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Présidentielle : Jean-Louis Borloo s'apprêterait à annoncer sa candidature pour « réparer la République »

Par Roman Thill

Selon Le Canard enchaîné, l'ancien ministre Jean-Louis Borloo s'apprêterait à déclarer sa candidature à l'élection présidentielle, avec pour mot d'ordre la nécessité de « réparer la République ».

Présidentielle : Jean-Louis Borloo s'apprêterait à annoncer sa candidature pour « réparer la République »

C'est un retour que peu d'observateurs avaient inscrit à leur tableau. Selon les informations du Canard enchaîné, Jean-Louis Borloo, 74 ans, ancien ministre d'État et figure historique du centre droit, s'apprêterait à annoncer sa candidature à l'élection présidentielle. Le diagnostic qui accompagnerait cette décision est sans détour : « On est dans la merde absolue, il faut réparer la République », aurait-il confié.

La formule, abrupte, a au moins le mérite de la clarté. Elle rejoint un constat qu'une large part des électeurs de droite partage depuis longtemps : institutions affaiblies, autorité de l'État diluée, finances publiques en état d'urgence, débat public réduit à un affrontement de blocs. Qu'un homme du sérail, qui a exercé les plus hautes responsabilités, reprenne ce diagnostic à son compte mérite attention plutôt que raillerie.

Un parcours qui pèse

Rappelons de qui il s'agit. Maire de Valenciennes de 1989 à 2002, Jean-Louis Borloo a été ministre sous Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy, tour à tour chargé de l'Emploi et de la Cohésion sociale, de l'Économie après le départ de Thierry Breton, puis de l'Écologie, avec rang de ministre d'État, poste qu'il quitte en 2010. Il fonde en 2012 l'Union des démocrates et indépendants (UDI), qu'il préside jusqu'en 2014, avant de se retirer de la vie politique active pour raisons de santé et de reprendre sa robe d'avocat.

Autant dire que l'homme connaît la machine. C'est précisément ce qui rend sa démarche intéressante, et ce qui en marque aussi la limite. Quand un ancien ministre d'État affirme qu'il faut « réparer la République », on est en droit de lui demander sa part dans le constat. La dérive des comptes publics, la montée du communautarisme, l'effritement de l'autorité ne datent pas d'hier : ils se sont construits sous des majorités où il siégeait. Cette objection, la droite serait bien avisée de la poser calmement, car elle vaut pour beaucoup de candidatures de la dernière chance.

Une candidature qui interroge la droite

Politiquement, l'irruption de Borloo pose une question concrète : qui rassemble-t-il ? Son socle naturel est le centre droit humaniste, européen, attaché à l'économie sociale de marché. C'est un électorat réel mais étroit, déjà courtisé par Édouard Philippe et par l'aile modérée de la macronie. Une candidature Borloo ne ferait pas de dégât au Rassemblement national ; elle prélèverait des voix dans l'espace où la droite républicaine cherche précisément à se reconstruire.

Difficile donc d'y voir autre chose qu'un facteur de fragmentation supplémentaire à un moment où la droite aurait besoin de clarification. À moins, hypothèse inverse, que cette candidature ne serve de révélateur : si un Borloo juge utile de descendre dans l'arène sur un programme de restauration républicaine, c'est que le champ est jugé ouvert et que les offres existantes sont jugées insuffisantes. Ce verdict-là devrait faire réfléchir les états-majors plus sûrement que n'importe quel sondage.

Le fond avant la forme

Reste le programme, aujourd'hui inconnu. « Réparer la République » est un slogan, pas un plan. Réparer quoi, comment, avec quelle majorité ? Sur l'immigration, la dépense publique, la sécurité, l'école, l'ancien ministre devra sortir du diagnostic pour entrer dans les arbitrages. C'est là que se jouera la crédibilité de sa démarche : la droite ne lui contestera pas le constat, elle attendra les solutions, et elle les mesurera à l'aune du courage qu'elles supposent.

Une chose est sûre : à quelques mois d'une élection décisive, chaque candidature nouvelle redistribue les cartes. Celle de Jean-Louis Borloo, si elle se confirme, ne part pas favorite. Mais elle dit quelque chose de l'état du pays : quand les vétérans de la République estiment qu'elle est à réparer, c'est bien que la casse est avérée. Le débat, désormais, doit porter sur qui la répare, et avec quels moyens.

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