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« Je veux des OQTF qui veulent tout baiser » : le streameur Rayan PSN épinglé après son appel aux émeutes du 17 octobre

Par Clarence Azolina

Dans un stream, l'influenceur Rayan PSN, installé à Dubaï, a appelé à recruter des « chefs d'émeute » et des « OQTF » pour la manifestation du 17 octobre, se disant prêt à en faire une « war zone ».

« Je veux des OQTF qui veulent tout baiser » : le streameur Rayan PSN épinglé après son appel aux émeutes du 17 octobre

« Tu me ramènes deux-trois soldats chefs d'émeute »

Les mots ont le mérite de la clarté. Dans un stream relayé sur les réseaux sociaux et rapporté par Boulevard Voltaire, l'influenceur Rayan PSN a ouvertement appelé à organiser des émeutes en marge de la manifestation prévue le 17 octobre. Pas une formule malheureuse, pas une métaphore de meeting : un véritable appel d'offres pour casseurs.

« Tu fais quoi, le 17 ? Oui, nous aussi, on va à la guerre, tu viens ? », lance-t-il, avant de préciser son cahier des charges : « Tu me ramènes deux-trois soldats chefs d'émeute, bousillés aussi. Wallah je veux des gens qui ont pas peur, qui ont déjà fait des gardes à vue. » Et de conclure, au cas où le message n'aurait pas été compris : « Des mecs OQTF qui veulent tout baiser, c'est ça que je veux. Je veux des bousillés, des chefs de meutes. » Son comparse, en stream avec lui, ajoute : « Le 17, c'est war zone. »

Retenons la demande centrale : des « gardes à vue » sur le CV, des OQTF dans les rangs. Rayan PSN ne demande pas des manifestants, il recrute un profil pénal. Difficile de faire plus explicite sur ce que certains attendent des cortèges parisiens : non pas une expression politique, mais un terrain de guérilla urbaine, avec des hommes déjà connus de la justice et, pour partie, sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français.

Le confort de Dubaï, la guerre pour les autres

Détail qui a son importance : Rayan PSN habite à Dubaï. C'est depuis l'émirat, à des milliers de kilomètres des pavés qu'il souhaite voir voler, que l'influenceur recrute ses « soldats ». Le schéma est désormais bien rodé dans l'univers des streameurs : on monétise la provocation à destination d'un public français, on attise les tensions d'un pays où l'on ne met plus les pieds, et l'on regarde le résultat en direct depuis une résidence à l'abri de toute poursuite immédiate. L'émeute à distance, en quelque sorte, avec le confort fiscal en prime.

Juridiquement, pourtant, la distance ne protège de rien. La provocation directe à la commission de crimes ou de délits, même non suivie d'effet, tombe sous le coup de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui s'applique aussi aux contenus diffusés en ligne. Appeler publiquement à « tout baiser » lors d'une manifestation, en visant nommément des personnes sous OQTF, n'a rien d'une opinion : c'est une incitation à l'émeute, passible de poursuites. Reste à savoir si la justice saisira le dossier avec la même célérité que le streameur a mise à le publier. Car c'est bien là que le bât blesse depuis des années : non pas l'absence de textes, mais l'irrégularité de leur application face aux provocateurs en ligne.

OQTF : l'aveu glissé dans une phrase

Il y a, dans cette tirade, un aveu qui vaut toutes les statistiques. Lorsqu'un influenceur qui veut « tout baiser » demande spontanément des « mecs OQTF », il décrit une réalité que le débat public préfère souvent traiter par l'euphémisme : une partie des profils mobilisables pour la violence urbaine est constituée d'étrangers en situation irrégulière, déjà condamnés ou signalés, que l'État a ordonné d'expulser et qui sont toujours là. Si le stock de « chefs de meutes » disponibles inclut naturellement des OQTF, c'est bien que le stock existe, et qu'il n'a pas été expulsé.

Le taux d'exécution des obligations de quitter le territoire français reste structurellement faible, malgré les annonces successives des ministres de l'Intérieur qui se sont relayés sur le sujet. Chaque épisode de ce type vient rappeler que ce n'est pas une question technique secondaire : c'est un enjeu d'ordre public au sens le plus concret. Un OQTF qui n'est pas exécutée n'est pas une ligne dans un tableur ; c'est parfois, comme ici, une ligne dans un appel à l'émeute.

Un écosystème qui se répète

L'affaire Rayan PSN ne tombe pas du ciel. Ces derniers mois, le cas Mahdi B., TikTokeur algérien multipliant les provocations contre les forces de l'ordre, avait déjà illustré ce mélange d'impunité affichée et d'inamovibilité revendiquée : interpellé pour outrage après avoir insulté des policiers, il clamait, selon Le Figaro, « Wallah je vais pas quitter la France ». Même jurons, même posture, même rapport au pays d'accueil : on y bénéficie de tout, on y méprise l'autorité, et l'on en défie les lois avec une audience en guise de bouclier.

Que des milliers de jeunes spectateurs suivent en direct un homme qui recrute des émeutiers pose enfin une question aux plates-formes comme au pouvoir. Aux plates-formes, qui modèrent avec zèle bien des contenus infiniment moins graves mais laissent prospérer ces appels tant qu'ils rapportent de l'audience. Au pouvoir, qui dispose des outils légaux pour poursuivre, couper les revenus et, le cas échéant, interdire le territoire à un provocateur installé à l'étranger. La manifestation du 17 octobre dira si les « chefs d'émeute » ont répondu présents. La suite judiciaire dira, elle, si l'appel à la guerre proféré depuis Dubaï est enfin traité comme ce qu'il est : un délit, pas un contenu.

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