Paris : un jeune de 19 ans annonce porter plainte après un geste d'un policier filmé place de la Bastille
Par Clarence Azolina
Le 8 octobre, lors de la mobilisation lycéenne place de la Bastille à Paris, une vidéo montre un policier enfoncer sa matraque entre les fesses d'un jeune homme de 19 ans, Ahmed, qui annonce porter plainte.
Les faits sont filmés, et la vidéo circule largement sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours. Le 8 octobre, lors de l'acte IV de la mobilisation lycéenne place de la Bastille à Paris, on y voit un agent de police enfoncer sa matraque entre les fesses d'un jeune homme debout au milieu des manifestants. La victime présumée, prénommée Ahmed, âgée de 19 ans, a annoncé ce dimanche son intention de porter plainte, dans un long témoignage accordé au média en ligne Les Répliques.
Ce que montre la vidéo, ce que dit le jeune homme
Sur les images, le geste du policier apparaît sans ambiguïté apparente. Ahmed, lui, raconte ne pas avoir immédiatement compris ce qui venait de lui arriver : « Sur le coup, c'est très douloureux, je sautille de douleur… », confie-t-il, avant d'expliquer : « Quelqu'un m'a montré la vidéo et c'est à ce moment-là que j'ai compris que c'était une agression sexuelle. » C'est à la suite de cette prise de conscience qu'il annonce porter plainte contre le fonctionnaire.
Sur X, l'avocat Me Seydi Ba a relayé la vidéo en dénonçant un geste délibéré : « Rien ne le justifie. Rien, sinon la volonté d'humilier un enfant en mimant une sodomie avec une matraque », écrit-il, évoquant une agression sexuelle aggravée par l'usage d'une arme, passible de sept ans d'emprisonnement. L'internaute à l'origine de la diffusion des images fait, lui, le rapprochement avec l'affaire Théo Luhaka, ce jeune de 22 ans grièvement blessé par une matraque policière à Aulnay-sous-Bois en février 2017 : « l'affaire Théo a pas suffit ? »
Une justice qui se rendra d'abord sur les réseaux ?
Deux précisions s'imposent, et elles ne sont pas contradictoires. Si les faits sont établis tels que la vidéo le suggère, ils sont graves et doivent être poursuivis : l'autorité de la police repose précisément sur le fait que ses membres ne se comportent pas comme ceux qu'ils sont chargés de contenir. Un policier sanctionné lorsqu'il le mérite est la meilleure protection des policiers qui font correctement un métier difficile.
Mais la méthode pose question. Avant même tout dépôt de plainte, avant toute audition du fonctionnaire mis en cause, le verdict circule déjà : qualification pénale, peine encourue, parallèle avec l'affaire Théo. Le procès se fait sur X, la justice viendra ensuite confirmer ce que l'opinion a déjà tranché. Ce n'est pas ainsi qu'une démocratie traite ses forces de l'ordre, pas plus que ses citoyens. La présomption d'innocence vaut pour un policier comme pour un manifestant, et l'IGPN existe précisément pour établir les faits : le contexte du geste, l'identité de l'agent, son témoignage, les suites médicales éventuelles. Tout cela mérite enquête, pas exécution en ligne.
Une deuxième plainte le même jour
Selon France 3 Régions, ce serait le deuxième signalement public visant un policier pour des violences sexuelles commises ce même 8 octobre en Île-de-France. Une femme de 31 ans a en effet rapporté à l'Inspection générale de la police nationale avoir été victime d'une agression sexuelle par un agent, à un autre endroit de la capitale : devant le lycée Hélène-Boucher, dans le XXe arrondissement, en marge d'une manifestation. Une enquête en flagrance a été ouverte sur ce second cas.
Deux affaires distinctes, le même jour, dans le même mouvement social : de quoi alimenter durablement la défiance d'une partie de la jeunesse envers l'institution policière. C'est là que l'enjeu dépasse les deux dossiers judiciaires. La mobilisation lycéenne, déjà largement récupérée politiquement, trouve dans ces images un carburant supplémentaire. Chaque geste fautif filmé devient une arme contre l'ensemble de la profession, et chaque mise en cause globale et précipitée nourrit en retour l'esprit de corps. On connaît cette mécanique depuis des années ; elle n'a profité à personne, ni aux victimes, ni aux policiers, ni à l'ordre public.
La justice doit maintenant faire son travail, vite et clairement. Si la faute est caractérisée, qu'elle soit sanctionnée sans complaisance : c'est à ce prix que l'uniforme garde son autorité. Si l'enquête nuance le récit, qu'on le sache aussi. Ce qui serait indéfendable, c'est que l'affaire reste suspendue entre une vidéo virale et un silence institutionnel.
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