Saint-Omer fichage ADN des chiens : la police traque les propriétaires de canidés par leur crotte
Par la rédaction Le Rempart
La mairie de Saint-Omer (Pas-de-Calais) expérimente depuis un an un fichage génétique obligatoire des chiens. Les déjections non ramassées sont analysées et le propriétaire verbalisé. Résultat : une baisse de 60 % des crottes sur les trottoirs.
La carte bleue est devenue l'accessoire indispensable du Saint-Omérien propriétaire de chien, aux côtés de la laisse et du sachet plastique. Depuis un an, cette petite carte d'identité génétique , gratuite, financée par la commune , sert de passeport obligatoire pour tout canidé circulant dans le périmètre marchand du centre-ville. L'objectif affiché : traquer à la source les incivilités canines.
Un fichage à la loupe, des résultats au compteur
Le dispositif est simple. Un prélèvement ADN réalisé chez le vétérinaire, aux frais de la mairie. En cas de crotte abandonnée sur la voie publique, les services municipaux ou la police prélevent l'échantillon, croisent l'ADN avec le fichier, et le tour est joué : l'amende de 150 euros tombe dans la boîte aux lettres du propriétaire identifié.
Six mois après le lancement, en décembre 2025, la mairie annonçait déjà une réduction de 60 % des déjections canines dans la zone concernée. Les chiffres tiennent encore un an plus tard. François Decoster, maire de Saint-Omer, ne cache pas sa satisfaction : il qualifie cette dépense de « l'une des plus efficaces de la mairie en termes d'impact sur le terrain ».
Le coût total ? 42 000 euros sur deux ans, soit 2 % du budget propreté de la ville. Une opération municipale ponctuelle, des kits disponibles en mairie ou au commissariat, et la consultation vétérinaire habituelle suffisent pour intégrer le fichier. « Il n'y a pas de surcoût », précise l'édile.
Extension forcée, adhésion de façade
Le succès , mesuré en crottes évitées , pousse la mairie à élargir le périmètre dès août 2026. Fini le centre-ville marchand : l'ensemble du linéaire urbain, intra-muros et faubourgs compris, sera soumis au fichage ADN. Seul le marais échappe à la traque génétique.
Les habitants se disent globalement satisfaits. Serge, Audomarois, ne mâche pas ses mots : « Il fallait en arriver là parce que sinon on marchait dans les crottes tous les deux mètres. » Christine, autre habitante, confirme le virage : de 50 déjections recensées près de la cathédrale en décembre, elle n'en trouve plus qu'une dizaine.
Le maire met en avant un effet collatéral inattendu : la déstigmatisation des propriétaires de chiens. Ceux-ci, assure-t-il, subissaient « des regards accusateurs » en promenade, même munis de leurs sachets. Le fichage généralisé aurait, paradoxalement, restauré leur honneur.
La méthode Saint-Omer, modèle ou dérive
Reste que l'opération ne fait pas l'unanimité. Laure, citée par France 3, juge que « ce n'est pas encore ça ». D'autres villes pourraient s'inspirer du dispositif, mais la question de l'extension d'un fichage génétique animal à l'échelle d'une commune entière interroge. La mairie parle d'« adhésion » et d'« engagement ». Le terme de contrainte, lui, est soigneusement évité.
Entre sensibilisation douce et surveillance renforcée, Saint-Omer a choisi son camp. Le chien fiché, le trottoir net, le propriétaire verbalisé : la chaîne du devoir civique se referme mécaniquement. À voir si le modèle fera des émules… ou des crottes de chien plus discrètes.
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