Merwane Benlazar : viré de France 5 par Rachida Dati, recyclé par France Inter
Par la rédaction Le Rempart
L'humoriste Merwane Benlazar a été évincé de l'émission « C à vous » sur France 5 après une polémique sur son apparence et d'anciens tweets, mais conserve sa chronique sur France Inter où il est revenu le 10 février 2025.
Pourquoi cette affaire dépasse le simple fait divers
Un chroniqueur télévisé se fait renvoyer pour son look. Une ministre intervient personnellement. La radio publique du même groupe le maintient en poste. L'affaire Merwane Benlazar pose en quelques jours des questions sur la cohérence du service public, la frontière entre humour et provocation, et le traitement réservé aux symboles religieux à l'antenne. Elle illustre surtout le découplage croissant entre les lignes éditoriales de France Télévisions et de Radio France, deux entités pourtant toutes deux financées par le contribuable.
Les faits : une chronique, une tenue, un tollé
Le 31 janvier 2025, Merwane Benlazar apparaît pour la première fois à la télévision dans l'émission « C à vous » sur France 5. Selon les documents disponibles, les critiques ne visent pas le contenu de sa chronique, mais son apparence : sweat large, barbe longue, bonnet. Cette silhouette est interprétée par certains téléspectateurs comme porteuse de signes associés à l'islamisme politique.
L'ancienne députée européenne Nathalie Loiseau s'indigne « au nom de toutes les femmes », selon Le Figaro. Rachida Dati, ministre de la Culture, déclare que Benlazar ne « serait plus à l'écran ». Il est établi que cette décision ministérielle concerne France 5. À cette heure, rien ne permet de confirmer si une procédure formelle de licenciement a été engagée ou s'il s'agit d'une simple non-reconduction.
L'apparence en débat : explications et ironie
Benlazar a offert deux explications de son look. Lors d'un spectacle au théâtre l'Européen le 6 février 2025, il précise : « Tu sais pourquoi j'ai mis un bonnet ? Je vais le dire : j'ai une calvitie. » Le bonnet proviendrait de la marque Zara. Il portait également un sweat ample et une barbe non taillée.
Cette explication physiologique n'a pas dissipé la controverse. Les documents indiquent que des anciens tweets datant de 2021 ont été exhumés. L'un d'eux écrit : « La place d'une femme est à la demeure auprès de son père. Crains ton seigneur. » Benlazar affirme que ces propos relèvent de l'ironie et non de remontrances religieuses. Cette version est contestée dans l'espace public, où la frontière entre humour provocateur et discours sérieux reste floue.
Le spectacle de réponse : « viré par une Arabe »
Le 6 février 2025, Benlazar monte sur scène au théâtre l'Européen à Paris pour un spectacle-réponse. Selon Le Figaro, il y lance : « Je savais que j'allais être viré un jour, mais par une Arabe c'est ch...t. » Cette phrase vise Rachida Dati, ministre de la Culture, qui est d'origine algérienne. L'humoriste y répond aux accusations de racisme dont il estime être l'objet.
Cette citation pose la question de la stratégie rhétorique de Benlazar : inverser l'accusation en se présentant comme victime de racisme, tout en utilisant une référence ethnique à l'égard de celle qui a prononcé son éviction. Les documents ne permettent pas de déterminer si cette approche a été préparée avec des conseillers ou relève d'une improvisation scénique.
France Inter maintient le cap : le « nécessaire » de Matthieu Noël
Le 10 février 2025, Benlazar réintègre son poste de chroniqueur dans « Zoom Zoom Zen », l'émission de Matthieu Noël sur France Inter. Sa fréquence d'intervention est de tous les quinze jours, selon Le HuffPost. Noël présente ce retour comme « nécessaire », précisant aussitôt : « Son retour n'est pas apprécié, il est nécessaire. »
Benlazar y déploie une ironie feutrée sur sa propre situation : « Ça fait deux semaines que je n'étais pas venu. Il y a deux semaines, j'étais votre petit chroniqueur du lundi. Et maintenant, disons-le, je suis la célébrité de l'émission. » Puis, s'adressant à Noël : « Vire-moi, par pitié. Vire-moi tout de suite, Matthieu. »
Cette chronique pose en creux une question que les documents ne permettent pas de trancher : France Inter a-t-elle délibérément choisi de contrebalancer la décision de France 5, ou applique-t-elle simplement une autonomie éditoriale sans lien avec la polémique télévisuelle ?
Les acteurs en présence : qui décide quoi
Merwane Benlazar est le personnage central, chroniqueur sur deux médias du service public. Rachida Dati intervient comme ministre de la Culture, donc tutrice des chaînes publiques, pour prononcer son éviction de l'écran. Matthieu Noël, animateur sur France Inter, fait le choix opposé de le maintenir et de valoriser ce maintien comme un acte éditorial fort.
Nathalie Loiseau intervient comme figure politique de la contestation, sans que les documents précisent si elle a porté plainte ou saisi le CSA/Arcom. Cyril Lacarrière, collègue de Benlazar sur France Inter, est mentionné comme ayant été « taclé » par lui, mais les documents ne précisent pas la nature de cette attaque.
Les deux institutions, France 5 (France Télévisions) et France Inter (Radio France), relèvent de groupements publics distincts mais tous deux financés par la redevance audiovisuelle, désormais prélevée sur l'impôt. À cette heure, rien ne permet de confirmer si la direction de Radio France ou celle de France Inter ont été consultées ou ont validé le maintien de Benlazar.
Ce que le dossier ne dit pas
Plusieurs éléments manquent pour comprendre pleinement cette affaire. Il n'a pas été possible de vérifier si des plaintes ont été déposées auprès de l'Arcom. La chronologie précise des décisions internes à France 5 et à France Inter n'est pas établie. Aucun précédent d'éviction similaire pour apparence n'est documenté dans le dossier. Le cadre juridique applicable : statut des chroniqueurs, nature de leur contrat, existence ou non d'une clause de réserve, n'est pas précisé.
Les enjeux politiques plus larges : positionnement de la macronie sur les signes religieux, stratégie électorale vis-à-vis du RN, cohérence de la ligne éditoriale du service public, ne sont pas documentés par des sources primaires. Les réactions de la direction de France Télévisions, de Radio France, ou de l'Élysée, n'apparaissent pas dans les documents disponibles.
Analyse du Rempart
Le contribuable français finance deux maisons qui se contredisent ouvertement sur un même cas. France 5 renvoie un chroniqueur jugé trop visiblement identifié à l'islam politique ; France Inter le conserve, l'encense, et transforme sa polémique en ressource comique. Cette incoherence n'est pas un bug, c'est une feature du service public fragmenté : chaque directrice, chaque animateur, chaque ministre tire la couverture de son côté, sans que personne ne réponde de l'ensemble.
Matthieu Noël parle de « nécessaire ». Nécessaire à quoi ? À l'équilibre démocratique ? À la diversité des opinions ? Ou simplement au buzz, aux articles, aux tweets qui font l'audience ? Le cynisme de la formule , « pas apprécié, nécessaire » , sonne comme l'aveu d'une stratégie : provoquer pour exister, choquer pour se distinguer dans le bruit médiatique.
Benlazar joue habilement de cette machine. Viré d'un côté, il devient martyr de l'autre. Ses anciens tweets, qu'il qualifie d'ironiques, tombent à pic pour alimenter le débat. Son bonnet Zara devient symbole, sa calvitie alibi, sa barbe étendard. L'humoriste a compris que dans la France de 2025, la polémique est le meilleur agent publicitaire, et que le service public, loin de la modérer, la rémunère.
Reste la question que le dossier ne permet pas de trancher, mais que le contribuable est en droit de poser : à quoi sert la redevance, si elle finance à la fois l'éviction et le maintien, la censure ministérielle et la provocation assumée, le « plus jamais à l'écran » et le « vire-moi, Matthieu » ? Le service public n'a plus de ligne. Il a des lignes, multiples, contradictoires, et toutes payées par le même prélèvement.
Ce qui manque encore : une clarification des responsabilités entre ministère, régulateur, et directions des entreprises publiques. Et surtout, une explication au contribuable sur la cohérence, ou l'absence de cohérence, de ce qu'on lui fait financer.
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