Charlotte Caubel nommée au parquet de Paris : quand l'Élysée place ses amis dans la magistrature
Par la rédaction Le Rempart
Charlotte Caubel, ancienne secrétaire d'État d'Emmanuel Macron et épouse du PDG de Carrefour Alexandre Bompard, vient d'être nommée procureure adjointe au parquet de Paris. Une nomination qui relance le débat sur la proximité entre le pouvoir exécutif et le ministère public.
Le pantouflage a décidément de beaux jours devant lui sous la macronie. Charlotte Caubel, ancienne secrétaire d'État chargée de l'Enfance dans les gouvernements d'Emmanuel Macron, vient d'être nommée procureure adjointe au parquet de Paris, l'un des postes les plus stratégiques de la justice française. Le site Boulevard Voltaire résume le sentiment général dans un titre publié le 16 août : « Macron nomme un de ses ex-ministres au parquet de Paris : ça passe crème ? »
Un parcours qui ne doit rien au hasard
Carrière magistrate, passage au gouvernement, retour au parquet : le CV de Charlotte Caubel est impeccable sur le papier. Problème, elle n'est pas n'importe qui. Elle est l'épouse d'Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, et surtout une intime de longue date du couple Macron. Le président de la République et son épouse entretiennent avec les Bompard une amitié documentée depuis des années, bien avant l'arrivée à l'Élysée en 2017.
Rappelons le cadre juridique, au cas où certains l'auraient oublié : en France, les procureurs sont nommés par l'exécutif, sur proposition du garde des Sceaux, avec avis du Conseil supérieur de la magistrature, avis qui n'est que consultatif pour le parquet. Contrairement aux juges du siège, le parquet reste sous la coupe du pouvoir politique. Chaque nomination à un poste clé relève donc d'un choix de l'exécutif, pas d'une décision collégiale contraignante.
Le parquet de Paris, poste sensible entre toutes
Le parquet national financier, les affaires politiques, les dossiers qui touchent aux puissants : tout passe, tôt ou tard, par le tribunal judiciaire de Paris. Y placer une magistrate dont l'entourage personnel croise directement le cercle présidentiel pose une question simple : comment garantir l'apparence d'impartialité, exigence pourtant inscrite dans la jurisprudence européenne ?
Personne ne conteste ici les compétences de l'intéressée. Mais la République n'est pas un cercle d'amis où l'on se rend service entre promotions et dîners. Quand le pouvoir nomme ses proches aux postes qui pourraient, un jour, avoir à instruire des dossiers touchant ce même pouvoir, c'est la séparation des pouvoirs qui prend l'eau.
L'indépendance de la justice à géométrie variable
Les mêmes qui donnent des leçons d'État de droit à la Pologne ou à la Hongrie trouvent visiblement normal qu'un ex-membre du gouvernement, amie du président, devienne procureure adjointe dans la capitale. On attend avec curiosité les tribunes indignées des habituels défenseurs de l'indépendance judiciaire. Sans trop y croire.
À cette heure, ni l'Élysée ni le ministère de la Justice n'ont jugé utile de commenter les interrogations soulevées par cette nomination. Le contribuable, lui, se contentera de constater que sous la macronie, la promesse d'une justice irréprochable ressemble de plus en plus à un slogan de campagne parmi d'autres.
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