À Brest, la plainte en diffamation du député LFI Pierre-Yves Cadalen contre Maël de Calan vire au procès de La France insoumise
Par Roman Thill
Le député insoumis Pierre-Yves Cadalen, qui poursuivait pour diffamation Maël de Calan, président du conseil départemental du Finistère, pour l'avoir traité d'« antisémite et factieux », a vu l'audience du tribunal correctionnel de Brest se transformer en examen des dérives de son propre parti. Jugement le 22 octobre.
C'est un procès qui aura tourné court pour le plaignant. Jeudi 10 septembre, le tribunal correctionnel de Brest examinait la plainte en diffamation déposée par Pierre-Yves Cadalen, député LFI de Brest élu en 2024, contre Maël de Calan, président (ex-LR) du conseil départemental du Finistère. En décembre 2024, sur la chaîne locale Tébéo, ce dernier avait qualifié le jeune parlementaire de « factieux et antisémite ». À l'issue de l'audience, c'est bien le mouvement de Jean-Luc Mélenchon qui s'est retrouvé sur le banc des accusés.
Un procès retourné contre le plaignant
À la barre, Pierre-Yves Cadalen, 34 ans, s'est dit « profondément blessé » par des mots d'une « violence terrible », contraires selon lui à « tous les engagements de toute une vie ». Son avocat, Me Raphaël Kempf, a dénoncé des propos « sans fondement, sans argument, sans rien », en relevant que la défense n'apportait pas la preuve de ces « graves accusations ». Il a aussi reconnu, non sans lucidité, la mécanique particulière de ce type de procédure : « Un procès en diffamation, c'est un peu un procès que l'on se fait à soi-même », admettant que l'on avait « l'impression » que son client était « le prévenu » dans cette affaire.
L'aveu est précieux, et il dit quelque chose de la stratégie judiciaire de La France insoumise. En choisissant systématiquement la voie pénale pour répondre aux accusations d'antisémitisme qui visent le mouvement, ses élus acceptent de fait que le débat s'ouvre à l'audience sur le fond : c'est-à-dire sur les déclarations de leurs dirigeants. Difficile, ensuite, de s'étonner que la défense s'engouffre dans la brèche.
La défense Malka : interroger la responsabilité collective
Face au député, Me Richard Malka, avocat de Maël de Calan, a méthodiquement déplacé le procès. Il a longuement interrogé Pierre-Yves Cadalen sur les propos controversés de Jean-Luc Mélenchon, ainsi que sur le visuel publié sur les réseaux sociaux ciblant l'animateur Cyril Hanouna, qui reprenait les codes graphiques de certaines affiches antisémites. Le député a tenté de botter en touche : « Je ne suis pas ici pour commenter des polémiques qui relèvent de l'instrumentalisation de l'antisémitisme », tout en concédant qu'il avait pu y avoir « des maladresses » dans son parti.
« C'est lunaire ! », a répliqué Me Malka. « Vous vous lavez les mains de tout ce qu'ont dit Jean-Luc Mélenchon et les députés de votre parti. » L'avocat a plaidé la relaxe au nom de la liberté d'expression, prévenant qu'une condamnation signifierait que « plus personne n'aurait le droit de dénoncer l'antisémitisme de ce mouvement ».
Le raisonnement de la défense n'est pas anodin, et il touche au cœur du fonctionnement insoumis. Maël de Calan l'a formulé sans détour devant le tribunal : « C'est Pierre-Yves Cadalen qui devrait s'excuser publiquement des dérives antisémites et factieuses de LFI. On ne peut être membre d'un parti politique sans être comptable des propos de ses dirigeants. » L'élu, actuellement porte-parole d'Édouard Philippe, a d'ailleurs persisté dans ses déclarations : « Je regrette de ne pas l'avoir dit plus tôt et plus fort. »
Un précédent qui joue contre LFI
L'argumentaire de Me Malka s'appuie sur une jurisprudence récente, et c'est là que la démarche du député brestois apparaît la plus hasardeuse. L'an dernier, le même avocat défendait le philosophe Raphaël Enthoven, qui avait qualifié le mouvement mélenchoniste de « passionnément antisémite ». Poursuivi pour injure publique par LFI, Raphaël Enthoven avait été relaxé, le tribunal correctionnel de Paris estimant que ses propos s'inscrivaient « dans le sillage » d'un « débat d'intérêt général majeur ».
Autrement dit, les juges parisiens ont déjà tranché : qualifier LFI d'antisémite relève d'un débat public légitime, et non d'une injure passible de condamnation. En portant plainte à son tour, Pierre-Yves Cadalen prenait donc le risque connu d'une jurisprudence défavorable, avec la contrepartie certaine d'une audience consacrée aux sorties de route de ses propres dirigeants. Pour un jeune élu en quête de notoriété, le calcul peut se comprendre. Politiquement, il a surtout offert une tribune judiciaire à ceux qui accusent son camp.
Le tribunal rendra son jugement le 22 octobre. Quelle que soit la décision, une leçon semble déjà acquise : à vouloir faire taire par la justice le débat sur l'antisémitisme supposé de la gauche radicale, La France insoumise ne fait que l'amplifier, procès après procès.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite



