Porte de Charenton : un cocktail Molotov lancé sur les policiers en fin de manifestation à Paris
Par Dimitri Scudo
Un « noyau dur de plusieurs centaines d'émeutiers » a visé les forces de l'ordre samedi à Paris, selon la préfecture. Matthieu Valet (RN) parle de jets « de quoi les brûler vifs ». Aucun bilan des blessés trouvé à ce stade.
Des émeutiers ont lancé au moins un cocktail Molotov sur les forces de l'ordre samedi 31 octobre à la porte de Charenton, dans le 12e arrondissement de Paris, à la fin de la troisième journée de mobilisation contre la vie chère. La préfecture de police décrit un « noyau dur de plusieurs centaines d'émeutiers ». Nous n'avons pas trouvé, à ce stade, de bilan officiel des blessés pour cet épisode.
Ce qui s'est passé à la porte de Charenton samedi après-midi
Le cortège parisien, parti de la porte de Bagnolet, a réuni 70 000 personnes selon la préfecture de police. En fin d'après-midi, la porte de Charenton était saturée de gaz lacrymogènes. Des journalistes de l'AFP y ont vu des dizaines de personnes masquées et vêtues de noir desceller des pavés à coups de marteau pour les jeter sur les policiers.
L'agence fait aussi état d'« au moins un engin incendiaire » lancé en direction des forces de l'ordre, qui ont répliqué par des gaz lacrymogènes et plusieurs charges à coups de matraque. Un camion à eau a été positionné non loin de là.
La préfecture a de son côté signalé des « jets de projectiles dont un cocktail molotov ». Elle a précisé dans le même temps que « la dispersion de la manifestation se poursuit sans difficulté ». Tout dépendait de la rue où l'on se trouvait.
Le syndicat des Cadres de la sécurité intérieure (SCSI) a réagi sur X en parlant de « ce qui semble être un cocktail Molotov » et d'une attaque « d'une extrême gravité ». CNEWS a diffusé peu après 18 heures des images d'une « bombe artisanale incendiaire » qui, selon la chaîne, explose aux pieds d'un policier.
Matthieu Valet (RN) évoque des jets « de quoi les brûler vifs »
Le député européen Matthieu Valet, porte-parole du Rassemblement national, a publié vers 17 h 30 une vidéo de 35 secondes. « À Paris, porte de Charenton, des policiers de compagnie d'intervention sont visés par des jets de cocktails Molotov, de quoi les brûler vifs, de quoi les tuer ! », écrit-il. La phrase décrit ce que peut faire l'arme. Nous n'avons pas trouvé, à ce stade, d'annonce du parquet de Paris sur une enquête ou sur une qualification des faits.
L'élu saisit l'occasion de rappeler une revendication : il assure avoir expliqué sur les plateaux que « les policiers devaient porter une cagoule ignifugée pour se protéger des cocktails Molotov », et que certains lui riaient au nez. Sur le nombre de projectiles, le pluriel de Matthieu Valet côtoie le singulier de la préfecture, et l'AFP s'en tient prudemment à « au moins un ».
Les auteurs ne sont pas identifiés à ce stade. La préfecture parle d'émeutiers, l'AFP de personnes masquées et vêtues de noir, et aucune de ces deux sources ne nomme de mouvance à ce stade. Matthieu Valet dit avoir contredit sur BFMTV un maire communiste, qu'il ne nomme pas et qui, selon lui, « pointait l'ultradroite ». Nous n'avons pas trouvé d'élément officiel attribuant le jet à un groupe, ni d'annonce d'interpellation de son auteur.
Ce que Laurent Nuñez avait annoncé pour le 31 octobre
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait prévenu jeudi 29 octobre d'une journée « à risque très élevé de troubles à l'ordre public ». Son entourage anticipait vendredi des épisodes « comparables à ceux du 17 octobre », date des violences urbaines qui ont frappé plusieurs grandes villes. Jeudi, le ministre comptait 1 193 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement, dont certains « évacués inconscients ».
Le pronostic n'a pas été démenti, même si le bulletin de 14 heures était plus serein : Beauvau décrivait une situation globalement calme sur l'ensemble du territoire, avec 27 interpellations. À Lyon, des policiers d'une compagnie républicaine de sécurité avaient interpellé en début d'après-midi un individu transportant de quoi lancer un engin explosif artisanal. À Bordeaux, la préfète a signalé vers 17 h 55 des groupes hostiles, des projectiles et des barricades.
La mobilisation a pourtant reculé. Le ministère de l'Intérieur a compté 320 000 manifestants en France, dont 70 000 à Paris, contre 410 000 et 110 000 le 24 octobre. L'intersyndicale de la jeunesse annonce près d'un demi-million de personnes, dont 200 000 à Paris. Beauvau avait annoncé 70 000 policiers et gendarmes pour la journée, soit, sur ses propres chiffres, un uniforme pour quatre manifestants et demi.
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