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Gélatine de porc dans les jus de pomme : la rumeur qui oblige Oasis à démentir

Par Roman Thill

Accusée sur les réseaux sociaux de contenir de la gélatine de porc non mentionnée sur ses étiquettes, la marque Oasis a publié un démenti le 2 octobre. Derrière la polémique, une réalité méconnue de la fabrication des jus industriels.

Gélatine de porc dans les jus de pomme : la rumeur qui oblige Oasis à démentir

Depuis plusieurs jours, une rumeur circule massivement sur les réseaux sociaux : les jus de pomme industriels contiendraient de la gélatine de porc, sans que cela ne soit mentionné sur les étiquettes. Des internautes se présentant comme lanceurs d'alerte invitent végétariens, végans, mais aussi consommateurs musulmans et juifs, à se méfier de ces boissons. La polémique a pris une telle ampleur que la marque Oasis s'est sentie obligée de réagir publiquement vendredi 2 octobre.

Un démenti qui en dit long sur l'état de la confiance

Sur ses réseaux sociaux, Oasis a tenu à couper court à la rumeur : « Il n'y a pas de gélatine de porc dans les jus de fruits contenus dans Oasis, ni aucune autre gélatine animale ou végétale », a assuré la marque, avant d'ajouter : « Ces derniers jours, un message envoyé par notre service consommateurs pouvait laisser planer un doute. Il s'agit d'une erreur. » Autrement dit, une réponse maladroite d'un service client a suffi à embraser les réseaux et à placer une grande marque en position de justification.

L'épisode est révélateur d'un climat de défiance croissant envers l'industrie agroalimentaire. Lorsqu'une entreprise doit démentir en urgence une rumeur partie d'un simple échange avec un consommateur, c'est que le crédit accordé aux étiquettes et aux discours officiels s'est sérieusement érodé. Et cette érosion ne tombe pas du ciel : elle se nourrit de zones d'ombre bien réelles dans la réglementation.

Une pratique historique, devenue obsolète

Car la rumeur ne sort pas entièrement de nulle part. Historiquement, la gélatine animale, et notamment de porc, servait à clarifier les jus de pomme, en éliminant les résidus en suspension pour les rendre plus limpides. Cette pratique serait toutefois désormais obsolète, assure l'organisation professionnelle Unijus, qui fédère la filière des jus de fruits et nectars en France, interrogée par TF1 Info. Les industriels recourraient désormais à des protéines végétales issues du blé, du pois ou de la pomme de terre, un procédé autorisé depuis 2014 par les normes européennes.

Voilà pour le rassurant. Mais c'est la suite qui pose question, et qui devrait retenir l'attention du législateur bien plus que des réseaux sociaux.

Le point noir : rien n'oblige à en informer le consommateur

Ces protéines, végétales ou non, n'apparaissent en effet pas sur la liste des ingrédients figurant sur les emballages. Tout simplement parce que ce n'est pas une obligation. La réglementation les considère comme des « auxiliaires technologiques », explique TF1 Info : utilisées pendant le processus de fabrication, elles ne jouent plus aucun rôle dans le produit final vendu. Contrairement aux additifs tels que les conservateurs ou les colorants, leur mention sur l'étiquette n'est donc pas obligatoire.

On mesure le paradoxe. On exige des consommateurs une confiance aveugle dans des produits dont la composition réelle de fabrication leur échappe, puis on s'étonne que des rumeurs prospèrent. Le directeur des campagnes de l'ONG Foodwatch, Camille Dorioz, rappelle qu'environ 900 substances de ce type sont autorisées en France dans un cadre légal. Neuf cents substances que le consommateur ne verra jamais mentionnées. Même si les quantités restent minimes, difficile de prétendre que ce régime d'opacité réglementaire sert l'information du public.

La gélatine animale, elle, demeure présente dans certains produits transformés. En 2018, Foodwatch alertait notamment sur sa présence dans des viennois au chocolat de la marque Nestlé ou encore des tiramisus. Autant de précédents qui entretiennent, à juste titre, la vigilance des consommateurs concernés, qu'ils le soient par conviction éthique ou par pratique religieuse.

Vers des labels volontaires, faute d'exigence publique

Face à ce vide, ce sont les initiatives privées qui prennent le relais : des producteurs de vin optent ainsi pour un label végan, et Unijus indique qu'une démarche similaire pourrait être examinée à l'avenir dans le secteur des jus si la demande des consommateurs émerge.

C'est là que l'affaire dépasse la simple anecdote de réseaux sociaux. Plutôt que de fixer un cadre clair de transparence sur les auxiliaires technologiques, les pouvoirs publics en laissent la charge au marché et aux labels volontaires. Le consommateur, lui, se retrouve coincé entre une réglementation qui l'informe mal et des rumeurs qui l'informent faux. Le démenti d'Oasis a pu clore l'épisode immédiat ; il ne règle rien du problème de fond, qui est celui d'une information alimentaire à géométrie variable, dont la filière comme le législateur européen porteraient bien mieux leur nom en la mettant enfin au clair.

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