Kévin Tessier, le suspect de l'attentat de Trappes, a tenté de mettre fin à ses jours en détention
Par Dimitri Scudo
Écroué depuis le 29 octobre pour l'attentat raciste de Trappes et de La Verrière, Kévin Tessier a tenté de se suicider en détention, selon BFMTV. Ses jours ne sont plus en danger. Ses avocats réclament une évaluation médicale.
Kévin Tessier, 39 ans, mis en examen pour l'attentat raciste qui a fait un mort et plusieurs blessés le vendredi 23 octobre à Trappes et à La Verrière (Yvelines), a tenté de mettre fin à ses jours en détention, a révélé BFMTV mardi 3 novembre. Brièvement hospitalisé, le suspect n'est plus en danger. Il était en détention provisoire depuis le jeudi 29 octobre, soit moins d'une semaine.
Ses avocats, Mes Baptiste Bellet et Eliott Amzallag, ont regretté la divulgation d'un événement relevant selon eux de « la plus stricte intimité ». Ils souhaitent que la détention de leur client « se déroule dans les meilleures conditions possibles », estiment que son geste soulève de lourdes questions sur son état psychologique et réclament une évaluation médicale approfondie. Contactée par BFMTV, l'administration pénitentiaire n'a pas souhaité commenter.
Ce que la justice reproche à Kévin Tessier
Le 23 octobre au matin, Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans originaire de la République démocratique du Congo, a été tué par balle. Plusieurs autres personnes ont été blessées à Trappes et à La Verrière, dont plusieurs d'origine africaine ou maghrébine. Kévin Tessier a été mis en examen pour assassinat et tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante du racisme.
Selon le procureur national antiterroriste Olivier Christen, le suspect a admis avoir « spécifiquement ciblé » des personnes « de type musulman ou africain ou nord-africain » et choisi Trappes, qu'il tenait pour un « repaire d'islamistes ». Il conteste en revanche toute intention terroriste et juge son action légitime. Le magistrat a décrit une « très grande préparation de l'action criminelle ».
Kévin Tessier, un suspect qui invoque la schizophrénie
Kévin Tessier a été condamné quatre fois, la dernière en 2012. Il dit souffrir de troubles psychologiques et consommer de la drogue depuis l'âge de 13 ans, et les analyses ont relevé du cannabis et de la cocaïne dans son sang. Le diagnostic de schizophrénie qu'il avance relève, selon le procureur, de sa propre interprétation davantage que d'une conclusion médicale.
Sa garde à vue avait déjà été suspendue le 25 octobre pour raisons psychiatriques, le temps d'une observation de 48 heures. Un nouvel examen avait écarté toute décompensation aiguë, et la garde à vue avait repris. La défense demande désormais une évaluation approfondie : la question de son discernement au moment des faits s'installe au cœur de l'instruction.
Interpellé à Levallois-Perret trois jours avant l'attentat
Le dossier contient un autre épisode dont l'État se serait volontiers passé. Le mardi 20 octobre, trois jours avant les tirs, Kévin Tessier a été interpellé dans une station-service de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), soupçonné d'avoir frappé un automobiliste. D'après une source proche du dossier citée par l'AFP, qui confirme une information de Mediapart, il avait été filmé en train de « se battre avec un homme noir ».
Le parquet de Nanterre l'a placé en audition libre pour violences volontaires. C'est le régime le plus léger de la procédure : la personne entendue n'est pas retenue et peut quitter les lieux quand elle le souhaite. Trois jours plus tard, la police l'arrêtait de nouveau, pour un attentat cette fois.
Ce que la tentative de suicide change pour le procès
Pour la famille de Pengo Bossio Wangi et pour les blessés, l'enjeu de la détention tient en un mot : le procès. La mort d'un mis en examen éteint l'action publique, et la justice n'a alors plus personne à juger. La garde d'un détenu de ce profil est donc d'abord une affaire de justice rendue aux victimes.
L'information judiciaire ouverte par le parquet national antiterroriste est confiée à des juges d'instruction du tribunal judiciaire de Paris. Kévin Tessier a été écroué à l'issue d'une audience à huis clos devant un juge des libertés et de la détention, conformément aux réquisitions du parquet. Ses propres avocats ont prévenu, le jour de sa mise en examen, qu'elle « va être longue car la gravité des faits l'exige ».
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