Blocus des lycées : Aurore Bergé défend « un usage proportionné de la force » et alerte sur la suite
Par Rudy Levasseur
Invitée d'Europe 1-CNews ce mercredi, Aurore Bergé a estimé que les forces de l'ordre font un « usage proportionné de la force » face aux blocus de lycéens, malgré l'incident de l'adolescent blessé par une grenade de désencerclement.
Force proportionnée, selon la ministre
La ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, était l'invitée de La Grande interview Europe 1-CNews ce mercredi matin, au micro de Laurence Ferrari. Au cœur de l'échange : les blocus de lycées qui perturbent la rentrée et les incidents violents qui les accompagnent, notamment ce jeune adolescent qui a eu la main arrachée après avoir ramassé une grenade de désencerclement.
Face à la question d'un dispositif policier potentiellement disproportionné, la ministre assume sans détour : « il y a un usage proportionné de la force », assure-t-elle. Une formule qui sonnera comme un oxymore aux oreilles des familles concernées : difficile de convoquer la proportionnalité quand un adolescent perd une main. Le gouvernement marche ici sur une ligne étroite, entre le soutien aux policiers et la gestion d'un incident grave qui alimente mécaniquement la colère.
Le soutien aux policiers, un marqueur assumé
Aurore Bergé justifie son propos par la nature des faits subis par les forces de l'ordre : « C'est-à-dire que face à des jets de pierre, des mortiers, face à des tentatives aussi de blocage, face à du personnel de l'Éducation nationale qui a été menacé, on a des policiers qui interviennent d'abord pour du maintien de l'ordre et je pense qu'ils méritent notre soutien », insiste-t-elle.
Sur le fond, difficile de lui donner tort : jets de mortiers et personnels éducatifs menacés ne relèvent pas de l'expression lycéenne mais du maintien de l'ordre. Reste une question que l'exécutif esquive depuis des années : pourquoi ces blocus sont-ils devenus un rituel où la violence s'installe avant toute réponse politique ? Soutenir les policiers après coup est une chose ; empêcher que la rue devienne le seul théâtre du débat public en est une autre, qui suppose une autorité exercée en amont, pas seulement défendue en plateau.
L'État de droit et les inspections comme bouclier
La ministre conclut sur la garantie institutionnelle : « J'ai toujours été claire sur le sujet et je continuerai de l'être. Nous sommes dans un État de droit. Et si jamais il y avait eu usage disproportionné, et bien dans ces cas-là, il y a systématiquement des inspections qui sont menées et qui sont indépendantes », déclare-t-elle.
Invoquer les inspections indépendantes est la réponse classique, et juridiquement correcte. Mais elle pose une limite : si l'inspection devait conclure à un usage disproportionné dans l'affaire de l'adolescent blessé, la parole ministérielle du matin se retournerait immédiatement contre elle. Prendre date avec autant d'assurance, c'est parier sur le verdict à venir.
Une offensive qui dépasse les lycées
La sortie d'Aurore Bergé s'inscrit dans une stratégie plus large. Fin août déjà, sur la même antenne, elle accusait La France insoumise d'avoir fait de la violence une « stratégie électorale » et d'« abîmer la République ». À quelques mois d'une présidentielle qui s'annonce polarisée, la ministre installe une idée simple : entre un bloc insoumis et un bloc rassemblement national, le camp républicain serait le dernier rempart de l'ordre.
Le calcul est lisible. Dramatiser le scénario d'un second tour RN-LFI, où les manifestations actuelles ne seraient qu'un aperçu des désordres à venir, permet de siphonner l'électorat modéré par la peur du chaos. C'est un ressort éprouvé, mais usé : les électeurs ont entendu ce réquisitoire en 2022, et beaucoup ont cessé d'y croire. À force d'agiter la confrontation des extrêmes, on finit aussi par la banaliser, voire par la crédibiliser. Le vrai argument du camp républicain ne sera pas la peur de la rue, mais la preuve qu'il peut encore y faire régner l'ordre sans qu'un lycéen y laisse une main. C'est sur ce terrain, et non sur les plateaux, que la ministre sera jugée.
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