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À Ceuta, des chats mutilés et démembrés dans sept quartiers : des femmes de ménage pointent des migrants, la justice enquête

Par Roman Thill

Le tribunal d'instance n°1 de Ceuta enquête sur la disparition et la mutilation de dizaines de chats dans sept zones de la ville, après une plainte de l'association Zoelandia et des témoignages attribués à des employées de ménage accusant des migrants.

À Ceuta, des chats mutilés et démembrés dans sept quartiers : des femmes de ménage pointent des migrants, la justice enquête

Un tribunal de Ceuta a ouvert une enquête sur la disparition de chats errants dans sept quartiers de la ville autonome espagnole, après le signalement de cadavres d'animaux mutilés, certains littéralement coupés en deux. La plainte a été déposée par l'association de protection animale Zoelandia, qui décrit une situation « de particulière gravité » touchant les colonies félines de la cité.

Selon les témoignages recueillis auprès de femmes de ménage travaillant dans les zones concernées, des migrants s'en prendraient aux animaux sans motif de subsistance : « Ils les démembrent pour le plaisir, ils sont déjà bien nourris par la Croix-Rouge », rapportent-elles. Ces déclarations, si elles devaient être confirmées par l'enquête, excluraient l'hypothèse d'actes commis par nécessité alimentaire.

Ce que dit la plainte

C'est entre les 17 et 19 août 2026 que l'association Zoelandia a pris connaissance de la situation, par la presse régionale et par les témoignages publics de personnes en charge des colonies de chats. Sa plainte, examinée par le tribunal d'instance n°1 de Ceuta, décrit « la disparition d'un nombre indéterminé de chats de différentes colonies ; le déplacement forcé d'exemplaires ; la destruction ou la détérioration d'installations destinées à leur alimentation et à leur refuge ; la découverte de chats morts et présumés mutilés ». Des oiseaux, pigeons et mouettes, auraient également été retrouvés morts ou partiellement dévorés dans certaines des mêmes zones.

Les quartiers touchés sont Huerta Téllez, Carmelitas, la calle Goya, Príncipe, Sidi Embarek, Punta Blanca et les abords de l'usine de dessalement. Des sources non officielles évoquent déjà environ 65 chats disparus au total.

La plainte s'appuie sur l'article 340 bis du Code pénal espagnol, qui sanctionne les sévices graves envers les animaux domestiques ou vivant sous contrôle humain. La peine encourue peut atteindre 24 mois de prison en cas de mort de l'animal. Zoelandia demande des investigations précises : saisine du SEPRONA de la Garde civile, de la Police nationale et de la police locale, inspection des zones signalées, collecte et conservation des cadavres, autopsies vétérinaires médico-légales pour déterminer la cause et le moment de la mort, la nature des lésions et l'instrument éventuellement utilisé. L'association réclame aussi une comparaison entre le recensement des chats antérieur aux faits et la population actuelle, afin d'établir objectivement le nombre d'animaux disparus.

Une attribution prudente, mais un faisceau troublant

Juridiquement, les déposants se montrent prudents. Zoelandia précise ne pas attribuer « par avance » les faits à une personne ou un collectif déterminé, estimant qu'il appartient à l'enquête judiciaire et policière d'établir la réalité des faits, les causes des blessures et l'identité des auteurs. L'association relève toutefois que la presse régionale a établi un lien temporel et spatial entre la disparition des chats et l'installation de campements de personnes sur des lieux précédemment occupés par les colonies félines. Elle reconnaît elle-même que cette coïncidence « ne permet pas à elle seule d'attribuer pénalement » les morts et mutilations.

Reste que les témoignages des employées de ménage, qui décrivent des animaux coupés en deux et démembrés, vont au-delà d'une simple coïncidence géographique. La plainte évoque aussi un élément de contexte qui a de quoi inquiéter : durant les premiers jours d'août, l'aide humanitaire alimentaire n'aurait pas atteint tout le monde dans la ville. Deux hypothèses, l'une de prédation alimentaire, l'autre de pure violence, se trouvent ainsi posées sur la table des enquêteurs, et les témoignages directs penchent pour la seconde.

Ce que révèle cette affaire

Ceuta n'est pas une ville comme les autres. Enclave espagnole sur la côte marocaine, elle concentre depuis des années une pression migratoire que ses infrastructures et ses services peinent à absorber. Que des campements se soient installés durablement sur des espaces publics, jusqu'à déplacer les colonies de chats qui y vivaient, dit quelque chose du rapport des forces sur le terrain : c'est l'ordre public lui-même, dans ces quartiers, qui semble avoir reculé.

La question posée n'est pas seulement animale. Des actes de cruauté gratuite, s'ils sont confirmés, signalent la présence de personnes en dehors de tout cadre, sans hébergement structuré ni contrôle effectif. La réponse des autorités ne peut pas se limiter à distribuer de la nourriture, comme le suggère avec amertume le témoignage des femmes de ménage : nourrir ne suffit pas à intégrer, et l'assistance sans règles produit sa propre violence. La comparaison, présente dans la plainte, avec les pires jours du siège de Madrid pendant la guerre civile, est sans doute excessive sur le plan historique, mais elle traduit un sentiment local bien réel d'abandon.

Il appartient maintenant à la justice de trancher, autopsies et recensements à l'appui. Mais l'enquête judiciaire ne dispensera pas les responsables politiques, à Ceuta comme à Madrid, d'une question plus large : qui contrôle réellement les rues de la ville, et au nom de quelle politique d'accueil ?

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