Petit-Quevilly : excédé par les vols en marge des émeutes lycéennes, un boulanger diffuse les images de sa vitrine dévalisée
Par Dimitri Scudo
Au Petit-Quevilly, près de Rouen, un boulanger a été victime d'un vol filmé par ses caméras en marge des blocages lycéens. Excédé, il a diffusé les images et annonce son intention de porter plainte.

La scène dure quelques secondes et dit beaucoup de l'ambiance qui règne depuis mardi dans l'agglomération rouennaise. Ce jeudi 1er octobre, vers 9 heures du matin, une bande de jeunes cagoulés et masqués a fait irruption dans une boulangerie du Petit-Quevilly, en Seine-Maritime, avant de repartir avec deux présentoirs à sucettes et un présentoir à bonbons. Le tout filmé par les caméras de vidéosurveillance du commerce, dont les images ont été diffusées par Valeurs actuelles.
Sur le moment, le gérant se trouvait dans l'arrière-boutique, occupé à faire le pain, tandis que son employée préparait les sandwichs. Personne au comptoir : les intrus en ont profité. Ni caisse forcée, ni revendication d'aucune sorte. Un jeune homme présent a tenté de s'interposer, en vain.
Un vol sans cause, en pleine éruption lycéenne
Le vol de bonbons peut prêter à sourire. Il ne le devrait pas. Car ce n'est pas le butin qui compte, mais le principe : un groupe de jeunes masqués, profitant du désordre ambiant, entre dans un commerce et s'y sert comme dans une zone de non-droit. C'est exactement ce que redoutent les petits commerçants à chaque épisode de mobilisation qui dégénère : devenir la variable d'ajustement d'un chaos qu'ils n'ont ni provoqué ni appelé de leurs voeux.
Le contexte, lui, n'a rien d'anodin. La boulangerie se situe à deux pas du lycée Élisa-Lemonnier, l'un des établissements les plus touchés par les émeutes qui secouent l'agglomération depuis mardi. Dans la matinée de jeudi, le proviseur de ce lycée a été frappé au cou avec une barre métallique et gazé, selon France 3 Normandie ; il est revenu au lycée vers 11 heures, une minerve autour du cou. La façade de l'établissement, rénovée après un an de travaux, a également été dégradée. Le rectorat a dénoncé des agressions « d'une violence inouïe ». À 13 heures, la préfecture recensait cinq blessés parmi les forces de l'ordre et les personnels éducatifs, et quatorze interpellations pour la seule journée de jeudi, soit vingt-trois depuis le début du mouvement.
La colère d'un artisan, le symptôme d'une exaspération
Excédé, le boulanger a choisi de publier la vidéo sur les réseaux sociaux, accompagnée d'un message de colère. Il y rappelle les mois de hausse des matières premières, des taxes et des impôts, et les efforts déployés par les artisans pour ne pas répercuter ces coûts sur leurs clients. « Et aujourd'hui, cette bande de dégénérés a osé rentrer chez NOUS. Le but ? Voler ! », écrit-il. S'il dit comprendre les mouvements de grève, il affirme ne pas tolérer « ces débordements ». Il ignore de quel établissement venaient les auteurs, mais relève qu'il n'y en a « pas 36 autour ». Contacté par Valeurs actuelles, il a indiqué son intention de porter plainte.
Ce coup de gueule mérite qu'on s'y arrête. Voilà un artisan qui absorbe depuis des mois l'inflation des matières premières et le poids des charges pour préserver sa clientèle, et qui voit sa boutique pillée par des jeunes dont la cause, quelle qu'elle soit, n'a manifestement rien à voir avec le prix du beurre ou de la farine. Difficile d'y voir autre chose que de l'opportunisme délinquant sous couvert de mobilisation. Et c'est précisément cette confusion qui délégitime les mouvements lycéens aux yeux de l'opinion : quand le proviseur finit avec une minerve et que le boulanger du coin se fait vider sa vitrine, le message politique, s'il en existait un, a depuis longtemps disparu.
Le vrai test : la réponse de l'autorité
Reste la question de la suite. Vingt-trois interpellations en trois jours, c'est un début ; mais tout se jouera sur les suites judiciaires données à ces affaires et sur l'identification des auteurs du vol, que les images de vidéosurveillance devraient faciliter. Le boulanger a fait sa part : il a filmé, diffusé, et annoncé qu'il porterait plainte. Il revient désormais à l'autorité publique de démontrer que les zones de non-droit ne s'installent pas, même à la marge d'un mouvement social. Pour les artisans de quartier, épuisés économiquement et exposés physiquement, c'est la seule réponse qui compte.
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