Carburants : Macron réunit les chefs de partis à l'Élysée sur la crise internationale et le détroit d'Ormuz
Par Roman Thill
Emmanuel Macron a convié ce vendredi 18 septembre 2026 les chefs de partis et candidats à la présidentielle à l'Élysée pour une réunion sur la dégradation de la situation internationale, la crise énergétique et la réouverture du détroit d'Ormuz, alors que les prix des carburants explosent.
Ce n'est pas une baisse des taxes sur le carburant qu'Emmanuel Macron met à l'agenda ce vendredi 18 septembre 2026, mais une réunion de crise sur la scène internationale. Le président de la République a convié à l'Élysée les chefs des partis représentés au Parlement, ou leurs candidats à la présidentielle, pour évoquer la « dégradation rapide » de la situation géopolitique et ses conséquences sur la sécurité et l'énergie. Au coeur des discussions : la crise énergétique majeure qui frappe le pays et la tentative française de contribuer à la réouverture du détroit d'Ormuz, verrou stratégique dont le blocage pèse directement sur les cours mondiaux du pétrole et, mécaniquement, sur le prix à la pompe.
Le choix du terrain est en soi un message. Plutôt que d'ouvrir le dossier de la fiscalité intérieure sur les carburants, dont la part reste considérable dans le prix final payé par les automobilistes, l'exécutif préfère situer le problème hors de ses frontières. Ce cadrage a le mérite de la cohérence géopolitique, mais il dispense commodément de répondre à une question que les Français posent à chaque plein : que peut faire, concrètement, Paris sur le prix affiché à la station ?
Une réunion pour « éclairer le débat » de la campagne
La liste des convives ressemble à un avant-goût de 2027. Seront présents Manuel Bompard pour La France insoumise, Jordan Bardella à la place de Marine Le Pen, en déplacement, mais aussi Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (Les Républicains), Raphaël Glucksmann (Place publique), Olivier Faure (Parti socialiste), Marine Tondelier (Les Écologistes) et Fabien Roussel (Parti communiste). Les centristes François Bayrou (MoDem) et Hervé Marseille (UDI), ainsi qu'Éric Ciotti (UDR), allié du RN, complètent le tableau.
Officiellement, il s'agit d'une réunion confidentielle sur la sécurité et l'énergie. Officieusement, un conseiller cité par l'Agence France-Presse glisse que le chef de l'État veut « éclairer le débat » de la campagne présidentielle, afin que les promesses des candidats tiennent compte de la « complexité » de la situation. La formule est habile et dit beaucoup : à sept mois du scrutin, le président sortant, qui ne peut se représenter, entend donner des leçons de réalisme à ceux qui briguent sa succession. On peut y voir un souci légitime de pédagogie face à une crise qui dépasse les frontières nationales. On peut aussi y lire la volonté d'un locataire de l'Élysée de peser jusqu'au bout sur une campagne qui le regarde moins que ses successeurs, quitte à transformer les oppositions en auditeurs d'un cours magistral.
Le gouvernement recule sur les aides, la rue s'échauffe
Car pendant que l'Élysée regarde vers Ormuz, la pression sociale monte. Le ministre des PME, du Commerce et du Pouvoir d'achat, Serge Papin, a confirmé ce vendredi matin sur le plateau de la matinale de TF1 que « l'aide aux grands rouleurs ne s'arrêtera pas au 30 septembre ». « Toutes les aides sont prolongées : que ce soit les aides aux pêcheurs, aux agriculteurs et aides aux BTP », a-t-il précisé, évoquant une réunion du gouvernement lundi pour « réfléchir à ce qu'on peut proposer ».
L'annonce, faite à la hâte en matinale, en dit long sur l'état d'esprit de l'exécutif : prolonger des dispositifs existants plutôt qu'annoncer une mesure structurelle. C'est une réponse défensive, qui évite le vrai débat sur la fiscalité du carburant, pourtant au coeur de la colère des Gilets jaunes en 2018. Le gouvernement semble décidé à ne pas rouvrir ce chantier, comme si la leçon de ce mouvement avait été retenue à moitié : on sait ce qu'il ne faut plus oser, mais on ne sait toujours pas quoi proposer à la place.
La mobilisation, elle, s'organise. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a annoncé jeudi une « journée noire » le 29 septembre, tandis que les appels à la mobilisation contre la vie chère se multiplient et font craindre une résurgence de mouvements du type Gilets jaunes. L'anthropologue Fanny Parise souligne dans nos colonnes que « le déclassement se vit dans des situations très concrètes », rappelant que la colère actuelle puise dans le quotidien, pas dans l'abstraction géopolitique.
Le budget 2027 en toile de fond
La veille, jeudi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté sa feuille de route pour le budget 2027 : 54 milliards d'euros d'économies, avec notamment le gel du point d'indice des fonctionnaires, le gel des aides au logement et un effort demandé aux retraités. Une copie qui a fait bondir l'ensemble des oppositions, de gauche comme de droite.
L'équation du pouvoir est donc la suivante : demander 54 milliards d'efforts aux Français, prolonger en catimini des aides sectorielles, et convoquer les partis pour parler du détroit d'Ormuz. Chaque élément pris isolément peut se défendre. L'envolée des cours liée au blocage d'un passage stratégique du commerce mondial relève effectivement d'une crise internationale que la France ne contrôle pas, et tenter d'agir sur sa réouverture est un rôle que l'on attend d'une puissance dotée d'une voix diplomatique. Mais l'assemblage dessine un exécutif plus à l'aise dans la hauteur de vue que dans la réponse au pouvoir d'achat, à l'heure où la facture de carburant devient, selon les mots mêmes de l'Élysée, « insupportable » pour une partie du pays.
À sept mois de la présidentielle, cette réunion matinale à huis clos confirme en tout cas une chose : la campagne de 2027 se fera sous la double contrainte d'une crise énergétique internationale et d'une facture sociale intérieure. Les candidats réunis ce matin autour de la table présidentielle le savent. Reste à savoir si celui qui les a conviés acceptera, d'ici là, de parler du levier qu'il contrôle réellement : la fiscalité française.
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