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Bobigny : un juge accusé de communautarisme, les faits racontent autre chose

Par la rédaction Le Rempart

Youssef Badr, président de chambre correctionnelle au tribunal judiciaire de Bobigny, est la cible d'injures racistes et de menaces de mort depuis la condamnation, le 18 juin 2026, d'Erik Tegnér, directeur du magazine Frontières. Une phrase lui prêtant un délire sur des "juges qui ressemblent aux prévenus" circule, sans source vérifiable.

Bobigny : un juge accusé de communautarisme, les faits racontent autre chose

Ce qui s'est réellement passé à Bobigny

Le 18 juin 2026, le tribunal correctionnel de Bobigny, formation collégiale de trois juges présidée par Youssef Badr, magistrat et président de chambre correctionnelle, a condamné Erik Tegnér, directeur du magazine Frontières, à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende. Le délit : avoir diffusé des informations relatives à la vie professionnelle d'avocats spécialisés en droit des étrangers, dont un fameux "podium des avocats des clandestins" avec liste nominative à l'appui. Une mise en danger, a jugé le tribunal.

Dans les jours suivants, le magistrat est devenu la cible d'une campagne d'injures racistes et de menaces de mort sur les réseaux sociaux. On lui a nié sa qualité de Français, on a convoqué sa confession, réelle ou supposée, on lui a prêté des opinions politiques imaginaires. Youssef Badr a porté plainte le samedi 20 juin 2026. Le Conseil de l'Ordre des avocats de Paris et SOS Racisme ont publié des soutiens publics entre le 24 juin et le 1er juillet 2026.

La phrase qu'on lui prête, et que rien ne confirme

Voilà pour le vérifié. Reste l'accroche qui circule : le juge Badr aurait estimé qu'un prévenu noir devrait être jugé par un juge noir, "et non par un blanc". À cette heure, aucune source du dossier ne confirme cette déclaration. Aucune citation datée, aucune interview, aucun propos rapporté par le Conseil de l'Ordre ou par SOS Racisme. La prudence s'impose donc : attribuer à un magistrat une pareille sortie racialiste sans trace écrite relèverait exactement du procédé pour lequel Tegnér vient d'être condamné.

Le racisme ne devient pas acceptable parce qu'il vise un juge

Là où l'affaire devient franchement savoureuse, c'est que les attaques documentées contre Youssef Badr reposent précisément sur la logique qu'on lui prête : juger un homme sur sa couleur, son nom, sa religion supposée, plutôt que sur son dossier. Nier sa qualité de Français à un président de chambre correctionnelle parce qu'il s'appelle Youssef, c'est faire en pire ce qu'on prétend dénoncer.

Au Rempart, nous n'avons pas de tendresse particulière pour la magistrature bobignoise, souvent plus rapide à sermonner qu'à sanctionner la délinquance quotidienne. Mais un verdict se critique sur son fond, ses attendus, sa proportionnalité. Pas sur la couleur de peau du juge qui l'a signé. La justice par ressemblance ethnique, c'est la fin du droit commun : et ceux qui s'en prennent au magistrat en racistes notoires ne devraient pas s'étonner d'être les premiers à alimenter cette dérive qu'ils disent combattre.

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