Incendie du château de Rère : un joyau du XVIIe siècle de Sologne réduit en cendres
Par Rudy Levasseur
Le château de Rère, demeure du XVIIe siècle située à Theillay (Loir-et-Cher), a été presque entièrement détruit par un incendie jeudi 15 octobre. La bâtisse, inhabitée, avait été squattée à plusieurs reprises.
Un brasier hors norme en pleine Sologne
C'est une perte que l'on peine à mesurer pour le patrimoine français. Le château de Rère, demeure du XVIIe siècle située sur la commune de Theillay (Loir-et-Cher), a été presque entièrement ravagé par un incendie d'une ampleur exceptionnelle, jeudi 15 octobre. Alertés dans la matinée, les premiers secours sont arrivés sur place vers 5 heures, alors que les flammes ravageaient déjà le premier étage et dévoraient une partie de la charpente, laquelle a fini par s'effondrer. Une cinquantaine de pompiers, venus de plusieurs départements, ont été mobilisés pour tenter de maîtriser le sinistre.
En vain. Jeudi soir, de la demeure de plus de 600 m², il ne restait guère que les murs et les imposantes cheminées, encore debout au milieu du bâtiment calciné. L'intervention elle-même a été rendue périlleuse par l'état de la structure. « C'est une grosse intervention avec beaucoup de risques, notamment d'effondrement de la structure. La charpente s'est déjà effondrée sur les planchers », a souligné Cédric Desaegher, commandant du groupement Nord du SDIS 41, précisant que personne ne pénétrerait à l'intérieur du château en raison de ce danger. Les planchers successifs se sont effondrés jusqu'au rez-de-chaussée.
Une demeure à l'abandon depuis cinq ans
Le drame n'arrive pas par hasard, et c'est bien là que le bât blesse. Le château de Rère, longtemps propriété de la famille d'Orléans, avait été racheté par un propriétaire privé qui l'avait remis en vente il y a cinq ans. Depuis, aucun acquéreur ne s'était présenté. La bâtisse était donc inhabitée, et, fait significatif, elle avait été squattée à plusieurs reprises. Les causes exactes de l'incendie ne seront connues que dans plusieurs jours, et les enquêteurs devront également repérer d'éventuelles victimes. La prudence s'impose donc sur l'origine du feu. Mais il serait tout aussi aveugle de faire comme si l'abandon prolongé d'un tel édifice n'avait rien à voir avec son sort.
Car ce que révèle ce sinistre dépasse la seule chronique des faits divers. Un château du XVIIe siècle, témoin de plusieurs siècles d'histoire, reste cinq ans sur le marché sans trouver preneur, se dégrade, devient un squat récurrent, puis finit en cendres. Voilà qui interroge frontalement la politique du patrimoine en France : quand l'État consacre des sommes considérables à la communication culturelle, que fait-on, concrètement, pour empêcher que des centaines de demeures historiques privées tombent en déshérence faute de repreneurs ? Le coût d'entretien et de restauration de ces monuments dissuade les investisseurs, la fiscalité n'encourage guère la passion patrimoniale, et l'occupation illégale de propriétés vacantes reste un problème traité avec une mollesse coupable. La perte de Rère s'inscrit dans une hécatombe silencieuse : chaque année, des manoirs, des châteaux, des demeures de caractère disparaissent dans l'indifférence générale, faute d'un cadre qui rende leur sauvegarde viable.
« J'en ai les larmes aux yeux »
L'émotion est à la hauteur de la perte. Le maire de Theillay, Gérard Chopin, connaissait bien les lieux. « Ce château fait partie du patrimoine de la commune, bien évidemment. Je l'ai visité plusieurs fois avec le comte de Rère quand il était encore propriétaire. Et là, je suis vraiment attristé et j'en ai les larmes aux yeux, parce que c'est vraiment, je dirais, une mémoire », a-t-il déclaré. Pour tous ceux qui avaient eu la chance de visiter la demeure, la perte est tout simplement inestimable.
Reste désormais à attendre les conclusions de l'enquête sur les causes du sinistre. Si la piste d'une occupation délictueuse venait à être confirmée, le débat sur l'impunité qui entoure le squat en France reviendrait immanquablement sur la table, et avec lui, la question de la responsabilité des pouvoirs publics dans la protection des propriétés laissées vacantes. Quoi qu'il en soit, un morceau de l'histoire de la Sologne est parti en fumée, et aucune enquête ne le rendra.
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