À Ceuta, des migrants scandent "Allah akbar" en plein centre-ville : la dérive que l'Europe refuse de voir
Par la rédaction Le Rempart
Des groupes de migrants se sont dirigés vers le centre-ville de Ceuta en scandant "Allah akbar", selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Un nouvel épisode de tension dans l'enclave espagnole, régulièrement sous pression migratoire.

Des images qui dérangent
La scène a de quoi glacer. Des groupes de migrants, filmés par des habitants et relayés sur les réseaux sociaux, se sont dirigés vers le centre-ville de Ceuta en scandant "Allah akbar". Pas un rassemblement spontané de quelques isolés : une progression en groupe, bruyante, revendicative, au coeur de l'enclave espagnole de 84 000 habitants, coincée entre le Maroc et la Méditerranée.
Bien loin du récit rassurant que servent la plupart des médias européens, la situation à Ceuta ne s'apaise pas. Elle se dégrade. Les habitants, eux, le savent depuis longtemps : l'enclave est devenue l'une des principales portes d'entrée terrestres vers l'Europe, avec sa voisine Melilla, et la pression migratoire y est permanente.
Ceuta, enclave sous pression constante
Ce n'est pas un incident isolé, c'est un continuum. En mai 2021, plus de 8 000 migrants avaient franchi la frontière en quelques jours, profitant d'un relâchement calculé des contrôles côté marocain, en pleine crise diplomatique entre Rabat et Madrid. Depuis, les assauts des clôtures, ces barrières de plusieurs mètres de hauteur bardées de barbelés, se succèdent. En juin 2022, l'assaut de la barrière de Melilla avait tourné au drame : au moins 23 morts, selon les autorités marocaines, bilan que des ONG estiment encore plus lourd.
Ceuta vit donc sous tension chronique. Les centres d'accueil débordent, les mineurs isolés errent par centaines dans les rues, et les forces de l'ordre espagnoles multiplient les renvois vers le Maroc, souvent contestés par les associations et parfois par la justice européenne. Dans ce contexte, voir des groupes défiler en scandant des slogans religieux au coeur de la ville a une signification que les autorités préféreraient éluder.
Le silence gêné des élites
Car il y a le fait, et il y a la manière dont on le raconte. Ou plutôt dont on ne le raconte pas. Quand des migrants crient "Allah akbar" en pleine rue européenne, le réflexe médiatique dominant consiste à minimiser : simples tensions locales, débordements isolés, rien à voir avec un quelconque défi identitaire. On connaît la musique.
Pourtant, le contribuable espagnol, et au-delà européen, finance un dispositif frontalier censé protéger ces territoires. Des millions d'euros en clôtures, en caméras, en effectifs. Résultat : l'enclave reste une passoire, Madrid négocie périodiquement avec Rabat sous la menace implicite d'un nouveau lâché de frontière, et Bruxelles regarde ailleurs.
La leçon de Ceuta tient en une phrase : une frontière qu'on ne défend pas finit par disparaître, et ceux qui la franchissent le savent. Les habitants de l'enclave, eux, n'ont pas le luxe de croire au récit rassurant. Ils vivent la réalité, vidéos à l'appui.
Suite


