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Immigration

Paris honore les squatteurs de 1996 : quand la mairie célèbre l'illégalité

Par la rédaction Le Rempart

Anne Hidalgo a inauguré une plaque commémorative en hommage aux migrants clandestins expulsés de l'église Saint-Bernard en août 1996, une opération menée par les forces de l'ordre sous le gouvernement Jospin.

Paris honore les squatteurs de 1996 : quand la mairie célèbre l'illégalité

L'événement et son contexte

L'histoire remonte au 10 août 1996. Ce jour-là, les forces de l'ordre procèdent à l'évacuation de l'église Saint-Bernard, dans le 18e arrondissement de Paris, occupée depuis plusieurs semaines par trois cents Africains sans-papiers. L'opération, menée à l'aube, mobilise environ mille policiers et gendarmes. Elle se déroule dans un climat de forte tension médiatique, après des semaines de mobilisation associative et de tractations politiques infructueuses.

Les occupants, originaires principalement du Mali, du Sénégal et de Mauritanie, avaient investi les lieux à partir du 28 juin 1996 pour réclamer leur régularisation. L'évacuation musclée, retransmise en direct à la télévision, marque les esprits : images de familles entraînées, de résistants passifs évacués de force, et de l'abbé Pierre tentant de négocier sur place. L'affaire Saint-Bernard devient un symbole des luttes pour les sans-papiers des années 1990.

Une commémoration politique

Vingt-huit ans plus tard, la mairie de Paris choisit de transformer ce souvenir en acte institutionnel. La plaque, inaugurée en présence d'Anne Hidalgo, porte une formulation soigneusement édulcorée : elle rend hommage aux "exilés" et à leur "combat pour la régularisation", sans jamais employer les termes "clandestins" ou "sans-papiers". Le site retenu n'est pas l'église elle-même, mais les abords de la place Émile-Bergerat, dans le même arrondissement.

Cette cérémonie s'inscrit dans une séquence commémorative plus large menée par l'exécutif municipal. Elle intervient alors que la mairie multiplie les initiatives symboliques sur l'immigration : réhabilitation du camp de la Chapelle, panneaux sur l'histoire coloniale, ou encore soutien affiché aux associations de défense des migrants. Pour la mairie, il s'agit de "réparer une mémoire blessée" et de "reconnaître une injustice".

Le choix d'une lecture partisane

On peut légitimement s'interroger sur la fonction de cette plaque. L'opération de 1996 était légale, ordonnée par le préfet de police, dans le cadre d'une procédure d'expulsion régulière devant le tribunal administratif. Les occupants étaient en situation irrégulière sur le territoire français. L'Église elle-même, propriétaire des lieux, avait saisi la justice pour faire cesser l'occupation. Commémorer l'événement comme un "combat" légitime, c'est inverser la chronologie : on honore ceux qui ont enfreint la loi, et l'on stigmatise rétrospectivement ceux qui l'ont appliquée.

La mairie de Paris, qui peine à ramasser les ordures ou à sécuriser les transports, consacre temps et argent public à sanctifier une occupation illégale d'église. Le contribuable parisien finance la mémoire d'un squat. Entre le souci de l'ordre public et la pastorale identitaire, le choix est fait. On n'attendait pas moins d'une équipe qui, en 2024, continue de confondre action sociale et incitation à la transgression des règles. La plaque est désormais là, rivée au mur, témoin muet d'une certaine conception du pouvoir : quand on ne sait plus gouverner, on commémore.

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