Manosque : le maire Camille Galtier supprime le concert de rap municipal pour rembourser les dégradations des lycéens
Par Clarence Azolina
Après les dégradations commises lors de la mobilisation lycéenne du 1er octobre à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), le maire Camille Galtier a annoncé l'annulation de la soirée rap du festival Musiks à Manosque 2027 afin de financer la réparation des dégâts estimés à 30 000 euros.

La sanction est originale, et elle fait déjà débat. À Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le maire divers droite Camille Galtier a décidé d'annuler la soirée jeune rap du festival Musiks à Manosque 2027, afin de réorienter les fonds vers la réparation des dégradations commises lors de la mobilisation lycéenne du jeudi 1er octobre. Une décision assumée, prise le soir même des incidents, qui tranche avec la résignation ambiante face aux factures laissées par les cortèges qui dégénèrent.
Ce qui s'est passé le 1er octobre
Selon la municipalité, les dégâts causés lors de cette journée de mobilisation s'élèvent à 30 000 euros. Des panneaux photovoltaïques ont été fragilisés par un incendie et du mobilier urbain vandalisé dans un parc situé à proximité du lycée. La ville recense environ 80 casseurs, et seize jeunes ont été placés en garde à vue.
Le montant peut sembler modeste à l'échelle d'un budget communal. Mais il s'inscrit dans un phénomène national qui, lui, ne l'est pas : en Occitanie, la facture globale des dégradations liées aux blocages de lycées dépasse déjà les 3 millions d'euros, dont près de la moitié en Haute-Garonne, selon la région. Partout, la même question se pose, et LCP l'a elle-même posée dans un dossier consacré au sujet : qui doit payer ? À Manosque, l'édile a choisi de ne pas attendre une réponse nationale pour trancher.
Une annulation annoncée « à regret »
C'est dans un message publié sur Facebook, le soir même des incidents, que Camille Galtier a expliqué sa décision : « Ce soir c'est à regret que je vous annonce que l'an prochain pour Musiks à Manosque 2027, il n'y aura pas de soirée jeune rap, parce que la jeunesse doit aussi comprendre que l'argent public n'est pas magique et que l'argent public c'est le fruit du travail ».
L'argument a le mérite de la clarté. Pendant que certains élus se contentent de déplorer, le maire de Manosque rappelle un principe que la droite répète depuis des années sans toujours l'appliquer : les subventions municipales ne sont pas un droit acquis, elles se financent sur l'impôt des habitants. Couper une ligne de subvention culturelle pour réparer ce que des manifestants ont cassé, c'est faire porter le coût sur la communauté qui a, au minimum, laissé faire.
Interrogé par ICI Provence-Alpes TV, l'édile a d'ailleurs décrit ce qui l'a conduit à cette décision : « Ce qui m'a rendu fou, jeudi tout au long de la journée, c'est que pour un qui dégradait et cassait, il y en avait 10 derrière avec le sourire jusqu'aux oreilles. [...] Et qu'on a eu 500 manifestants sur place en train de cautionner des agissements qui sont extraordinairement idiots ». C'est là le nœud de sa logique : la responsabilité ne s'arrête pas aux 80 casseurs identifiés. Une foule de 500 personnes qui accompagne et approuve n'est pas neutre. On peut discuter la méthode, mais difficile d'y voir autre chose qu'une tentative de briser la complicité passive qui rend ces débordements possibles.
L'opposition dénonce, des habitants approuvent
L'opposition locale juge la mesure scandaleuse et disproportionnée, estimant que toucher à la culture est contre-productif. Bernard Sourice, de l'association Regain manosquin, conteste le lien établi par le maire : « lier le festival Musique à Manosque qui a des décennies d'existence à des manifestations étudiantes lycéennes, je ne vois pas la relation de cause à effet ».
La critique est recevable sur la forme : des lycéens non impliqués paieront aussi la note culturelle. Mais elle esquive le fond. Si la collectivité n'est pas responsable collectivement, alors c'est le contribuable qui paie, lui qui n'a rien demandé. Entre une sanction collective symbolique et l'impunité collective réelle, le maire a tranché. Le débat d'ailleurs dépasse Manosque : sur RMC, Alain Marschall proposait une « punition collective » de 10 % sur les impôts locaux là où des lycées ont été dégradés, tandis qu'un ministre évoquait l'idée de faire payer les dégâts aux parents. Signe que la question de la responsabilité financière des casseurs et de leur entourage monte dans le débat public.
Du côté des habitants interrogés, la mesure trouve des soutiens. Une mère de famille résume : « Je trouve que c'est une très bonne idée, c'est comme l'éducation, quand on fait une bêtise, il y a des sanctions ». Une personne âgée abonde : « Il faut qu'il y ait une manière de leur faire comprendre que casser ça sert à rien ».
Une mesure ciblée en complément
La municipalité envisage en outre une seconde décision, plus ciblée celle-là : priver de bourses sportives, d'aide à l'achat de vélo ou de bons pour l'été les seize jeunes placés en garde à vue, s'ils sont reconnus coupables par la justice. La distinction est habile : la sanction collective pour marquer les esprits, la sanction individuelle pour responsabiliser les auteurs. Restera à vérifier que la justice, souvent lente et clémente avec les mineurs, joue son rôle jusqu'au bout.
Il faut enfin rappeler un chiffre qui donne du poids au geste de l'édile : ces dernières années, 30 millions d'euros ont été investis pour moderniser les lycées de la ville. Incendier des équipements publics dans une commune qui vient de consentir un tel effort pour sa jeunesse relève d'un aveuglement que la seule pédagogie ne suffira sans doute pas à corriger. Camille Galtier prend un risque politique réel, celui d'être accusé de punir des innocents. Mais il y a un coût politique inverse, rarement dénoncé avec la même véhémence : celui de ne jamais rien faire payer à personne, et de laisser le contribuable régler l'addition à chaque cortège qui tourne mal.
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