«Je vais te tuer, sale pédé» : un policier tabassé au Marais, son agresseur Taha W., 20 ans, relâché sous contrôle judiciaire
Par la rédaction Le Rempart
Dans la nuit du 29 au 30 août, le policier Pierre Picavet, président de l'association LGBT+ Flag!, a été violemment agressé au Marais, laissé inconscient puis dépouillé. Son agresseur présumé, un homme de 20 ans, a été mis en examen... et remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Le récit est glaçant, la décision de justice l'est tout autant. Dans la nuit du 29 au 30 août, vers 4 heures du matin, Pierre Picavet, fonctionnaire de police et président de Flag!, l'association de défense des droits LGBT+, rentre chez lui après une soirée entre amis. C'est là, en plein cœur du Marais, qu'un homme lui saute dessus.
Coup de bouteille, morsure et évanouissement
Sur RMC, le policier raconte la scène dans le détail. «Au début j'ai cru à une blague, puis il m'a dit : 'je vais te tuer, sale pédé'.» Armé d'une bouteille de whisky «très épaisse», l'agresseur multiplie les coups. Pierre Picavet sort sa carte de police, somme l'homme d'arrêter. Peine perdue : «il était encore plus déterminé à vouloir me frapper».
S'ensuit une bagarre d'une violence rare. La victime se défend, frappe, mord son agresseur à la joue pour se dégager, avant de recevoir un coup de bouteille à la tête, d'être jetée au sol et de perdre connaissance. C'est un passant, un «jeune homme» que Pierre Picavet tient à remercier, qui tient l'agresseur à distance et empêche le policier blessé de se relever. Bilan : des blessures à la mâchoire et à la joue, et une intervention chirurgicale à venir pour tenter de sauver son œil.
Mis en examen, puis remis dehors
Le suspect, Taha W., 20 ans, est interpellé peu après les faits. Le juge d'instruction le met en examen pour violences notamment en raison de l'orientation sexuelle. Et puis, ce lundi, la justice fait ce qu'elle sait faire de mieux : elle le remet en liberté, assortie d'un contrôle judiciaire. Obligation de pointer au commissariat, soins à suivre, interdiction de paraître dans plusieurs secteurs parisiens. De quoi sans doute terrifier un homme qui, quelques heures plus tôt, assénait des coups de bouteille en hurlant des menaces de mort.
Son avocate plaide les «violences mutuelles» et assure que son client, ivre au moment des faits, ignorait l'homosexualité de sa victime comme sa qualité de policier. Elle le décrit comme un jeune homme «inséré dans la vie, en recherche d'emploi dans le monde du spectacle, sans casier judiciaire et tout le contraire d'un bagarreur». Le tout le contraire d'un bagarreur, donc, qui laisse un policier inconscient sur le bitume. On appréciera la nuance.
Un agresseur déjà sous surveillance policière
Détail qui donne des sueurs froides : selon Pierre Picavet, des policiers surveillaient déjà le jeune homme dès 21 heures, rue des Lombards, devant un bar gay, soit plusieurs heures avant l'agression. «C'était le même», affirme la victime, qui a croisé ces collègues après les faits.
Le policier pointe aussi une réalité que les autorités préfèrent traiter par communiqués de presse : «Dans ce quartier, il y a de plus en plus de personnes qui viennent pour dépouiller les LGBT, les frapper ou leur proposer des stupéfiants.» Une délinquance ciblée, en plein Paris, qui prospère visiblement sans trop craindre les suites judiciaires. La remise en liberté du jour risque de ne pas arranger le sentiment d'impunité.
Pierre Picavet appelle, lui, à une «prise de conscience» et rappelle l'évidence : «L'homophobie est interdite, c'est un délit.» Encore faudrait-il que la justice traite les agresseurs avec la même fermeté qu'elle affiche dans ses intitulés de mise en examen.
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