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Présidentielle 2027 : Édouard Philippe se justifie après la polémique sur ses « vacances » post-élection

Par Rudy Levasseur

Invité du podcast de Pauline Laigneau, Édouard Philippe a proposé de repousser l'investiture présidentielle de mai à septembre, sur le modèle américain. Le Rassemblement national et La France insoumise l'accusent de vouloir partir en vacances sitôt élu.

Présidentielle 2027 : Édouard Philippe se justifie après la polémique sur ses « vacances » post-élection

Une proposition de calendrier qui tourne à la polémique

L'épisode a beau avoir été diffusé lundi dans le podcast de l'entrepreneuse Pauline Laigneau, c'est ce jeudi qu'un extrait s'est répandu comme une traînée de poudre. Invité à s'exprimer sur le fonctionnement des institutions, Édouard Philippe a suggéré de décaler l'investiture du président de la République de mai à septembre, en s'inspirant des États-Unis, où le président élu début novembre ne prête serment que le 20 janvier.

Pour le maire du Havre, le calendrier français est « complètement dingue », voire « complètement crétin ». Il dénonce l'enchaînement au pas de charge qui suit le scrutin : « L'idée de dire qu'un président élu le dimanche prend ses fonctions la semaine qui suit, nomme dans les 24 heures un premier ministre, qui doit lui présenter un gouvernement dans les 48 heures… », a-t-il déclaré, y voyant un mélange de « le roi est mort, vive le roi » et de continuité de l'État mal comprise. L'ancien Premier ministre dresse un parallèle avec l'entreprise : aucun patron, selon lui, ne choisirait son comité exécutif en 48 heures « sans connaître toujours très bien les gens, sans vérifier plein de choses sur eux ».

Sur le fond, l'argument n'est pas dépourvu de sens, et il est même de ceux qu'une droite attentive à la qualité de la décision publique peut entendre. La formation précipitée des gouvernements français a produit son lot de castings ratés et de démissions précoces. Le problème n'est donc pas l'idée, mais la manière dont elle est venue et ce qu'elle dit du personnage.

« Se reposer », « décompresser » : les mots qui ont dérapé

Car Édouard Philippe n'a pas seulement plaidé pour une transition plus longue afin de « constituer ses équipes » et de « consulter beaucoup plus lentement », des partenaires sociaux aux chefs d'État étrangers. Il a aussi évoqué le besoin, pour le nouvel élu, de « se reposer » et de « décompresser après une élection hyperusante, hyperfatigante ». Sans aller jusqu'à préconiser « trois mois de vacances », il a estimé qu'une à deux semaines « ne font pas de mal avant de repartir ».

C'est ce mot de vacances que le Rassemblement national a isolé, relayant une séquence expurgée de toute référence aux consultations ou à la formation du gouvernement. La France insoumise s'est jointe à la curée. Le candidat Horizons s'en est agacé, dénonçant une polémique montée « à partir de phrases tronquées ». Ce qui est factuellement défendable : l'extrait complet contient bien des nuances, et le camp Philippe a de bonnes raisons de crier à la manipulation.

Mais la défense a ses limites. Qu'un candidat à l'Élysée mette spontanément sa propre fatigue et son besoin de repos au cœur d'une réflexion institutionnelle en dit long sur sa lecture de la fonction. Les Français qui travaillent n'ont pas attendu Édouard Philippe pour savoir ce qu'est une période usante. Le procès en communication grossière que mène le RN est sommaire ; le réflexe de centrer le débat sur le confort du futur élu, lui, est bien réel.

Un aveu de faiblesse du système qu'il connaît trop bien

L'ancien locataire de Matignon a d'ailleurs lui-même clos le débat en concédant qu'en France les choses « ne fonctionnent pas comme ça » et qu' « il faut faire avec le système tel qu'il fonctionne », car « ce serait très compliqué » de faire autrement. Il a même reconnu qu'un exécutif sortant, usé par cinq ans au pouvoir et privé d'assise politique, serait mal placé pour expédier les affaires courantes pendant plusieurs semaines.

Autrement dit : la réforme proposée est jugée inapplicable par son propre auteur, dans un pays où toute modification du calendrier électoral suppose une révision constitutionnelle. Voilà qui résume assez bien la méthode Philippe depuis qu'il a quitté Matignon : une culture de l'exercice du pouvoir réelle, un sens de la décision que la macronie actuelle a perdu, mais une propension à philosopher à voix haute sur des hypothèses qui ne seront jamais mises en oeuvre, au risque d'offrir chaque semaine un angle d'attaque à ses adversaires.

À sept mois de l'échéance, le candidat qui se présente comme l'homme de l'expérience vient de s'offrir une polémique évitable, alimentée certes par la découpe malhonnête de ses rivaux, mais née de ses propres mots. À droite, où l'on attend un candidat qui parle d'abord du travail des Français plutôt que de sa propre récupération, la séquence laissera des traces. Elle conforte en tout cas une critique récurrente : celle d'un homme plus à l'aise dans l'analyse des mécanismes du pouvoir que dans la démonstration qu'il est prêt à l'assumer sans pause.

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