Licencié pour avoir déposé des enfants devant chez eux : la justice donne tort au chauffeur de bus Damien Tabard
Par la rédaction Le Rempart
Un chauffeur de car scolaire, licencié pour avoir déposé des élèves devant leur domicile plutôt qu'à l'arrêt de bus officiel, vient de perdre son procès aux prud'hommes. Une affaire qui dure depuis plus de deux ans.

Il voulait bien faire. Damien Tabard, chauffeur de car scolaire, avait pris l'habitude de déposer les enfants devant chez eux plutôt qu'à l'arrêt de bus officiel. Sa justification, rapportée à l'époque par la presse, tient en une phrase qui en dit long sur l'état du pays : "je voulais éviter qu'ils se fassent emmerder". Une précaution de bon sens, prise par mesure de sécurité, qui lui a coûté son emploi.
Des faits anciens, un licenciement, un procès perdu
L'affaire n'est pas née d'hier. Dès janvier 2025, L'Humanité révélait le licenciement de ce chauffeur pour avoir déposé les enfants devant leurs portes. Un mois plus tard, Centre Presse Aveyron s'interrogeait déjà, deux ans après les faits, sur la suite judiciaire du dossier. La décision est finalement tombée, début juin 2026 : le conseil des prud'hommes a débouté le chauffeur, comme l'ont rapporté Midi Libre et Le Parisien ce 6 juin.
Concrètement, la justice a donc validé le licenciement d'un salarié dont le tort consistait à ne pas abandonner des enfants sur le bord d'une route, parfois loin de leur domicile, parfois seuls, pour respecter scrupuleusement un trajet administratif. Le droit a parlé. Le bon sens, lui, attend toujours son heure.
Le règlement d'abord, la sécurité ensuite
On connaît la chanson. Dans ce pays, il vaut mieux un employé qui applique la consigne à la lettre qu'un salarié qui adapte son service à la réalité du terrain. Le règlement intérieur du transporteur, la convention passée avec la collectivité, l'arrêt officiel validé par on ne sait quelle sous-direction : tout cela pèse visiblement plus lourd que la sécurité concrète des gamins confiés chaque matin.
Que risquaient ces enfants en descendant à l'arrêt prévu ? Le chauffeur, lui, le savait. C'est bien pour cela qu'il a choisi de dévier de la feuille de route. En inquiétude pour leur sécurité, il a fait ce que n'importe quel parent aurait espéré voir faire. Résultat des courses : un licenciement, plus de deux ans de procédure, et une défaite aux prud'hommes.
Le prix du zèle pour le zèle
Il y a dans cette affaire quelque chose de profondément français : la sanction de l'initiative individuelle au profit du circuit bureaucratique. Un chauffeur qui fait un détour pour raccompagner des enfants n'est pas un fraudeur, un absentéiste ou un incompétent. C'est un homme qui prend ses responsabilités, exactement ce que nos élites réclament à cor et à cri dans leurs discours, avant de le punir dans les faits.
Damien Tabard a perdu son procès. Mais c'est toute une conception du service public, où le formulaire écrase l'humain, qui a gagné. Et les gamins, eux, reprendront le chemin de l'arrêt officiel. Quoi qu'il leur en coûte.
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