J'vois pas c'qu'on viendrait faire là-dedans, on n'a pas les mêmes besoins » : des agriculteurs se désolidarisent de la manifestation des Blacks Blocks aujourd'hui
Par Rudy Levasseur
François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale, a expliqué ce vendredi pourquoi son syndicat agricole ne rejoindrait pas la mobilisation du 17 octobre, nourrie par la colère lycéenne et marquée par la présence annoncée de black blocs.

La convergence des luttes n'aura pas lieu, du moins pas côté campagnes. Ce vendredi 17 octobre, alors que des appels à se mobiliser largement circulent sur les réseaux sociaux, portés par la colère des lycéens, François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale, a détaillé pourquoi son syndicat agricole ne manifesterait pas : « Je vois pas ce qu'on viendrait faire là-dedans, on n'a pas les mêmes besoins », a-t-il résumé, refusant de mêler les revendications paysannes à un mouvement au sein duquel la présence de black blocs est redoutée.
Un refus assumé, une ligne claire
La prise de position du dirigeant syndical intervient dans un contexte tendu. L'exécutif prévoit quelque 250 manifestations et 80 cortèges sur l'ensemble du territoire, et le ministère de l'Intérieur a autorisé les policiers et gendarmes à recourir à « l'ensemble des armes intermédiaires à leur disposition ». Laurent Nuñez a par ailleurs annoncé que les grenades assourdissantes, interdites dans le cadre du mouvement lycéen, pourront être utilisées en cas de « violences urbaines ».
Autant dire que le climat annoncé n'a rien d'une manifestation syndicale classique. Et c'est précisément ce que pointe la Coordination rurale : les agriculteurs ont leurs propres combats, leurs propres calendriers, et rien à gagner à se fondre dans un cortège dont personne ne maîtrise vraiment la composition ni les débordements.
Le sens de la mesure syndicale
Ce choix de ne pas défiler dit quelque chose d'un syndicalisme agricole qui, à droite, a su historiquement se démarquer des grandes journées d'action interprofessionnelles. Les paysans savent manifester : blocages de routes, actions ciblées devant les préfectures, tracteurs en cortège. Des méthodes identifiables, qui portent un message précis et qui, surtout, ne se prêtent pas à l'infiltration de casseurs venus d'on ne sait où. Difficile d'imaginer un black bloc au volant d'un tracteur.
En refusant la convergence, la Coordination rurale protège aussi son capital de sympathie. Les crises successives, de la crise agricole de 2024 aux mobilisations contre les accords commerciaux, l'ont montré : l'opinion publique fait la différence entre des manifestants qui défendent un métier et des cortèges qui tournent à l'affrontement. Se mélanger aux seconds, c'est diluer la légitimité des premiers.
Une journée qui donne raison aux prudents
Le déroulé de la journée semble d'ailleurs confirmer ce réflexe de prudence. Si plus d'un millier de manifestants ont défilé dans le calme à Nantes, les autorités faisaient état en début d'après-midi de vives tensions à Paris et à Marseille, où le poste de police municipale de la Canebière était en cours de destruction par des manifestants, selon les informations relayées.
Face à ces dérives, la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a elle-même appelé à distinguer les situations : « On ne maintient pas l'ordre de la même manière face aux blacks blocs que face à nos enfants devant les lycées », a-t-elle exhorté. Une formule qui valide, sans le dire explicitement, l'analyse de la Coordination rurale : dans ces journées-là, il y a d'un côté des revendications, et de l'autre une violence organisée qui n'attend qu'une occasion.
Chacun sa lutte
Reste une leçon plus générale. L'idée d'une grande convergence, chère à une partie de la gauche radicale qui rêve de refaire 1968 ou les Gilets jaunes, bute régulièrement sur un obstacle simple : les corps intermédiaires qui ont de vraies revendications professionnelles n'ont aucun intérêt à servir de chair à cortège pour des groupes dont l'objectif est l'affrontement avec les forces de l'ordre. En disant non, François Walraet ne fait pas de la politique partisane ; il fait du syndicalisme, au sens le plus concret du terme. Et c'est sans doute là que le mouvement du 17 octobre perd son argument le plus précieux : l'adhésion de ceux qui travaillent.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite


