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Justice

Boyard contre CNews : une promesse d'interdiction sans source, un dossier en sursis

Par la rédaction Le Rempart

Le député LFI Louis Boyard aurait promis la fermeture de CNews « semaine une » en cas de victoire électorale. À cette heure, aucun document primaire ne confirme cette déclaration, tandis que le renouvellement des fréquences TNT place la chaîne sous surveillance réglementaire.

Boyard contre CNews : une promesse d'interdiction sans source, un dossier en sursis

Les acteurs en présence

Louis Boyard, député La France Insoumise, occupe le centre de cette séquence. Selon plusieurs éléments convergents, il fut l'objet en novembre 2022 d'insultes de la part de l'animateur Cyril Hanouna sur la chaîne C8, ce qui valut à cette dernière une sanction record de 3,5 millions d'euros. L'Arcom, autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, constitue le troisième pilier de ce dossier : créée en 2022 par la fusion du CSA et de l'HADOPI, elle détient le pouvoir d'attribuer , ou de retirer , les fréquences de télévision numérique terrestre (TNT). CNews, chaîne du groupe Canal+, se trouve dans le collimateur éditorial de l'accroche qui a lancé cette affaire. Son statut dans le corpus reste qualifié de « probable », faute de documentation directe sur ses positions.

Une promesse qui manque de pièces

Cette information n'a pas pu être vérifiée : le corpus ne contient aucune source primaire attestant que Louis Boyard a prononcé les mots rapportés dans l'accroche éditoriale. Le compte rendu de la séance du 21 novembre 2023 à l'Assemblée nationale, où le député est bien intervenu sur une agression dans le Val-de-Marne, ne mentionne pas cette promesse d'interdiction. Ni vidéo, ni tweet, ni article de presse original n'est documenté.

Point contesté : la qualification de CNews comme « chaîne raciste ». Une enquête judiciaire a été ouverte pour injures racistes visant le maire de Saint-Denis concernant CNews, selon un document de La Croix. Les récits divergent cependant sur le contenu exact et sur l'imputation de cette qualification à Boyard lui-même.

Le mécanisme réglementaire qui fait trembler les antennes

Pour comprendre ce qui rend plausible une telle menace, il faut saisir le renouvellement des fréquences TNT. Processus décennal, il place l'Arcom en position de réexaminer et réattribuer les autorisations d'émettre. C'est dans ce cadre que C8 a été auditionnée le 9 juillet 2024, selon Ouest-France. L'Arcom peut ne pas renouveler une fréquence ou retirer une autorisation en cas de manquements graves aux obligations légales. Le corpus ne précise pas les conditions exactes d'une telle décision, ni si CNews est directement concernée par cette procédure.

La séquence Hanouna-Boyard : un précédent qui pèse

En novembre 2022, Cyril Hanouna insulte Louis Boyard en direct sur C8. L'affaire ne reste pas lettre morte : la chaîne écope de 3,5 millions d'euros d'amende, sanction record qui illustre la capacité de l'Arcom (alors encore CSA) à frapper fort. Cet épisode établit un précédent dans les relations entre le député LFI et les chaînes du groupe Canal+. Il alimente également le contexte de tension personnelle qui, selon plusieurs sources, pourrait expliquer la virulence de la promesse rapportée.

Ce que le dossier ne dit pas

Cette information n'a pas pu être vérifiée : la date précise de la déclaration supposée de Boyard. Non précisé dans le corpus : la réaction officielle de CNews, toute position validée ou désavouée par LFI, le fondement juridique précis invoqué pour une éventuelle intervention, et la portée exacte de cette promesse , personnelle ou position officielle du parti. À cette heure, rien ne permet de confirmer que Jean-Luc Mélenchon ou la direction de LFI ont endossé ces propos.

Analyse du Rempart

Voici le tableau d'une gauche qui rêve de fermer des bouches avant même d'ouvrir des cahiers de doléances. Louis Boyard , ou du moins le personnage que l'on prête à Louis Boyard , ne promet pas de réformer l'Arcom, de durcir le contrôle des contenus, de légiférer sur la concentration médiatique. Non. Il promet l'interdiction, le clap de fin, la mise au ban. « Semaine une ». La formule a le mérite de la clarté : pas de procédure, pas de débat, pas de délai. Le temps de prendre ses fonctions et de signer le décret.

On notera le contraste saisissant avec le traitement réservé à C8. L'affaire Hanouna-Boyard a suivi son cours : insultes, sanction record de l'autorité indépendante, paiement de 3,5 millions. Le système a fonctionné, avec ses lenteurs et ses excès. Mais le système, justement, ce n'est pas assez rapide pour ceux qui confondent démocratie et décapitation médiatique. L'Arcom, héritière du CSA, représente cette bureaucratie républicaine que la France Insoumise prétend détester quand elle la sert, et instrumentaliser quand elle lui échappe.

Le plus révélateur reste le silence du parti. Aucune position officielle de LFI n'est documentée dans le corpus. Boyard parle-t-il en son nom propre ? Le corpus ne le dit pas. Cette opacité est caractéristique : la menace spectaculaire, le retrait prudent, l'absence de responsabilité collective. Qui assume les conséquences ? À cette heure, personne. La promesse flotte, irresponsable, telle une épée de Damoclès au-dessus d'une chaîne que ses détracteurs ne parviennent pas à faire condamner par les voies légales, mais qu'ils espèrent faire taire par le simple effet d'une victoire électorale.

CNews, chaîne raciste ou chaîne gênante ? La procédure judiciaire ouverte pour injures racistes visant le maire de Saint-Denis mérite attention. Mais une enquête ne vaut pas condamnation, et une condamnation ne vaut pas dissolution. Confondre les trois stades, c'est précisément ce que réprouvent les démocraties , sauf quand le vent tourne. Alors le même homme qui réclame justice contre Hanouna réclame l'arbitraire contre CNews. La cohérence, dans ce raisonnement, tient à un seul fil : que l'adversaire soit réduit au silence.

L'épilogue éventuel de cette affaire ne dépend pas de Boyard. Il dépend du renouvellement des fréquences TNT, de la vigilance de l'Arcom, et de la capacité des rédactions à ne pas se laisser intimider par des promesses de clairon qui, pour l'instant, n'ont même pas de date ni de source avérée. Le droit de réponse existe. La sanction administrative existe. L'interdiction « semaine une », elle, n'existe que dans une accroche éditoriale non documentée. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en inquiète, c'est là peut-être le seul fait véritablement établi de ce dossier.

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