Rachida Dati réintègre la magistrature sur sa demande, à quelques jours de son procès pour corruption
Par la rédaction Le Rempart
L'ancienne garde des Sceaux, qui comparaîtra du 16 au 28 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris, a obtenu un poste de premier substitut à l'administration centrale de la justice après avoir sollicité sa réintégration auprès de Gérald Darmanin.

L'annonce est tombée vendredi 4 septembre, confirmée par le ministère de la Justice à l'AFP après une information du Nouvel Obs : Rachida Dati, 60 ans, a demandé à réintégrer la magistrature, et sa demande a été acceptée. L'actuelle maire LR du VIIe arrondissement de Paris, battue aux municipales de mars dernier, a obtenu un poste de « premier substitut à l'administration centrale de la justice » au sein de la Chancellerie, selon le Nouvel Obs.
Une réintégration sollicitée auprès de Gérald Darmanin
C'est auprès du garde des Sceaux Gérald Darmanin que Rachida Dati a déposé sa demande de réintégration. « Mme Dati a sollicité sa réintégration comme magistrate, comme elle en a le droit, et sera prochainement affectée dans le cadre de la procédure de transparence classique des magistrats », a indiqué la Chancellerie à l'AFP, précisant que l'affectation interviendra « après l'avis du CSM que le garde des Sceaux suivra ».
Les magistrats du parquet sont désignés par le ministre de la Justice, après avis du Conseil supérieur de la magistrature. Selon un magistrat cité par l'AFP, cet avis devrait intervenir d'ici deux semaines à un mois, le temps d'examiner les éventuels recours des autres candidats sur ce poste.
Un procès pour corruption dans moins de deux semaines
Le calendrier n'est pas anodin. Rachida Dati doit comparaître du 16 au 28 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris, notamment pour corruption et trafic d'influence passifs. Il lui est reproché un pacte de corruption présumé et d'avoir fait illégalement du lobbying au Parlement européen, où elle a siégé de 2009 à 2019, pour le compte de Renault et de son patron d'alors, Carlos Ghosn, aujourd'hui en fuite au Liban et lui aussi renvoyé devant le tribunal.
Entre 2009 et 2013, Rachida Dati a reçu 900.000 euros au titre d'une convention de rémunération forfaitaire d'avocats. Elle soutient n'avoir effectué qu'un travail d'avocate tout à fait légal. Elle encourt dix ans d'emprisonnement et cinq ans d'inéligibilité.
L'USM dénonce un « message contradictoire »
La réintégration a suscité une réaction immédiate du principal syndicat de magistrats. « L'institution judiciaire est durement critiquée par les responsables politiques, notamment sous l'angle de la déontologie et de la responsabilité des magistrats, mais également sur la nécessité de préserver l'image de l'institution », a rappelé auprès de l'AFP Ludovic Friat, président de l'Union syndicale des magistrats (USM). Or, selon lui, « ce projet de réintégration, à quelques jours d'un procès pénal médiatique concernant l'intéressée, envoie un message contradictoire ».
Plusieurs autres dossiers judiciaires en cours
Le nom de Rachida Dati apparaît dans d'autres affaires, à un stade procédural moins avancé. En mai, elle a été placée sous le statut de témoin assisté dans un dossier connexe à l'affaire Renault-Ghosn, concernant une possible enquête privée visant un couple ayant porté plainte contre elle. Ce statut est plus favorable que celui de mis en examen.
Des juges enquêtent par ailleurs sur d'éventuelles relations d'intérêts avec l'Azerbaïdjan et le Qatar lorsqu'elle était eurodéputée, un dossier qui a valu à l'ancienne ministre des perquisitions de ses domiciles et de sa mairie du VIIe arrondissement à la mi-décembre 2025. Enfin, la brigade financière et anticorruption (BFAC) de la police judiciaire parisienne enquête sur des soupçons de non-déclaration de bijoux à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), à la suite de signalements reçus notamment en juin 2025 par le parquet de Paris.
De Sarkozy à Macron
Entrée en politique dans le sillage de Nicolas Sarkozy, comme conseillère justice au ministère de l'Intérieur en 2002, Rachida Dati a été porte-parole de sa campagne victorieuse de 2007 avant d'être nommée garde des Sceaux la même année. Elle y a porté des mesures emblématiques comme les peines planchers et la réforme de la carte judiciaire. En 2024, elle était revenue au gouvernement sous Emmanuel Macron comme ministre de la Culture, fonction quittée un mois avant les municipales parisiennes, qu'elle a perdues en mars.
Onze jours avant d'entrer au tribunal comme prévenue, Rachida Dati retrouve donc un bureau au ministère de la Justice, en tant que magistrate : le droit est respecté, la symbolique, elle, relève d'un tout autre registre.
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