Le Rempart

Justice

Tour Eiffel : accusé d'agression sexuelle dans un ascenseur, un touriste saoudien remis en liberté après avoir plaidé un trouble médical

Par Dimitri Scudo

La semaine dernière à Paris, un touriste venant d'Arabie saoudite a été placé en garde à vue après s'être frotté contre des femmes dans l'ascenseur de la tour Eiffel. Invoquant une érection incontrôlable consécutive à une opération, il a été remis en liberté par le parquet.

Tour Eiffel : accusé d'agression sexuelle dans un ascenseur, un touriste saoudien remis en liberté après avoir plaidé un trouble médical

La scène s'est déroulée la semaine dernière dans l'un des lieux les plus visités au monde : l'ascenseur de la tour Eiffel, alors que des visiteurs montaient vers le deuxième étage du monument. Un touriste, venant apparemment d'Arabie saoudite, y a été interpellé pour agression sexuelle après s'être frotté contre des femmes, avant d'être placé en garde à vue au commissariat du VIIe arrondissement de Paris, rapporte Le Parisien.

Face aux policiers, l'homme a avancé une ligne de défense pour le moins singulière : il souffrirait, selon ses dires, d'une érection incontrôlable consécutive à une opération chirurgicale. Un problème médical, donc, et non un geste délibéré. Détail qui a de quoi interroger : selon Le Parisien, l'intéressé se trouvait « dans le même état » lors de sa garde à vue, ce qui pouvait aussi bien accréditer sa thèse que relever d'une mise en scène soigneusement entretenue.

Une infraction jugée « insuffisamment caractérisée »

C'est sur ce terrain que le dossier a basculé. Le parquet a finalement considéré que l'infraction était « insuffisamment caractérisée » et a ordonné la remise en liberté de l'individu, selon le quotidien. Autrement dit : faute de pouvoir trancher entre le trouble médical allégué et le comportement délictuel, la justice a préféré classer le dossier.

Sur le plan strictement juridique, la décision peut se défendre : l'agression sexuelle suppose une intentionnalité, et un trouble médical avéré pourrait en effet brouiller la démonstration. Mais c'est précisément là que le raisonnement mérite d'être discuté. Entre le moment des faits, dans un ascenseur bondé, et l'audition au commissariat, aucune expertise médicale sérieuse n'a vraisemblablement pu être menée pour vérifier l'existence de cette pathologie. L'argument du prévenu a donc été pris pour argent comptant, ou du moins jugé suffisant pour faire obstacle à toute poursuite. Difficile d'y voir autre chose qu'une forme de facilité procédurale : quand le doute s'installe, on libère, plutôt que d'ordonner un examen qui aurait permis de départager le médecin du frotteur.

Le précédent que crée une telle décision

Le problème n'est pas anecdotique. Le frottement dans les transports et les lieux publics est un phénomène documenté, qui prospère précisément sur la difficulté de la preuve : gestes furtifs, foule, victimes qui hésitent à porter plainte. En validant implicitement la défense de « l'érection incontrôlable », le parquet envoie un signal dont les récidivistes potentiels sauront faire usage. Il suffira désormais, en théorie, d'invoquer une opération chirurgicale passée pour neutraliser une procédure. L'excuse est gratuite, invérifiable sur le moment, et elle fonctionne.

On mesure aussi la portée du symbole. Les faits se sont déroulés dans le monument le plus emblématique de France, fréquenté chaque année par des millions de visiteurs du monde entier. Que deux femmes puissent y subir ce type d'agression sans que la justice retienne quoi que ce soit n'est pas seulement un raté procédural : c'est une question d'autorité de l'État dans l'espace public, y compris dans les lieux les plus surveillés du pays.

Des victimes face au vide judiciaire

Reste la question des victimes, largement absente de cette séquence. Deux femmes ont dénoncé des faits, un suspect a été interpellé et placé en garde à vue, puis remis en liberté sans suite. Pour elles, le message est clair : même avec un flagrant délit allégué, même avec une interpellation, l'affaire peut s'évaporer dès lors que l'auteur présumé avance une explication médicale non vérifiée.

Ce type de décision entretient un sentiment déjà très répandu : celui d'une justice pénale qui, sur les atteintes sexuelles du quotidien, renonce plus vite qu'elle n'enquête. Ce n'est pas une question de sévérité excessive ou de présomption d'innocence bafouée , personne ne demande une condamnation sans preuve. C'est une question de méthode : avant de libérer, encore fallait-il vérifier. Une expertise médicale n'était pas un luxe dans ce dossier, c'était la condition minimale pour que la décision du parquet repose sur autre chose que la parole d'un homme interpellé en flagrant délit.

À défaut, cette affaire restera comme un cas d'école : celui où une excuse invérifiable a suffi à refermer un dossier d'agression sexuelle au pied de la tour Eiffel.

Partenaires

Vous pourriez aussi aimer

Suite