Condamné à 18 ans de réclusion pour viols sur mineurs, un homme de 300 kg met la prison de Varennes-le-Grand face à ses limites
Par Rudy Levasseur
Un homme de 53 ans, pesant 300 kg, a été incarcéré le 25 septembre à la prison de Varennes-le-Grand, en Saône-et-Loire, après sa condamnation à 18 ans de réclusion criminelle pour viols sur mineurs. Son état de santé pose de lourdes difficultés à l'établissement.
Il pèse environ 300 kg, ne peut faire que « deux pas » selon son avocat, et reçoit des soins trois fois par jour. Depuis le 25 septembre, cet homme de 53 ans purge le début d'une peine de 18 ans de réclusion criminelle pour viols sur mineurs à la prison de Varennes-le-Grand, en Saône-et-Loire. Comme le rapporte L'Est Républicain, relayé par Midi Libre ce lundi 12 octobre, son incarcération se transforme en casse-tête pour l'administration pénitentiaire.
Un procès déjà hors normes
Le dossier était d'emblée singulier. Jugé avec son frère devant la cour d'assises de la Haute-Saône, le quinquagénaire a dû comparaître dans un lit médicalisé. Son procès avait même été délocalisé au ParcExpo 70, à Vesoul, en raison de son état de santé. Reconnu coupable de viols commis entre 2008 et 2017, il a fait appel de sa condamnation, ce qui n'épuise pas la question : la peine de première instance, elle, s'exécute déjà.
Il y a là un fait à méditer. La justice a fait son travail, jusqu'à adapter le lieu du procès pour juger l'accusé dans des conditions dignes. C'est l'État, derrière, qui ne suit pas. On sait condamner les crimes les plus graves ; on peine à organiser matériellement la sanction qui doit en découler. Et c'est dans ce vide que s'engouffrent les demandes d'aménagement.
Une prison sans équipements adaptés
Transporté en ambulance jusqu'à l'établissement, le condamné a été installé dans une cellule adaptée aux personnes à mobilité réduite. Le personnel médical lui rend visite trois fois par jour, notamment pour l'aider à accomplir les gestes du quotidien. Mais l'établissement ne dispose pas de tous les équipements nécessaires à sa prise en charge.
« On n'a pas de lève-malade, par exemple. Comment fait-on pour gérer tout ça au mieux ? », s'inquiète Romain Bernier, responsable régional du syndicat Ufap-Unsa, auprès de L'Est Républicain. Même tonalité chez Samuel Beugny, secrétaire local du même syndicat : « Sa prise en charge est vraiment très compliquée et on se demande bien ce qu'on fera s'il y a un souci ». Sollicitée, la direction de la prison n'avait pas répondu avant la publication de l'article.
Ces alertes méritent d'être entendues pour ce qu'elles sont : le constat de personnels placés devant une charge que leurs moyens ne leur permettent pas d'assumer correctement. Ce n'est pas une plaidoirie pour le détenu, c'est un aveu de sous-équipement. Or on ne cesse d'entendre que la prison française est la honte de l'Europe. Ce dossier illustre une autre réalité, tout aussi gênante : l'administration fait ce qu'elle peut, trois soins par jour, cellule adaptée, transport médicalisé, pendant que la question des moyens et des établissements spécialisés reste sans réponse depuis des années.
La suspension de peine, fausse bonne solution ?
C'est ici que le débat bascule. L'avocat du condamné, Me Étienne Garniron, juge que la prison n'est pas adaptée à la situation de son client. « Je ne vois pas d'autre solution que la suspension de la peine », explique-t-il, évoquant une mesure prévue par la loi pour raisons médicales.
Le dispositif existe, il est légitime dans son principe, et nul ne conteste que des soins lourds puissent être impossibles en détention. Mais il faut poser la question frontalement : un homme reconnu coupable de viols sur des mineurs pendant près de dix ans peut-il, trois semaines après son incarcération, être renvoyé chez lui parce que le pénitencier n'a pas de lève-malade ? La réponse ne relève pas de la compassion seule. Elle engage la crédibilité de la sanction pénale, la protection des victimes et le message adressé à toutes les autres. Si chaque profil médical complexe vaut sortie de prison, c'est toute la chaîne pénale qui se déréglera à mesure que les pathologies lourdes se multiplieront en détention.
Le vrai débat est ailleurs
Les syndicats, eux, réclament des établissements spécialisés pour les détenus souffrant de lourdes pathologies. La demande est raisonnable, et elle pointe la seule issue sérieuse : plutôt que de libérer au cas par cas, doter le système d'unités hospitalières sécurisées capables d'accueillir ces profils. Cela suppose des moyens, des choix budgétaires et une volonté politique que les gouvernements successifs repoussent d'année en année.
Le procès en appel dira si la condamnation tient. Mais quelle que soit l'issue judiciaire, le problème posé à Varennes-le-Grand ne disparaîtra pas avec ce dossier. Une société qui condamne sévèrement doit se donner les moyens d'exécuter ses peines, y compris quand c'est compliqué. Sinon, à force d'adaptations humanitaires faute de structure, c'est l'autorité de la justice qui s'effrite, un lève-malade manquant après l'autre.
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