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Yaël Braun-Pivet ferme la porte à une baisse de l'indemnité des députés, fixée à 5 953 euros net : « On est déjà assez exemplaires »

Par Dimitri Scudo

Alors que Sébastien Lecornu envisage de réduire les indemnités des ministres dans le cadre du budget 2027, la présidente de l'Assemblée nationale a jugé « difficile » une mesure similaire pour les députés, en rappelant qu'ils sont moins payés que leurs homologues allemands, britanniques et européens.

Yaël Braun-Pivet ferme la porte à une baisse de l'indemnité des députés, fixée à 5 953 euros net : « On est déjà assez exemplaires »

L'exemplarité budgétaire, oui, mais pas pour tout le monde au même niveau. Invitée des 4 Vérités sur France 2 ce jeudi 10 septembre, la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a estimé qu'une baisse de l'indemnité des députés serait « difficile », alors même que le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait la veille envisager une réduction des indemnités des ministres et de leurs conseillers de cabinet. Deux poids, deux mesures, à l'heure où le gouvernement prépare un budget 2027 qui exigera des efforts de l'ensemble des Français.

Une indemnité de 5 953 euros net, alignée sur les hauts fonctionnaires

Concrètement, la rémunération d'un député s'élève en 2026 à 7 637 euros brut par mois, soit environ 5 953 euros net. S'y ajoutent l'avance de frais de mandat (AFM), qui couvre les frais de réception et de représentation, ainsi qu'un crédit collaborateur de 10 581 euros mensuels, permettant d'embaucher jusqu'à cinq collaborateurs. Le site du Palais-Bourbon précise que l'indemnité de base est fixée « par référence au traitement des fonctionnaires occupant les emplois les plus élevés de l'État », égale à la moyenne du traitement le plus bas et du traitement le plus haut de la catégorie hors échelle.

Face à la caméra, Yaël Braun-Pivet n'a pas fermé totalement la porte. « Si on peut faire des économies on en fera, n'écartons aucune piste », a-t-elle d'abord lancé, avant de rappeler que ses services avaient « regardé » la question, un sujet qu'elle qualifie de « vieux comme l'Assemblée nationale ». Elle a ensuite plaidé la cause historique du parlementarisme rémunéré : « On s'est toujours posé la question : est-ce qu'un parlementaire doit être payé pour représenter le peuple ? La réponse très vite a été 'oui', pour permettre à tout le monde d'accéder à ce mandat parlementaire. » Un argument recevable, qui garantit que le mandat ne reste pas l'apanage des plus aisés. Mais qui ne répond pas à la question du jour : non pas faut-il payer les députés, mais peuvent-ils, symboliquement, participer à l'effort demandé à tous ?

L'argument européen, défendable mais politiquement risqué

Le cœur de la défense de la présidente de l'Assemblée tient en une comparaison internationale. Les députés français seraient « payés 50% de moins que ceux du Bundestag, 30% de moins que les députés anglais et 40% de moins que les eurodéputés », a-t-elle affirmé. Et de conclure : « Il faut être exemplaire. On est exemplaire dans la gestion interne de l'Assemblée nationale. Si on peut faire des économies, on en fera, on en fait toujours. Sur les indemnités des députés, qui sont alignées sur le traitement des fonctionnaires, ça me paraît difficile. »

Sur le fond, les chiffres cités sont réels et la comparaison européenne est un exercice légitime. Mais politiquement, l'argument est dangereux. Dire au contribuable que l'on est « déjà assez exemplaire » parce que les députés allemands gagnent davantage revient à comparer des situations que le citoyen, lui, ne compare jamais. Ce que voit l'électeur, c'est un revenu net qui se situe à plus de quatre fois le Smic, assorti de frais de mandat et d'un crédit collaborateur conséquent, au moment où l'on explique que tout le monde devra se serrer la ceinture. Que les Anglais soient payés 40 % de plus n'adoucira pas cette réalité.

Le timing politique d'un message maladroit

La séquence est pourtant claire. Mercredi 9 septembre, Sébastien Lecornu faisait savoir qu'il songeait à réduire les indemnités des ministres et de leurs cabinets, dans la perspective du budget 2027. Le signal envoyé était celui d'un gouvernement qui commencerait par balayer devant sa porte. Vingt-quatre heures plus tard, la présidente de l'Assemblée nationale tempère l'extension de ce geste aux parlementaires. Difficile d'y voir autre chose qu'une coordination manquée entre Matignon et le Palais-Bourbon.

Car l'enjeu dépasse les quelques millions d'euros qu'économiserait une baisse même modérée des indemnités des 577 députés et 348 sénateurs. Personne de sérieux ne prétend que cela comblera le déficit. L'enjeu est d'abord symbolique : la légitimité d'un État qui demande des efforts repose sur sa capacité à en montrer l'exemple. En affirmant que l'alignement des indemnités sur le traitement des fonctionnaires rend la mesure « difficile », Yaël Braun-Pivet invoque un verrou juridique et technique. Soit. Mais les verrous techniques n'ont jamais empêché un législateur de légiférer lorsque la volonté politique existait.

Il reste que la présidente de l'Assemblée a au moins le mérite de ne pas avoir exclu le principe d'une révision, dans une logique globale d'effort budgétaire. Restera à vérifier, lors de l'examen du budget 2027, si cette porte entrouverte se traduit par un geste concret, ou si l'exemplarité parlementaire reste une ligne que chacun réclame et que personne n'ose franchir.

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