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Aurore Bergé fait nommer le chanteur Amir Haddad chevalier de l'Ordre national du Mérite

Par Roman Thill

Le chanteur Amir Haddad, 41 ans, sera nommé chevalier de l'Ordre national du Mérite sur proposition de la ministre Aurore Bergé, qui salue ses « combats » contre la haine. Une annonce faite par l'artiste lui-même sur Instagram le 17 mai 2026.

Aurore Bergé fait nommer le chanteur Amir Haddad chevalier de l'Ordre national du Mérite

Le chanteur Amir Haddad a annoncé, dimanche 17 mai sur Instagram, qu'il sera nommé chevalier de l'Ordre national du Mérite dans les prochaines heures, sur proposition d'Aurore Bergé. L'artiste de 41 ans raconte avoir reçu « ce vendredi matin » un message d'« un numéro inconnu » : celui de la ministre elle-même, venue lui annoncer la distinction.

Une nomination annoncée par message personnel

Dans son courrier, que le chanteur a choisi de rendre public, Aurore Bergé écrit : « Cher Amir, sur ma proposition, vous serez nommé dans les prochaines heures dans l'ordre national du Mérite. » Elle ajoute : « Merci pour les combats que vous menez avec tant d'engagements et de cœur. J'espère avoir le bonheur de vous décorer moi-même si vous le souhaitez. » Le titre créatif qui a accompagné l'annonce précise le motif : remercier l'artiste d'avoir aidé à lutter « contre toute forme de haine ».

Visiblement ému, Amir Haddad a répondu à ses abonnés : « Je ne sais pas vraiment quoi dire, sinon merci. Merci aux miens. Merci à vous pour la force, les mots, la présence dans cette année si particulière. Merci Madame la Ministre et merci la République. »

Cette « année si particulière » n'est pas une formule creuse. Le chanteur franco-israélien a traversé des mois difficiles : pris pour cible pour ses positions affichées en soutien à Israël et à Tsahal après le 7 octobre, il a vu certains de ses concerts boycottés, voire menacés d'annulation sous la pression de militants. Aurore Bergé avait alors pris publiquement sa défense, le qualifiant de « très grand artiste » et estimant que certains débordements à son égard étaient inacceptables. La médaille apparaît donc moins comme une récompense artistique que comme la suite logique d'un engagement politique assumé par la ministre.

Une distinction à portée politique assumée

Rappelons le cadre : l'Ordre national du Mérite est le deuxième ordre national après la Légion d'honneur. Il comprend cinq échelons et a, selon le site de la grande chancellerie, « pour vocation de récompenser les mérites distingués et d'encourager les forces vives du pays ». Son histoire récente est éclectique : la journaliste Isabelle Ithurburu, décorée en mars 2024 par François Hollande, Pascal Olmeta décoré par Didier Deschamps, mais aussi Thierry Lhermitte, Michèle Bernier, Lou Doillon, Franck Dubosc, Leïla Bekhti ou encore l'ancien ministre Pap Ndiaye.

Sur le fond, on peut défendre le choix. Amir Haddad a tenu bon face à des campagnes d'intimidation qui visaient à interdire de scène un artiste français en raison de ses origines et de ses opinions. Qu'un membre du gouvernement le soutienne, puis le décore, envoie un signal : la République ne laisse pas seuls ceux qu'on cherche à faire taire. À une époque où l'antisémitisme progresse en France et où certains artistes subissent des appels au boycott pour ce qu'ils sont autant que pour ce qu'ils disent, ce geste a une cohérence.

Mais la cohérence s'apprécie aussi à l'aune du parcours de celle qui décore. Aurore Bergé s'est illustrée ces derniers mois par une série de prises de position médiatiques qui ont divisé, y compris dans son propre camp. Elle a notamment refusé de qualifier de raciste l'expression « grand remplacement », provoquant des critiques jusque dans la majorité, comme l'a relaté Le Monde. Décorer un artiste engagé « contre toute forme de haine » tout en ménageant, sur un autre sujet, une rhétorique que beaucoup considèrent précisément comme haineuse : le parallèle est délicat. Difficile d'y voir autre chose qu'une navigation à vue, où chaque geste public semble calibré pour un auditoire différent.

Le chœur des décorations ministérielles

Autre enseignement : la ministre multiplie les interventions sur le terrain culturel et médiatique. À propos des accusations visant Patrick Bruel et des appels à annuler ses concerts, elle a jugé que la décision « appartient » à l'artiste, une position de bon sens qu'elle a répétée sur plusieurs antennes. Défendre Amir, ménager Bruel, commenter N'oubliez pas les paroles : le périmètre est large, et l'on peut s'interroger sur ce qui relève de sa mission ministérielle et ce qui relève de la présence médiatique permanente.

La question n'est pas anodine. Le ministère dont elle a la charge, celui de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, suppose un travail de fond dont les résultats se mesurent peu en messages Instagram. Choisir de décorer soi-même, et d'en faire l'annonce par texto à une célébrité qui la publie aussitôt, transforme un acte républicain en séquence de communication. Ce n'est pas illégitime en soi : les ministres proposent, les artistes acceptent, et la tradition est ancienne. Mais la mise en scène retenue, du message privé dévoilé au « merci Madame la Ministre » en story, dit quelque chose de l'époque : la frontière entre l'honneur de l'État et la promotion mutuelle s'y fait plus fine qu'ailleurs.

Un signal à double lecture

Reste que le destinataire, lui, n'a rien volé. Amir Haddad a affronté seul, pendant des mois, des appels au boycott et une hostilité que peu d'artistes de sa génération ont connue. Si la République doit décorer quelqu'un pour avoir résisté à l'intimidation, il n'est pas le plus mauvais choix. Simplement, une distinction aurait gagné en solennité ce qu'elle a perdu en mise en scène : une annonce sobre, un décret, une cérémonie. À vouloir faire de chaque acte un message, on finit par brouiller celui qu'on prétend porter, y compris quand il est juste.

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