Puteaux : un homme de 31 ans battu à mort pour son téléphone, le suspect soudanais était sous OQTF
Par Dimitri Scudo
Dans la nuit du 23 août, Étienne, 31 ans, a été roué de coups sur la passerelle reliant La Défense à l'île de Puteaux par un voleur qui voulait lui arracher son téléphone. Le suspect, un Soudanais de 25 ans en situation irrégulière et sous OQTF, a été confondu par son ADN et écroué ce lundi.

Un meurtre pour un téléphone
C'est un fait divers d'une violence qui laisse sans voix. Dans la nuit du 23 août, peu après 1 heure du matin, Étienne, un habitant de Puteaux de 31 ans, rentrait simplement chez lui en empruntant la passerelle qui relie le parvis de La Défense à l'île de Puteaux (Hauts-de-Seine). C'est là qu'un voleur a tenté de lui arracher son téléphone portable. La résistance ou le simple refus de la victime a déclenché un déchaînement : le jeune homme a été roué de coups, littéralement lynché. Grièvement blessé, il a succombé le 1er septembre, neuf jours après l'agression.
L'enquête a progressé vite. Selon une information du Parisien, un suspect a été confondu par son ADN. Il s'agit de Samir, un Soudanais de 25 ans, déféré ce lundi devant un juge d'instruction à Nanterre. Il a été mis en examen pour « vol avec violence ayant entraîné la mort » et placé en détention provisoire.
Un OQTF qui n'aurait jamais dû être là
Voilà le point de l'affaire qui dépasse le seul fait divers : le suspect est en situation irrégulière sur le territoire et faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Autrement dit, l'État avait déjà tranché : cet homme n'avait rien à faire en France. Il y était pourtant, libre de ses mouvements, un soir d'août, sur une passerelle de Puteaux.
Cette réalité, on la retrouve avec une régularité accablante dans les colonnes des faits divers. Les OQTF sont prononcées en nombre croissant, mais leur exécution reste le point faible structurel de la politique migratoire française, gouvernement après gouvernement. Chaque drame de ce type pose la même question, qui n'a rien d'idéologique : à quoi sert une décision de justice ou d'administration si elle n'est pas appliquée ? Une OQTF non exécutée n'est pas une décision, c'est un vœu. Et ce sont des victimes comme Étienne qui en paient le prix.
On entendra sans doute qu'il ne faut pas faire d'amalgame. C'est exact. Il ne s'agit pas de désigner une population, mais de constater une défaillance précise, nommable et corrigeable : quand l'État ordonne à un étranger en situation irrégulière de partir et qu'il ne le fait pas partir, il prend un risque dont les conséquences ne sont pas abstraites. Elles s'appellent ici Étienne, 31 ans, mort pour un téléphone portable.
Une agression d'une brutalité rare
Le caractère crapuleux du crime frappe autant que son contexte. Selon le déroulé de l'enquête, la victime n'était ni connue de son agresseur ni engagée dans un conflit quelconque. Elle rentrait chez elle. L'embrasement de violence pour un objet de quelques centaines d'euros illustre une forme de délinquance de rue où la vie humaine pèse moins lourd qu'un smartphone. Le Parisien qualifie à juste titre ce crime de fait qui « glace le sang ».
La passerelle entre La Défense et l'île de Puteaux est un axe emprunté chaque jour par des milliers d'habitants et de salariés du quartier d'affaires. La nuit, ces zones de passage piétonnier, désertes, concentrent depuis longtemps les signalements d'insécurité. Les habitants de Puteaux le disent régulièrement à leurs élus. Jusqu'ici, sans que le sujet devienne une priorité.
Ce que la suite devra dire
La justice fera son travail : la qualification retenue, vol avec violence ayant entraîné la mort, expose le suspect à une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Mais le procès à venir ne répondra pas à tout. Il restera la question de l'exécution des OQTF, celle de la sécurisation des abords nocturnes de La Défense, et celle, plus large, d'un État qui prononce beaucoup et exécute peu.
Étienne avait 31 ans. Il rentrait chez lui. Son meurtre présumé aurait dû être ailleurs depuis longtemps : c'est ce fait-là, simple et terrible, que le débat public ne doit pas laisser passer.
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