Sonia Mabrouk « à bout » propose à BFMTV de se mettre en retrait
Par Dimitri Scudo
Deux mois et demi après son arrivée, la présentatrice de « 100 % Mabrouk » a proposé de s'effacer, selon CGTV. Sa direction refuse et dénonce une « campagne de déstabilisation » contre la journaliste.
La journaliste Sonia Mabrouk, présentatrice de « 100 % Mabrouk » sur BFMTV depuis le 24 août, a proposé à sa direction de se mettre en retrait, a révélé jeudi 5 novembre Clément Garin, fondateur de CGTV. « Elle est à bout », écrit-il. La direction de la chaîne refuse son départ et tente de la retenir.
Cette proposition intervient au terme d'une semaine où la gauche, puis une partie de la rédaction, ont fait de la chaîne d'information et de sa dernière recrue la cible d'un même procès : celui d'une BFMTV devenue, à les entendre, complaisante envers le racisme.
LFI accuse BFMTV de relayer des propos racistes
Tout part de La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon et ses troupes reprochent à BFMTV de relayer des propos racistes, à l'occasion des manifestations qui agitent le pays et après l'attentat de Trappes. Parmi les griefs figure l'invitation d'Éric Zemmour, président de Reconquête. La chaîne conteste vivement ces accusations.
L'accusation a vite trouvé des relais en interne. Après une assemblée générale lundi 2 novembre, plus de 200 journalistes de BFMTV ont signé une lettre, consultée par l'AFP. Ils veulent « couper avec cette image de chaîne raciste » et « retrouver la fierté de travailler pour BFMTV ». Quelque 160 techniciens du groupe ont fait de même.
Les signataires demandent que les présentateurs recadrent systématiquement les propos jugés discriminatoires, que les invités soient mieux filtrés et que le reportage reprenne « la première place » face aux débats. Trier les invités pour se laver d'un soupçon d'intolérance : l'exercice ne manque pas d'audace.
Igor Sahiri, de BFMTV, critique Sonia Mabrouk dans Quotidien
Le même lundi, le grand reporter de BFMTV Igor Sahiri a porté le débat dans Quotidien, sur TMC, chez un concurrent. « BFMTV est taxée de chaîne raciste. C'est dramatique parce que c'est factuellement faux », a-t-il d'abord défendu, avant d'ajouter : « Je ne pourrais pas assumer de travailler pour une chaîne d'extrême-droite. »
Puis il en est venu à sa consœur : « Il est vrai que Sonia Mabrouk cristallise la haine. » Et : « Il y a des journalistes qui se posent la question de savoir si on a bien fait de la faire venir. » Venu défendre sa chaîne, le reporter n'a pas défendu tout le monde.
Selon un second article de CGTV, Sonia Mabrouk a refusé mercredi 4 novembre de lui adresser la parole et aurait posé un ultimatum à sa direction, résumé en quatre mots : « C'est lui ou moi. »
La direction de BFMTV soutient Sonia Mabrouk mais cède à la rédaction
Mercredi 4 novembre, Jean-Philippe Baille, directeur général délégué à l'information de CMA Media, propriétaire de BFMTV, a assuré la journaliste de son « entier soutien » et dénoncé la « campagne de déstabilisation » qu'elle subit.
Il a aussi défendu ses antennes : « Je conteste fermement les accusations insinuant que nos chaînes banaliseraient le racisme. » La chaîne, rappelle-t-il, n'a « reçu aucun signalement de l'Arcom ».
Le soutien s'accompagne de concessions. Une « cellule invités », rattachée au directeur général Fabien Namias, centralisera les demandes d'interview. S'y ajoutent un baromètre mensuel du pluralisme et une « riposte systématique et rapide aux fausses informations ». Les invités de la chaîne passeront désormais par un guichet.
Sonia Mabrouk avait quitté CNews en février, après le maintien à l'antenne de Jean-Marc Morandini malgré sa condamnation définitive. Elle avait démissionné, quittant la maison Bolloré après près de dix ans. À BFMTV, une partie de ses nouveaux collègues ne retient de ce parcours que l'adresse de départ.
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