Les pompiers défilent à Paris et exigent des moyens : un ministre introuvable, 21 000 postes réclamés
Par Clarence Azolina
Ce mardi 29 septembre, plusieurs milliers de pompiers ont manifesté à Paris, de la place d'Italie, pour réclamer la création de 21 000 postes professionnels et des moyens matériels, après un été d'incendies historiques.
Un cortège à part, entre sirènes et fumigènes
« La France crame, vos pompiers avec » : la pancarte résumait à elle seule l'humeur du cortège. Ce mardi 29 septembre, plusieurs milliers de sapeurs-pompiers, attendus entre 5 000 et 10 000 par les autorités, ont défilé à Paris, partis de la place d'Italie, en marge de la grève nationale de la fonction publique. Pétards, sirènes hurlantes et fumigènes ont rythmé la marche, sous une banderole intersyndicale sobre mais explicite : « Des moyens, pas des miracles », rapporte Le Figaro.
Les soldats du feu sortent d'un été éprouvant : les pires incendies qu'ait connus la France depuis des décennies, aggravés par des vagues caniculaires successives et le flot de secours à la personne qui les accompagne. Ce n'est pas un détail de calendrier : c'est précisément ce qui rend leur mobilisation difficile à balayer d'un revers de manche. Quand ceux qu'on applaudissait au moment des feux de forêt descendent dans la rue quelques semaines plus tard, c'est qu'une promesse implicite n'a pas été tenue.
Le ministre qui « n'avait pas le temps »
C'est sans doute l'élément le plus révélateur de la journée. Selon Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des Services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), les pompiers « se sentent méprisés au regard de l'absence de réponse concrète ». Il a surtout raconté les difficultés rencontrées pour obtenir une simple audience : « On a eu bien du mal à avoir la certitude qu'on serait reçu par le ministre, qui n'avait pas le temps. Il a fallu des opérations de blocage de nos collègues pour obtenir la certitude d'être reçus par le ministre à 15h, ce qui est quand même... Il était prévenu depuis le 13 août. »
Difficile de ne pas s'arrêter sur ce point. Un ministre alerté depuis la mi-août, qui n'accorde un rendez-vous que sous la contrainte de blocages, donne aux syndicats une démonstration éclatante qu'il ne faut pas espérer grand-chose de la discussion institutionnelle. Ce type de négligence protocolaire, en apparence mineure, fabrique à terme des mouvements plus durs : elle apprend aux organisations que seule la pression paie. En matière sociale, c'est une leçon que l'exécutif ne cesse de donner, avant de s'étonner de la radicalité des conflits.
21 000 postes réclamés, une grève ouverte jusqu'au 20 octobre
Sur le fond, les revendications sont chiffrées. Les organisations syndicales réclament la création de 21 000 postes de pompiers professionnels. « On a besoin de moyens pour pouvoir garantir que les camions dont on a besoin, ils existent et ils sont opérationnels, d'avoir des agents formés disponibles pour pouvoir les armer », a détaillé Sébastien Delavoux.
Autre élément de poids : les neuf organisations syndicales représentatives des pompiers professionnels ont déposé début septembre des préavis de grève courant jusqu'au 20 octobre, date de l'examen du projet de loi de finances. Le calendrier est calculé, et il est politique. Les syndicats choisissent le seul moment où le gouvernement ne peut pas renvoyer les dossiers à plus tard : celui où l'argent se distribue. Sur le fond d'ailleurs, la demande rejoint un constat que la droite peut faire sien : l'État, fût-il endetté au-delà du raisonnable, doit rester capable d'assumer ses fonctions régaliennes et de protection. Les pompiers, dans bien des territoires, comptent parmi les derniers représentants visibles du service public, comme le soulignait récemment dans Le Figaro le pompier Antoine Gsegner. Quand ce socle s'érode, ce n'est pas un luxe budgétaire qui disparaît, c'est une chaîne de sécurité civile.
Une mobilisation qui change de nature
Ce défilé s'inscrit dans une histoire récente. En janvier 2020 déjà, les pompiers avaient manifesté à Paris pour dénoncer le manque d'effectifs, et la journée s'était terminée en heurts avec les forces de l'ordre, à coups de gaz lacrymogènes et de canon à eau, des images qui avaient alors indigné l'opposition. Le spectacle de policiers affrontant des pompiers avait marqué les esprits, tant il condense le paradoxe d'un État qui finit par opposer ses propres bras armés.
Cette fois, le cortège parisien a défilé sous sa banderole intersyndicale sans que la source n'évoque d'incident majeur, mais avec une colère à peine contenue et un bras de fer calé sur le calendrier budgétaire. L'exécutif, consommé par l'urgence financière et la succession de crises, pourrait être tenté de traiter ce dossier comme une variable d'ajustement parmi d'autres. Ce serait une erreur de lecture : les pompiers jouissent dans l'opinion d'une sympathie que peu de professions atteignent. Les mépriser coûte cher, et pas seulement en euros.
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