Marseille : mairie envahie, commissariat municipal saccagé, les Centaures de la gendarmerie déployés en urgence
Par Dimitri Scudo
Plusieurs dizaines de manifestants ont brièvement pénétré dans le hall de la mairie de Marseille ce samedi 17 octobre, tandis que le commissariat de police municipale de la Canebière était vandalisé. Face à la situation, des véhicules blindés Centaures de la gendarmerie ont été déployés dans la cité phocéenne.
La journée du samedi 17 octobre restera comme un symptôme de plus de la dérive sécuritaire à Marseille. Alors que plusieurs milliers de personnes défilaient dans le cadre d'une nouvelle journée de mobilisation nationale, le centre-ville de la cité phocéenne a basculé : intrusion de manifestants dans le hall de la mairie, commissariat de police municipale pris d'assaut sur la Canebière, commerces pillés, feux de poubelles. Bilan de la réponse de l'État : l'envoi en urgence de véhicules blindés Centaures de la gendarmerie, arrivés depuis La Ciotat, et un appel direct du maire au Premier ministre et au ministre de l'intérieur en cellule de crise.
Une mairie forcée, une Marianne à terre
Selon l'AFP, plusieurs dizaines de manifestants ont pénétré brièvement dans le hall de la mairie, sur le Vieux-Port, après avoir enfoncé la porte en criant « c'est la Révolution, on prend la Bastille ». A l'intérieur, les dégradations n'ont pas épargné le symbole le plus lourd de sens : le buste de Marianne a été mis à terre.
Le maire de Marseille, Benoît Payan, a réagi auprès de BFM TV : « Il y a eu un mouvement de casseurs face à la mairie, puis un mouvement de CRS. (...) Les casseurs se sont introduits dans un hall de la mairie. » L'élu assure que « les dégâts sont assez limités », mais dit s'être entretenu directement avec le président de la République, qualifiant les faits d'« indescriptibles et inacceptables ».
Sur X, Benoît Payan a dressé un constat plus sévère encore : poste de police municipale de la Canebière vandalisé, portes de l'Hôtel de Ville forcées, nombreux commerces dégradés. Et surtout, cet aveu d'impuissance qui en dit long : « Face à la situation hors de contrôle dans le centre-ville de Marseille ce matin, j'ai dû solliciter directement le Premier ministre et le ministre de l'intérieur en cellule de crise ce midi pour qu'une réponse soit apportée à la hauteur des besoins. »
Quand un maire de la deuxième ville de France doit réclamer en urgence, un samedi midi, des moyens supplémentaires pour que l'après-midi se déroule « dans le calme et le respect des personnes et des biens », c'est que la sécurité ordinaire n'existe déjà plus. Le vocabulaire des émeutiers, lui, n'a rien d'anodin : prendre la Bastille, renverser Marianne. Difficile d'y voir une simple colère sociale spontanée ; c'est bien l'autorité républicaine qui est visée, dans ses bâtiments comme dans ses symboles.
Les Centaures sur le Vieux-Port
Selon une source policière citée par ICI Provence-Alpes TV, la situation était jugée « compliquée » : des véhicules blindés de la gendarmerie de type Centaure ont été mis en route pour soutenir les forces de l'ordre. Ces blindés polyvalents, conçus pour transporter jusqu'à dix personnes lors d'interventions à risque, sont bien arrivés à Marseille en provenance de La Ciotat, comme l'a confirmé France 3 Provence-Alpes Côte d'Azur dans son direct.
Le même témoignage policier décrit « de nombreux feux de poubelles, des groupuscules de plus d'une centaine d'individus tout de noirs capuchés et cagoulés » et fait état de « nombreux pillages », à commencer par une boutique SFR vandalisée. Le schéma est désormais bien connu : un cortège qui se veut pacifique, et en son sein ou à sa marge, des noyaux organisés dont la seule fonction est de casser, piller et affronter.
Envoyer des blindés dans les rues d'une grande ville française n'est jamais anodin. C'est l'aveu que les moyens classiques de maintien de l'ordre ont été débordés ou jugés insuffisants. On peut s'en féliciter, la protection des forces de l'ordre et des biens publics le justifie. On doit surtout s'interroger : comment en est-on arrivé à faire du Centaure un engin de routine du maintien de l'ordre urbain ?
Une ville qui épuise ses remèdes
Cette journée ne tombe pas de nulle part. Dans une question écrite adressée en février 2025 au ministre de l'intérieur, la députée Gisèle Lelouis alertait déjà sur « l'urgence d'un sursaut sécuritaire à Marseille », estimant que six mois après les opérations « place nette », la situation restait « toujours hors de contrôle ». La parlementaire rappelait notamment que le 24 septembre 2024, près de 90 impacts de balles avaient été relevés sur le collège Stéphane Mallarmé, dans le 13e arrondissement.
Entre les rafales de kalachnikov contre un établissement scolaire et une mairie forcée par des émeutiers, la ville cumule les deux faces d'un même mal : la violence du narcotrafic d'un côté, la violence idéologique de l'autre, et un État qui réagit ponctuellement, coup après coup, sans jamais reprendre durablement l'avantage. Les opérations médiatiques type « place nette » font un temps illusion ; les blindés envoyés en urgence un samedi après-midi racontent la suite.
Le cortège, disent les reporters sur place, comptait aussi des gilets jaunes, des soignants, des lycéens, dans une ambiance décrite comme joyeuse sur la Canebière. C'est précisément le drame de ces journées : une revendication légitime, quelle qu'elle soit, sert de paravent à ceux qui ne viennent que pour en découdre. Tant que l'État traitera ces groupuscules avec la même mansuétude que les manifestants, tant que le retour à l'ordre reposera sur des blindés dépêchés en catastrophe plutôt que sur une prévention et des sanctions à la hauteur, les samedis marseillais continueront de ressembler à celui-ci.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite


