles font diversion des revendications ». Concession de circonstance, vite diluée dans la dénonciation policière.

Fermetures de lycées : la polémique du dialogue

La secrétaire générale de la CGT a également critiqué la décision du gouvernement de faire fermer certains établissements. Les cours sont « totalement ou partiellement » suspendus ce lundi dans 400 à 500 lycées, dès lors que les conditions de sécurité ne sont « pas réunies », a indiqué dimanche sur France 2 le ministre de l'Éducation Édouard Geffray.

Pour Sophie Binet, il faut au contraire permettre « au personnel éducatif de faire son travail, d'ouvrir le dialogue avec les lycéens et les lycéennes », voire organiser « une journée banalisée » pour laisser les élèves « décider de leurs revendications et de leurs modes d'action », « en sécurité dans leurs établissements scolaires ». La proposition a de quoi surprendre : institutionnaliser le blocage en le rebaptisant journée de débat reviendrait à céder sur le principe même de l'autorité scolaire. D'autant que la fermeture préventive d'un lycée, quand l'intégrité des personnes est en jeu, relève d'abord du bon sens. D'ailleurs, du côté des enseignants, le ton est plus mesuré : Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, appelait sur BFM à ce que « collectivement, (on) prenne un peu de hauteur sur la situation » , une manière polie de ne pas suivre la CGT dans l'escalade.

Dégradations « mineures » : la facture, elle, est bien réelle

Sur le fond, Sophie Binet estime que « les conditions d'études » des lycéens « ont rarement été aussi dégradées », pointant un « nombre d'enseignants non remplacés (qui) a doublé ces dix dernières années ». Un constat qui n'est pas contestable en soi, et que beaucoup de parents d'élèves partagent.

C'est la suite qui interroge. Interrogée sur les dégradations commises lors des blocages, la syndicaliste a argué que « la question des dégradations est mineure par rapport aux moyens à débloquer pour isoler nos établissements scolaires, mettre à niveau le bâti scolaire », exigeant du gouvernement des « annonces concrètes ». Voilà un glissement sémantique qui mérite attention : qualifier de « mineure » la destruction de biens publics, c'est déresponsabiliser ceux qui les commettent , et renvoyer la facture, mécaniquement, vers la collectivité, c'est-à-dire vers les contribuables, y compris les familles modestes dont la CGT se réclame. Cette lecture dédouane les auteurs au nom de la cause, et culpabilise l'État d'avance, quelles que soient les circonstances.

Une rentrée sociale à plusieurs étages

Difficile de ne pas lire l'offensive de la CGT dans une continuité plus large. Entre l'appel à manifester le 29 septembre, la promesse d'une « journée noire » après le gel du point d'indice des fonctionnaires et l'embrasement des lycées, la centrale de Montreuil conjugue tous les fronts disponibles. Soutenir les revendications légitimes des lycéens sur les remplacements ou les moyens est une chose ; transformer chaque blocage en procès du gouvernement et chaque intervention policière en « répression » en est une autre. Le risque, pour la CGT comme pour le mouvement lycéen lui-même, est que la politisation à outrance finisse par épuiser la sympathie de l'opinion , et par desservir précisément les revendications qu'il prétend porter.

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