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France 2 : le 13 heures illustre le couple français par une femme voilée et un homme en qamis, et provoque la polémique

Par Clarence Azolina

Le journal de 13 heures de France 2 a choisi, pour illustrer un couple français, un dessin représentant une femme voilée et un homme en qamis, tenue traditionnelle du monde arabo-musulman. Une séquence qui fait débat.

France 2 : le 13 heures illustre le couple français par une femme voilée et un homme en qamis, et provoque la polémique

C'est une illustration qui n'est pas passée inaperçue. Comme le révèle jeanmarcmorandini.com, le journal de 13 heures de France 2 a diffusé un dessin destiné à incarner un couple français : une femme voilée d'un côté, un homme portant un qamis de l'autre. Le site spécialisé rappelle utilement de quoi il s'agit : le qamis est une tenue traditionnelle et culturelle « fortement ancrée dans le monde arabo-musulman ». Autrement dit, pour symboliser le couple français, la rédaction de la chaîne publique a retenu des attributs vestimentaires qui renvoient d'abord à une culture religieuse précise, et non à une quelconque neutralité.

Le choix éditorial pose une question qui dépasse le simple graphisme. Une illustration n'est jamais innocente dans un journal télévisé : elle dit, en une image, ce que la rédaction considère comme représentatif. Quand le service public, financé par l'ensemble des contribuables, décide que le visage du couple français est celui d'une femme voilée et d'un homme en qamis, il fait plus que constater une diversité : il opère une sélection, et donc une normalisation. C'est précisément cette dimension militante, assumée ou non, qui alimente la polémique.

Un vêtement au coeur des débats français

Le contexte rend ce choix d'autant plus sensible. Le qamis n'est pas un habit anodin dans le débat public français : c'est, rappelle France 24, la version masculine de l'abaya, ce vêtement long et ample « porté dans de nombreux pays arabes et certains pays africains ». Or l'abaya a été au centre d'une controverse nationale à la rentrée 2023, lorsque Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale, a annoncé son interdiction à l'école. « J'ai décidé qu'on ne pourrait plus porter l'abaya à l'école », déclarait-il le 27 août 2023 sur TF1, au nom du respect de la laïcité. Le Monde précisait alors que l'abaya, mot arabe signifiant « toge » ou « manteau », se porte des épaules jusqu'aux pieds et est « semblable à la djellaba en Afrique du Nord ou au qamis en Afrique de l'Ouest ».

Il y a donc une contradiction difficile à ignorer : l'État juge ces tenues suffisamment chargées religieusement pour les bannir des salles de classe, pendant que la télévision publique les érige en emblème du couple français. Les deux positions peuvent se défendre séparément ; ensemble, elles dessinent un pouvoir public qui ne sait plus très bien où il place le curseur de la laïcité.

Le service public face à sa ligne éditoriale

On peut entendre l'argument inverse : la France compte plusieurs millions de musulmans, et leur représentation à l'écran est légitime. Mais représenter n'est pas symboliser. Un journal qui montrerait la diversité du pays en images aurait mille façons de le faire. En retenir une, précisément celle qui cristallise les tensions sur l'islam et l'identité, relève d'un geste éditorial qui doit être assumé comme tel. Or, à ce stade, France 2 ne s'est pas expliquée publiquement sur cette séquence, si l'on en croit l'état actuel de la polémique rapportée par jeanmarcmorandini.com.

Cette affaire intervient par ailleurs dans une période déjà mouvementée pour l'antenne : la chaîne a dû déprogrammer en urgence Edouard Philippe, premier invité annoncé de l'émission « L'heure de vérité », pour laisser la place à une interview d'Emmanuel Macron, selon le même site. Rien de scandaleux à cela, mais cela rappelle combien la ligne éditoriale du service public reste un sujet politique à part entière.

Au fond, la question n'est pas de savoir si une femme voilée ou un homme en qamis peuvent être Français : ils le sont, pour beaucoup, et nul ne le conteste sérieusement. La question est de savoir pourquoi la télévision publique choisit ce signe, et pas un autre, pour définir ce qu'est un couple français. Tant que cette explication manquera, la suspicion d'un activisme de rédaction continuera de nourrir le débat.

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