Primaire socialiste : Olivier Faure érige en ligne rouge le rapprochement du salaire brut et du net
Par Rudy Levasseur
Invité de BFMTV puis sur X le 13 septembre 2026, Olivier Faure a listé ses marqueurs de campagne pour la primaire socialiste : retraite à 62 ans, refus de la capitalisation et de la TVA sociale, et rejet du rapprochement du salaire net du brut, présenté comme un « discours de droite ».
C'est un poste d'affichage idéologique plus qu'un programme. Sur X, samedi 13 septembre 2026, Olivier Faure a fixé le cadre de sa candidature à la primaire socialiste en termes exclusivement négatifs. « Rapprocher le net du brut comme le veut la droite, ne pas vouloir revenir à la retraite à 62 ans comme nous le défendons depuis des années, proposer une part de capitalisation ou la TVA sociale, ne pas être clair sur l'augmentation des salaires ou le financement de la transition écologique : pour moi, c'est NON ! », a écrit le premier secrétaire du Parti socialiste, ajoutant : « Nous ne sommes pas là pour passer les plats à nos opposants de droite. »
Dans la même journée, invité de BFMTV, il avait visé sans détour son concurrent Raphaël Glucksmann : embrayer sur ce terrain serait, selon lui, « une erreur ». C'est donc bien à une bataille interne que l'on assiste : Faure entend verrouiller la primaire à gauche avant même que le débat ait commencé.
Une bataille de primaire avant d'être un débat de fond
Le procédé est classique, mais il mérite d'être souligné. Olivier Faure ne réfute pas l'idée qu'un salarié français touche aujourd'hui, sur une feuille de paie, un montant net nettement inférieur à ce que son employeur débourse réellement. Il en fait un marqueur de camp : évoquer cet écart serait, par nature, tenir « un discours de droite ». Autrement dit, la question du coût du travail n'a pas le droit de cité dans la primaire socialiste.
Cette position est pour le moins paradoxale. Le sujet dépasse depuis longtemps les cercles libéraux : le Figaro rappelait ces derniers mois, dans une analyse des programmes en présence, que la problématique du coût du travail et du rapprochement du brut vers le net, via la CSG ou des dispositifs de « zéro cotisation », s'imposait à presque tous les candidats, promettant d'être au cœur de la campagne présidentielle. Refuser d'en débattre, c'est prendre le risque de laisser ce monopole de discours à l'adversaire.
Le terrain que Faure abandonne à Bardella
Ce monopole, le Rassemblement national ne demande qu'à l'exploiter. Le 1er mai 2026, à l'occasion de la Fête du travail, Jordan Bardella avait promis « une société du mérite » où « le salaire brut se rapproche du net », en exaltant les « travailleurs courageux » et les « entrepreneurs audacieux ». La formule a sa logique : elle parle directement au salarié qui compare chaque mois deux chiffres sur son bulletin de paie.
Quand le premier secrétaire du PS décrète que ce langage est interdit de séjour dans sa propre primaire, il commet peut-être une erreur stratégique. L'électorat populaire que la gauche prétend reconquérir est précisément celui qui vit au quotidien l'écart entre brut et net. Lui expliquer que soulever la question, c'est « passer les plats » à la droite revient à censurer un sujet de vie réelle pour des raisons de pureté doctrinale. Difficile d'y voir autre chose qu'une stratégie de démarcation interne, pensée pour Glucksmann plus que pour les électeurs.
Derrière la formule, un vrai verrou budgétaire
Il faut être juste : le débat de fond existe. Rapprocher le net du brut suppose de baisser les cotisations, donc de financer autrement la protection sociale, ou d'en réduire le périmètre. C'est là le vrai argument qu'Olivier Faure aurait pu développer. Le reste de sa liste donne d'ailleurs des indications : refus de la TVA sociale, refus de toute part de capitalisation pour les retraites, maintien absolu de la ligne des 62 ans. C'est un programme de statu quo financé par la dépense publique existante, au moment précis où la France affiche les déficits et le niveau de prélèvements obligatoires que l'on sait.
aussi la coquetterie du calendrier : le même Olivier Faure a appelé, il y a peu, ses députés à voter un budget de la Sécurité sociale « de compromis » à l'Assemblée, comme le rapportait Brut. Compromis à Paris, intransigeance sur X : la ligne socialiste se joue visiblement sur deux scènes, et l'électeur est prié de ne regarder que celle qui l'arrange.
Une primaire sous cloche
Au bout du compte, cette sortie en dit moins sur le salaire brut que sur l'état du PS. Plutôt que d'affronter la question du coût du travail, que toute la droite et une partie de la gauche de gouvernement ont intégrée, Faure préfère fermer la porte du débat avant l'ouverture des hostilités. C'est tactiquement habile à l'intérieur du parti, où il conserve l'appareil. C'est beaucoup moins convaincant face au pays, dont la première préoccupation reste le pouvoir d'achat. Une primaire qui commence par définir ce dont il est interdit de parler annonce rarement un grand vainqueur.
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