Le Rempart

Justice

Sébastien Delogu, député LFI, accusé d'avoir cessé de verser sa pension alimentaire depuis mars 2025

Par Dimitri Scudo

L'ex-compagne du député des Bouches-du-Rhône a porté plainte pour abandon de famille. Il devrait près de 20 000 euros et a invoqué des difficultés financières malgré un revenu mensuel de 6 045 euros nets.

Sébastien Delogu, député LFI, accusé d'avoir cessé de verser sa pension alimentaire depuis mars 2025

Les faits : une interruption de pension et une plainte judiciaire

Sébastien Delogu, député La France insoumise des Bouches-du-Rhône, fait l'objet d'une enquête de Mediapart révélée le 7 septembre 2026. Selon cette investigation, l'élu n'aurait pas versé la pension alimentaire de ses deux enfants, âgés de 15 et 13 ans, depuis mars 2025. Le montant mensuel fixé s'élève à 1 200 euros, ce qui porte la dette accumulée à près de 20 000 euros.

Son ancienne compagne, qui détient la garde des enfants, a multiplié les démarches. Elle s'est d'abord adressée à l'Agence de recouvrement et d'intermédiation des pensions alimentaires (Aripa), sans succès. Elle a ensuite saisi un huissier de justice, qui n'a pas pu exécuter le recouvrement : les fonds du député sont domiciliés sur un compte de l'Assemblée nationale, inaccessible aux créanciers privés.

Face à cette impasse, la plaignante a porté plainte pour « abandon de famille » et « soustraction d'enfant ». Cette dernière qualification fait référence à un épisode de l'été 2026 où le député aurait ramené son fils chez lui sans prévenir la mère.

Les justifications de l'élu et ses difficultés judiciaires

Entendu par la police le 26 août 2026, Sébastien Delogu a avancé deux arguments. D'une part, le manque de contact avec ses enfants, qui « ne lui répondent plus », selon ses déclarations rapportées par Mediapart. D'autre part, des difficultés financières. Cette seconde justification surprend : le journal d'investigation évalue son revenu net mensuel à 6 045 euros, somme que de nombreux contribuables français ne perçoivent pas.

Cette affaire s'inscrit dans un contexte judiciaire déjà chargé pour le député marseillais. Le 28 août 2026, il avait été placé en garde à vue pendant plus de huit heures à la suite d'une altercation avec trois policiers, avant d'être convoqué au tribunal pour outrage le 13 novembre 2026. En février 2025, il avait été condamné à 5 000 euros d'amende pour violences, une décision qu'il avait annoncé contester. Plus lourd, un autre procès, initialement prévu en juin 2026, a été renvoyé en octobre : il y encourt cinq ans de prison et 750 000 euros d'amende pour recel de biens provenant d'un vol, divulgation d'informations personnelles et atteinte au secret des correspondances.

Lecture politique : l'accumulation des affaires comme problème de crédibilité

La situation de Sébastien Delogu pose une question de fond sur la tolérance politique aux frontières de l'éthique personnelle. La France insoumise, formation qui a fait de la défense des plus démunis et de la justice sociale un marqueur identitaire fort, se trouve confrontée à un cas où l'un de ses élus invoque des difficultés financières pour justifier le non-paiement d'une obligation légale envers ses enfants, tout en percevant un revenu supérieur de près de 40 % au salaire médian français.

Cette contradiction n'est pas simplement symbolique. Elle touche à la cohérence entre le discours politique et les comportements individuels. LFI a construit une partie de sa légitimité sur une critique des privilèges et des inégalités ; l'impossité de recouvrer une pension alimentaire sur un compte parlementaire, qui protège le député d'une saisie ordinaire, illustre précisément le type de statut protecteur que le parti dénonce par ailleurs. Le mécanisme n'est pas illégal, mais il crée une situation où la fonction publique sert d'écran contre les obligations civiles privées.

L'argument du manque de contact avec les enfants, s'il relève d'une souffrance personnelle réelle, ne constitue pas juridiquement un motif de suspension de pension. Le code civil est clair : l'obligation alimentaire persiste indépendamment des relations affectives. Que le député le sache ou non, son recours à cette justification devant la police suggère soit une méconnaissance inquiétante du droit, soit une stratégie de défense risquée.

Un coût politique croissant pour LFI

Au-delà du cas individuel, l'accumulation des procédures judiciaires contre Sébastien Delogu pose la question de la sélectivité des investitures et du maintien des mandats. Condamnation pour violences, garde à vue pour outrage, procès imminent pour des faits passibles de cinq ans de prison, et désormais plainte pour abandon de famille : ce tableau, même si chaque affaire doit être jugée sur ses propres mérites, finit par constituer un profil politiquement coûteux.

La stratégie de défense de l'élu, qui consiste à externaliser la responsabilité , l'attitude des enfants d'un côté, les contraintes financières de l'autre , risque de mal passer dans une période où les électeurs sont sensibilisés aux questions de responsabilité parentale et où le non-paiement des pensions alimentaires fait l'objet d'une attention médiatique et législative renforcée. Le gouvernement a récemment durci le cadre pénal et les moyens de recouvrement ; qu'un député se trouve en situation d'insaisissabilité technique, même légale, ne manquera pas d'alimenter les critiques.

Pour La France insoumise, le dilemme est classique mais aigu : protéger un élu élu dans une circonscription difficile, ou préserver une réputation d'intégrité qui conditionne la crédibilité de son projet. Le choix de Jean-Luc Mélenchon et de la direction du parti, jusqu'à présent, a été de soutenir ses troupes. Mais chaque nouvelle affaire resserre l'étau de la justification et érode le capital de sympathie dont dispose le mouvement auprès d'un électorat qui n'accepte plus l'écart entre le verbe militant et la réalité des comportements.

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