Bussy-Saint-Georges : Valérie Pécresse inaugure le premier temple hindou traditionnel de France et vante l'ouverture à l'Inde
Par Dimitri Scudo
La présidente de la région Ile-de-France a participé, le 4 septembre 2026, au lancement du Festival de la Culture à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), célébrant l'ouverture du premier temple hindou traditionnel de France, porté par l'organisation BAPS Swaminarayan.

C'est une première en France, et une inauguration qui ne passe pas inaperçue. Le 4 septembre 2026, Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, s'est rendue à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne) pour lancer, aux côtés du maire Yann Dubosc, le Festival de la Culture organisé autour de l'ouverture du premier temple hindou traditionnel du pays, le BAPS Mandir Swaminarayan Hindou de Paris. L'édifice s'élève sur l'Esplanade des Religions et des Cultures, au 3 allée Madame de Montespan, un lieu présenté comme unique en Europe, qui accueille déjà plusieurs communautés confessionnelles.
Treize jours de festivités et plus de 10 000 visiteurs
Du 2 au 14 septembre 2026, le festival doit réunir plus de 10 000 visiteurs venus de 41 pays, selon la présidente de région, qui a allumé la lampe inaugurale avant d'assister à une prestation de danseuses du BAPS en tenue traditionnelle. La première journée était entièrement consacrée aux femmes : Valérie Pécresse a mené un cortège de plus de 3 000 participantes en costumes traditionnels, parti du Parc du Génitoy jusqu'au Mandir. La cérémonie d'ouverture s'est notamment traduite par l'inauguration d'une statue de mains jointes, intitulée « Namaste », située à quelques mètres du temple. Une grande procession avec chars fleuris est annoncée le 13 septembre, au départ du Square Vitlina, ouverte à tous les habitants.
Pour Yann Dubosc, l'événement est sans précédent local : « Il n'y a pas eu d'événement équivalent sur les 40 dernières années de Bussy-Saint-Georges », a déclaré le maire, saluant une « organisation incroyable ». La communauté indienne de la ville, déjà présente dans des événements comme Asie en fête, le carnaval ou les Journées européennes du patrimoine, est décrite comme bien intégrée au paysage local.
Un plaidoyer économique pour l'Inde
Valérie Pécresse a assorti sa venue d'un discours résolument tourné vers le rapprochement franco-indien. Sur le tourisme d'abord : « Je me suis aperçue que nous avions 1 million de Chinois qui venaient chaque année, 500 000 Australiens et seulement 150 000 Indiens... Cherchez l'erreur, ils vont tous à Londres. Il faut qu'ils viennent à Paris ! » Sur les relations bilatérales ensuite : « On a du retard dans la construction d'une vraie relation économique, touristique et étudiante avec l'Inde. Mais elle porte ses fruits ! La première nationalité des étudiants étrangers à HEC Paris, c'est la nationalité indienne. Aujourd'hui, l'Inde a envie de France... Et nous, on a envie d'Inde ! »
L'agenda de la présidente de région confirme cette offensive de charme : elle sera présente en novembre au Bengaluru Tech Summit 2026, puis à Mumbai, où l'exécutif francilien a implanté un bureau destiné à accompagner l'implantation croisée des entreprises françaises et indiennes. La région développe parallèlement un partenariat avec Bollywood.
Un mouvement qui ne fait pas l'unanimité
L'organisation BAPS Swaminarayan, qui porte le temple, n'est pourtant pas un acteur anodin. Puissante structure internationale, elle fait l'objet depuis plusieurs mois d'une couverture critique : Mediapart a dénoncé le « tapis rouge » déroulé par la France à une organisation « soutenue par Modi », L'Humanité a parlé des « manoeuvres de l'extrême droite indienne » derrière le projet, et d'autres titres ont pointé « l'ombre du régime suprémaciste de Narendra Modi » sur la construction du temple. Une polémique avait déjà éclaté autour de la mise en lumière de la tour Eiffel aux couleurs du mouvement, dont les pratiques internes, célibat strict des religieux notamment, ont été questionnées. RFI s'était de son côté interrogé sur la manière dont cette organisation avait réussi à s'implanter en France.
Aucun de ces éléments n'a été évoqué lors de l'inauguration. Valérie Pécresse a au contraire présenté l'Esplanade des Religions et des Cultures comme un modèle : « C'est certainement un exemple à prendre à l'échelle nationale pour faire vivre une cohésion nationale, dans lequel personne ne s'enferme dans son lieu de culte », a-t-elle affirmé, ajoutant que « c'est cette connaissance de l'autre qui permet le respect, et qui évite les dérives séparatistes et communautaristes ».
Une lecture politique délicate
Le déplacement pose une question de cohérence. Valérie Pécresse s'est construite, notamment pendant la campagne présidentielle de 2022, sur une ligne de fermeté en matière d'immigration, de laïcité et de lutte contre le communautarisme. La voir célébrer en grande pompe l'implantation d'un mouvement religieux structuré, hiérarchisé et contesté pour sa proximité idéologique avec le nationalisme hindou peut brouiller ce positionnement. Il est difficile d'exiger la vigilance envers certains cultes et de faire preuve d'enthousiasme protocolaire envers d'autres, surtout lorsque des rédactions sérieuses ont documenté les zones d'ombre de l'organisation accueillie.
L'argument économique, lui, se tient : rattraper le retard français sur le marché touristique et étudiant indien est un objectif légitime, et Londres capte effectivement l'essentiel de ce flux. Mais la confusion des registres est patente. Inaugurer un lieu de culte communautaire, mener un cortège en tenue traditionnelle et vanter le multiculturalisme au nom des retombées touristiques, ce n'est pas exactement la même chose que bâtir une relation d'État à État. En mêlant le temple, le festival et la diplomatie économique dans un même élan, l'exécutif francilien prend le risque de valider sans filtre un acteur religieux dont la nature aurait mérité un examen plus attentif. La « connaissance de l'autre » invoquée par Valérie Pécresse devrait logiquement commencer par la connaissance de celui à qui l'on déroule le tapis rouge.
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