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La France insoumise boycotte BFMTV : la chaîne déplore une remise en cause du pluralisme

Par Clarence Azolina

La France insoumise a annoncé ce mardi 9 septembre refuser toute participation aux émissions de BFMTV cette semaine, dénonçant des « plateaux racistes » et des chroniqueurs d'extrême droite. La chaîne se dit surprise et réaffirme son indépendance éditoriale.

La France insoumise boycotte BFMTV : la chaîne déplore une remise en cause du pluralisme

La rupture est consommée, du moins pour une semaine. Dans un communiqué daté du 9 septembre, La France insoumise annonce qu'elle ne répondra favorablement à aucune invitation de BFMTV dans les jours qui viennent. Mathilde Panot renonce ainsi au débat prévu ce soir sur la chaîne d'information en continu, et Manuel Bompard à l'émission BFM Politique programmée dimanche prochain. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon justifie cette décision par des griefs accumulés depuis des mois, et surtout par une ligne éditoriale qu'il juge en train de se « droitiser ».

Ce que reproche LFI à la chaîne

Le communiqué insoumis dresse une liste précise de reproches. Le mouvement affirme que ses représentants ont été « invités pour être déprogrammés en dernière minute, parfois à quelques instants du plateau alors qu'ils étaient déjà sur place ». Il dénonce aussi des thèmes d'interview changés au dernier moment et des débats transformés en « débat surprise » par l'ajout d'intervenants une fois les invités installés.

Mais le cœur de la charge est ailleurs. LFI accuse la chaîne d'avoir donné, depuis la rentrée, une place nouvelle à des contenus qu'elle réprouve : « la place prépondérante donnée à des plateaux durant lesquels des thèses racistes ou encore des propos climatosceptiques sont monnaie courante », écrit le mouvement, qui évoque aussi « l'invitation de chroniqueurs d'extrême droite ». Le communiqué cite enfin le traitement de la garde à vue de l'eurodéputée Rima Hassan, durant laquelle des rumeurs de détention de drogue, « avérées fausses », auraient été relayées « sans aucune prudence » et sans correctif suffisant.

BFMTV oppose le pluralisme et son indépendance

La réponse de la chaîne n'a pas tardé. Dans un communiqué publié dans la matinée, BFMTV se dit « surprise de cette décision » et « déplore que le pluralisme dont elle est garante soit ainsi remis en cause ». La chaîne rappelle qu'une antenne d'information en continu « s'adapte en permanence à l'actualité » et que « la composition de ses plateaux [est] susceptible d'évoluer jusqu'au dernier moment ». Une manière de répondre point par point, sans le dire, aux griefs logistiques des Insoumis. Elle conclut en réaffirmant, « dans cette campagne électorale », son attachement à « une ligne guidée par les faits, le pluralisme et le débat d'idées ».

Sur le fond, la défense de la chaîne est solide : recevoir des chroniqueurs de sensibilités diverses, y compris très à droite, relève précisément du pluralisme qu'une formation politique ne peut pas, en démocratie, conditionner à son propre confort idéologique. Le vocabulaire employé par LFI (« plateaux racistes ») est d'ailleurs lourd de sens : il ne vise plus un désaccord éditorial, mais disqualifie moralement la chaîne elle-même. Une stratégie connue, qui consiste moins à débattre qu'à délégitimer l'arbitre.

Une méthode qui ressemble à une habitude

Ce boycott n'arrive pas par hasard. Il s'inscrit dans une pratique récurrente de La France insoumise : transformer ses relations avec les médias en rapport de force, et faire de chaque désaccord éditorial un casus belli médiatique. Le mouvement avait déjà multiplié les procès en traitement hostile contre plusieurs rédactions ces dernières années, tout en réclamant paradoxalement davantage de temps de parole. Difficile d'y voir autre chose qu'une volonté de peser sur les lignes éditoriales par la pression, au moment précis où s'ouvre la séquence présidentielle de 2027.

Le choix du moment est d'ailleurs politiquement lisible. LFI traverse une période compliquée : divisions internes rendues publiques, concurrence d'un Parti socialiste qui se refait une santé, et un Jean-Luc Mélenchon dont l'hypothèse d'une nouvelle candidature divise jusque dans son camp. Offrir à ses troupes un ennemi médiatique clairement identifié permet de ressouder à peu de frais, et de replacer le mouvement en position de victime d'un système qui lui serait hostile. C'est une mécanique éprouvée : elle a fait ses preuves auprès du noyau dur, mais elle ne dit rien aux électeurs que le mouvement prétend conquérir au-delà.

Ce que dit cet épisode du débat public

Reste une question de fond, qui dépasse le seul cas de BFMTV. Une chaîne d'information peut-elle fixer ses plateaux sans s'exposer au chantage au boycott dès lors qu'un invité lui déplaît ? Si le principe s'installait, chaque formation politique disposerait d'un droit de veto de fait sur la composition des débats. Le Rassemblement national, qui s'est longtemps plaint, parfois avec raison, d'un traitement médiatique défavorable, a choisi la voie inverse : multiplier les passages à l'antenne pour imposer ses thèmes dans le débat public. Le contraste est instructif. L'une des deux stratégies suppose de convaincre ; l'autre de faire taire.

LFI précise qu'elle décidera « prochainement de l'attitude à suivre » selon les réponses de la chaîne, et conclut son communiqué par une invocation de « la grandeur de la démocratie ». La formule sonne creux au sortir d'une décision qui consiste, précisément, à se soustraire au débat plutôt qu'à l'affronter.

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