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Ain : la caserne de pompiers d'Ambérieux-en-Dombes attaquée à la voiture bélier pour voler du matériel

Par Dimitri Scudo

Dans la nuit du 28 au 29 septembre, des malfaiteurs ont défoncé la caserne de pompiers d'Ambérieux-en-Dombes (Ain) avec une voiture volée, avant de dérober du matériel de forçage et d'incendier le véhicule.

Ain : la caserne de pompiers d'Ambérieux-en-Dombes attaquée à la voiture bélier pour voler du matériel

Il n'est plus nécessaire de viser une banque ou un entrepôt pour se procurer du matériel de cambriolage : il suffit désormais de s'en prendre à ceux qui sauvent des vies. Dans la nuit de lundi 28 à mardi 29 septembre, vers 3 h 40, des malfaiteurs ont défoncé la porte sectionnelle de la caserne de pompiers d'Ambérieux-en-Dombes, dans l'Ain, à l'aide d'une Renault Mégane volée un peu plus tôt à proximité et utilisée comme voiture bélier, rapporte Le Progrès.

Les voleurs sont repartis avec du matériel de forçage, celui-là même que les sapeurs-pompiers utilisent pour ouvrir portes et fenêtres ou dégager des blessés coincés dans l'habitacle d'un véhicule. Après leur forfait, ils ont incendié la Mégane volée pour effacer toute trace de leur passage. À l'heure où ces lignes sont écrites, les auteurs courent toujours.

Une petite commune rurale sous le choc

C'est la municipalité elle-même qui a révélé les faits sur son compte Facebook, avec une incompréhension qui en dit long sur l'état d'esprit des élus de terrain : « Comment comprendre que l'on puisse s'en prendre à un centre de secours ? À un lieu dont la seule vocation est de permettre à des femmes et des hommes de porter assistance, protéger et sauver, à toute heure du jour et de la nuit ? »

La maire, Christine Fornes, résume le sentiment général : « Nous sommes tous sonnés et choqués. On se rend compte que même une petite commune rurale n'est pas épargnée. »

Cette dernière phrase mérite qu'on s'y arrête. Pendant des années, l'insécurité était présentée comme un problème de quartiers urbains, presque une fatalité cantonnée aux grandes agglomérations. Or voici qu'une caserne de la Dombes, territoire rural par excellence, se fait défoncer le portail à la voiture bélier à 3 h 40 du matin. La géographie de la délinquance organisée ne connaît plus de frontière entre la ville et la campagne, et les communes rurales, dépourvues de moyens de surveillance, deviennent des cibles d'autant plus tentantes qu'elles sont moins défendues.

Une série qui ne doit rien au hasard

Car l'attaque d'Ambérieux-en-Dombes ne constitue pas un fait isolé, loin de là. Dans la nuit du 24 au 25 août, la caserne communale de Civrieux avait déjà été cambriolée. La nuit suivante, c'était celle de Châtillon-sur-Chalaronne qui subissait le même sort. Chez les voisins du Rhône, ce sont onze casernes qui ont été visitées depuis le début du mois d'août, selon Le Progrès. TF1 Info évoquait de son côté, dans un reportage, cinq casernes cambriolées dans le Rhône et en Isère depuis le début du mois, avec cette conséquence concrète soulignée par les pompiers eux-mêmes : « Des délais d'intervention rallongés ». Le média Actu.fr signale en outre des faits similaires en Gironde.

Le mode opératoire est toujours le même : viser le matériel de forçage et de désincarcération, notamment les pinces, qui peuvent ensuite servir à forcer des portes, découper des rideaux métalliques ou s'attaquer à des portes blindées. « Ça peut servir pour des cambriolages », résumaient les pompiers du Rhône et de l'Isère dans le reportage de TF1 Info. Autrement dit, ces vols ne sont pas des dégradations gratuites : ils alimentent vraisemblablement une filière de cambriolage organisée, qui s'équipe directement chez les secours. Difficile d'y voir autre chose qu'une délinquance structurée, méthodique, qui a identifié un maillon faible dans la chaîne.

Un préjudice qui dépasse le matériel

Les sapeurs-pompiers du Rhône l'avaient souligné dans un communiqué après la vague de cambriolages qui les a frappés : « Au-delà des aspects financiers, ces actes malveillants représentent un préjudice opérationnel. » Formulation prudente, mais lourde de sens : quand le matériel de désincarcération manque à l'appel, ce n'est pas un stock qui souffre, c'est la capacité à intervenir auprès d'un accidenté de la route.

Deux enseignements se dégagent de cette affaire. Le premier est que le vol d'outils de secours doit cesser d'être traité comme un cambriolage ordinaire : s'attaquer à une caserne, c'est fragiliser directement la protection de la population, et la qualification pénale comme la réponse judiciaire devraient en tenir compte. Le second est plus politique : le silence du SDIS de l'Ain, qui n'a pas souhaité communiquer sur le sujet selon Le Progrès, tranche avec la transparence assumée par la municipalité d'Ambérieux-en-Dombes. Quand les élus locaux sont seuls à tirer la sonnette d'alarme pendant que les préjudices s'accumulent, il y a matière à s'interroger sur la prise en compte nationale d'un phénomène qui court désormais de la Gironde à l'Isère.

L'enquête devra déterminer si ces différentes attaques sont le fait d'une même équipe. Une chose est sûre : tant que les auteurs ne seront pas interpellés et le matériel retrouvé, les casernes de la région resteront des cibles, et ce sont les habitants qui en paieront le prix au premier accident venu.

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