Marseille : des tirs de mortiers d'artifice incendient un appartement de la cité du Mail, le chat des locataires meurt en sautant du 12e étage
Par Rudy Levasseur
Dans la nuit de dimanche à lundi 5 octobre, un mortier d'artifice a mis le feu à un appartement de la cité du Mail, dans le 14e arrondissement de Marseille. Le logement a été détruit à 80 %, le chat des locataires est mort et leur chien a été grièvement brûlé.

C'est un fait divers qui en dit long sur l'état de certains quartiers marseillais. Dans la nuit de dimanche à lundi 5 octobre, un appartement de la cité du Mail, dans le 14e arrondissement de Marseille, a été incendié par un mortier d'artifice. Le logement, d'environ 70 m², a été détruit à 80 %. Le chat des locataires, paniqué par les flammes, a sauté par la fenêtre du 12e étage et n'a pas survécu à sa chute. Leur chien, grièvement brûlé, a été pris en charge par la SACPA, la société qui gère les fourrières pour le compte de la Ville de Marseille.
Une soirée de « jeu » au pied d'un point de deal
Selon les premiers éléments de l'enquête de police ouverte après les faits, rapportés par La Provence, un groupe de jeunes s'était réuni vers 1 heure du matin à proximité du point de deal de cette cité du quartier de Sainte-Marthe. Ils « s'amusaient » à tirer des mortiers d'artifice en l'air lorsque l'un des engins a atterri dans un appartement de la rue de Beaucaire, situé au 12e étage d'une des tours de la copropriété du Mail. Une fenêtre avait été laissée ouverte : le projectile incendiaire y a pénétré et a aussitôt mis le feu au logement.
Le détail mérite qu'on s'y arrête. Le point de rassemblement nocturne n'était pas n'importe où : il se trouvait à côté du point de deal de la cité. Cette banalisation du trafic, assumée dans la simple description des faits, est devenue la toile de fond ordinaire de la vie dans nombre de cités marseillaises. On s'y regroupe, on y tire des mortiers, et personne ne semble s'en émouvoir jusqu'au drame.
Des habitants épargnés de justesse, des animaux victimes
Les occupants de l'appartement, une femme de 45 ans et son fils de 17 ans, se trouvaient heureusement dans un immeuble voisin au moment des faits. C'est un hasard qui leur a sans doute sauvé la vie. Très choqués, ils ont été relogés par des membres de leur famille.
Les marins-pompiers, intervenus rapidement, ne sont pas parvenus à sauver le logement mais ont empêché la propagation de l'incendie aux appartements voisins. Sans leur efficacité, le bilan humain aurait pu être bien plus lourd dans une tour densément habitée. À l'intérieur, en revanche, la scène fut terrible : le chat des locataires, pris de panique face aux flammes, s'est jeté dans le vide depuis le 12e étage. Le chien, lui, a survécu mais avec de graves brûlures.
Une cité qui cumule les signaux d'alerte
Ce n'est pas la première alerte dans cette cité. En octobre 2025, rappelle La Provence, les marins-pompiers étaient déjà intervenus dans la cité du Mail après que des dealers avaient allumé un brasero pour se réchauffer à quelques mètres de l'école Vayssière. Un point de vente de stupéfiants installé en plein air, un feu allumé à côté d'une école, et un an plus tard des tirs de mortiers en pleine nuit : la chronique dessine une cité livrée à ceux qui y font la loi.
On objectera qu'il s'agit d'un accident, d'une fête qui a mal tourné. C'est vrai en apparence. Mais les tirs de mortiers d'artifice, devenus une pratique récurrente dans les quartiers où s'exerce le trafic, servent aussi d'instrument d'intimidation contre les forces de l'ordre et de spectacle de force. Que des jeunes puissent en manipuler tranquillement à une heure du matin, au pied d'un point de deal, sans rencontrer d'obstacle, en dit long sur le recul de la présence publique dans ces territoires.
La sécurité, question de présence durable
L'enquête de police devra établir les circonstances exactes et, si possible, identifier les tireurs. Encore faudra-t-il que la justice suive avec la fermeté que suppose la destruction d'un logement et la mise en danger d'habitants. Le classement sans suite ou la peine symbolique restent trop souvent la règle dans ce type d'affaires, quand les auteurs sont identifiés, ce qui n'est pas fréquent.
Pour les habitants de la cité du Mail, la réalité est plus simple : une mère et son fils ont perdu leur logement et leurs animaux à cause d'un tir nocturne dont ils ne sont évidemment pas responsables. Ce sont eux, comme toujours, qui paient le prix de l'ensauvagement documenté de certains quartiers. Tant que les points de deal structureront la vie de ces cités et que l'ordre républicain n'y sera pas rétabli de manière durable, ce genre de drame continuera de s'y produire, avec ou sans mortier d'artifice.
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