Chants à la gloire de Merah et Abdeslam : Patrick Jardin, père d'une victime du Bataclan, maintient sa plainte malgré les insultes
Par Clarence Azolina
Patrick Jardin, père de Nathalie tuée au Bataclan le 13 novembre 2015, a déposé plainte contre de jeunes gens ayant chanté à la mémoire de Mohamed Merah et Salah Abdeslam, et affirme sur X qu'il ne laissera « jamais passer » de tels chants.
Une plainte qui ne fait pas l'unanimité, et alors ?
Patrick Jardin ne lâche rien. Le père de Nathalie, tuée au Bataclan le 13 novembre 2015, a confirmé sur X son dépôt de plainte contre de jeunes gens qui ont chanté à la mémoire de Mohamed Merah, le tueur de Toulouse et Montauban, et de Salah Abdeslam, membre du commando du 13-Novembre. Un geste qu'il assume intégralement, quitte à déplaire.
Dans son message, posté le 7 octobre, il se dit soutenu mais pas épargné : « je remercie les nombreuses personnes qui me soutiennent dans mon dépôt de plainte […] mais comme d'habitude je ne fais pas l'unanimité », écrit-il, précisant recevoir encore des insultes pour avoir porté plainte « contre des enfants qui n'ont fait qu'une bêtise ». L'argument de la « bêtise » de jeunesse, il le connaît, et il le balaie sans détour : « je ne laisserai JAMAIS passer des chants à la gloire de merah et abdeslam ».
« Si on laisse faire, on s'expose à de nouveaux attentats »
La justification de Patrick Jardin tient en une phrase, et elle n'est pas celle d'un homme aveuglé par la douleur : « si on laisse faire on s'expose à de nouveaux attentats sur notre sol ». On peut discuter la forme ; le raisonnement, lui, est difficile à réfuter. L'apologie du terrorisme est un délit en droit français, et elle ne cesse pas de l'être parce que ses auteurs sont jeunes, ou parce que la scène se déroule dans un lieu où l'on aurait pu attendre un minimum de retenue.
Voilà le cœur du problème que ce dépôt de plainte met en lumière : une partie du débat public semble avoir intégré que la jeunesse des auteurs constitue une excuse, voire un motif d'abstention judiciaire. Pourtant, chanter la gloire des hommes qui ont assassiné 130 personnes à Paris et huit à Toulouse et Montauban n'appartient pas à la catégorie des frasques d'adolescents. C'est une provocation qui vise précisément les familles de victimes, et Patrick Jardin, mieux que quiconque, est fondé à le dire.
Que ses parents aient pu conduire l'une des jeunes mises en cause au commissariat ne change rien à l'affaire : la démarche familiale, honorable en soi, n'efface ni le fait ni sa gravité. La justice est précisément là pour distinguer la responsabilité de chacun, proportionner la réponse, et rappeler une règle qui devrait être élémentaire.
Le courage de l'impopularité
Il y a quelque chose de notable dans la séquence : un père de victime, insulté pour avoir saisi la justice, remercie calmement ceux qui le soutiennent et poursuit sa route. Le rapport de force symbolique est inversé. Ce ne sont pas ceux qui ont glorifié des terroristes qui font l'objet d'un consensus réprobateur spontané, c'est celui qui porte plainte contre eux qui doit se justifier.
Ce renversement en dit long sur l'état d'une société où la fermeté envers l'islamisme est devenue suspecte, presque gênante, quand la provocation anti-française bénéficie d'une indulgence quasi automatique dès lors qu'elle porte l'étiquette de la jeunesse. Patrick Jardin rappelle une évidence que dix ans d'enquêtes, de procès et de commémorations auraient dû graver durablement : les attentats du 13-Novembre ne sont pas un fait divers parmi d'autres, et la mémoire de leurs auteurs n'est pas un terrain de jeu.
À charge désormais pour la justice de traiter cette plainte avec le sérieux qu'elle mérite. Les familles de victimes, qui ont tout enduré, n'ont pas à endurer en plus qu'on célèbre les assassins de leurs proches.
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