Russie : pour Jean-Noël Barrot, Poutine est en « échec absolu », avec une économie qui « s'effondre » et 500 milliards d'euros perdus
Par la rédaction Le Rempart
Interrogé par RFI dans le cadre de la Fabrique de la diplomatie à Paris, Jean-Noël Barrot a affirmé que Vladimir Poutine est en échec « militaire, économique et politique », citant les pénuries de carburant en Russie, un déficit record et 35 000 soldats perdus sur le front.

« La population russe souffre des choix délirants de Vladimir Poutine »
C'est dans le cadre de la Fabrique de la diplomatie, événement annuel organisé par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères jusqu'au samedi 5 septembre à Paris, que Jean-Noël Barrot a accordé un entretien à RFI, publié le 5 septembre. Le ministre y dresse un tableau sans concession de la situation russe, plus de trois ans après le déclenchement de l'invasion de l'Ukraine le 24 février 2022.
« Vladimir Poutine est en échec absolu », a-t-il déclaré. « Regardez la situation en Russie, où il y a des pénuries de carburant, où l'économie s'effondre, où le déficit atteint des records, où les taux d'intérêt sont extrêmement élevés. La population russe souffre des choix délirants de Vladimir Poutine aujourd'hui. »
Selon le ministre, cet échec tient aux sanctions adoptées « à l'unanimité » par les Européens, visant « à la fois le complexe militaro-industriel, mais aussi les responsables des actes de déstabilisation de nos démocraties ». Il a avancé deux chiffres : les Européens auraient « privé Vladimir Poutine de 500 milliards d'euros qu'il aurait sinon engouffrés dans sa guerre d'agression contre l'Ukraine », et le maître du Kremlin « contrôle moins de la moitié des territoires qu'il contrôlait au printemps 2022 ». « Il perd 35 000 hommes sur le front et ne fait aucun progrès », a-t-il ajouté.
Drones de Leipzig, fermetures de consulats : la guerre hybride en toile de fond
L'entretien a porté sur la tension croissante entre Moscou et Berlin. La Russie a décidé de fermer des centres culturels allemands, tandis que l'Allemagne va fermer le dernier consulat russe sur son territoire, à Bonn. Pour la première fois cette semaine, l'Allemagne a officiellement attribué à la Russie la responsabilité d'une attaque hybride sur son sol, après la découverte de deux drones explosifs à l'aéroport de Leipzig. Jean-Noël Barrot a convoqué le chargé d'affaires russe, le bras droit de l'ambassadeur, pour exprimer « votre protestation la plus vive ».
Interrogé sur l'opportunité de nouvelles sanctions, le ministre a refusé l'escalade verbale : « Ne tombons pas dans le piège de Vladimir Poutine et ne donnons pas raison à ses mensonges. Ce que Vladimir Poutine voudrait tenter de faire croire au monde, c'est que les Européens sont bellicistes, qu'ils veulent la guerre avec la Russie et qu'ils veulent l'escalade. » Selon lui, « à chaque fois qu'il a testé les limites », Poutine « a rencontré la fermeté et l'unité des Européens ».
Le ministre a également rappelé que « la France, l'Allemagne, la Pologne sont des cibles prioritaires de la Russie, de Vladimir Poutine, depuis le 24 février 2022 », précisément parce que ces trois pays « sont indéfectiblement en soutien de l'Ukraine ». La stratégie reste inchangée : « soutien financier, soutien énergétique, soutien militaire » à Kiev, et pression sur Moscou.
Mercator, AfD et « fabrique de la paix »
Lors de cette deuxième édition de la Fabrique de la diplomatie, placée sous le thème de la « Fabrique de la paix », Jean-Noël Barrot a annoncé que la France allait abandonner la projection cartographique dite « de Mercator » par défaut. Conçue à l'origine pour la navigation à cap constant, cette représentation « fait apparaître les États-Unis, la Russie et la Chine comme beaucoup plus gros qu'ils ne le sont, relativement à l'Asie du Sud-Est, à l'Afrique ou à l'Amérique du Sud ». « Nous avons besoin de regarder le monde en vérité », a justifié le ministre. La première édition avait rassemblé plusieurs dizaines de milliers de participants.
Le ministre a aussi commenté le scrutin régional du dimanche 6 septembre en Saxe-Anhalt, où l'AfD est en position de l'emporter, ce qui serait une première pour l'extrême droite dans un Land depuis la Seconde Guerre mondiale. « Il ne faut pas compter sur l'extrême droite, ni en France ni en Allemagne, pour cultiver les solidarités irréversibles » entre les deux pays, a-t-il déclaré, ajoutant que l'extrême droite a « l'Union européenne dans son viseur ».
L'entretien s'est enfin ouvert sur la Cisjordanie occupée, où Jean-Noël Barrot a dénoncé « l'explosion de violence inédite » de la part de colons israéliens, qualifiant la situation de « scandaleuse et indigne ».
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