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Justice

Carburants : Manon Aubry traite Patrick Pouyanné de « rapace » et de « profiteur de crise »

Par Clarence Azolina

La députée européenne LFI Manon Aubry a accusé le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, d'avoir spéculé sur 34 millions de barils de pétrole pour dégager un milliard de dollars de profits.

Carburants : Manon Aubry traite Patrick Pouyanné de « rapace » et de « profiteur de crise »

Manon Aubry n'y va pas par quatre chemins. Sur X, la cheffe de file insoumise aux européennes a déchaîné ses foudres contre Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies : « Monsieur Pouyanné n'est pas qu'un nuisible, c'est un rapace. C'est un profiteur de crise », écrit-elle, l'accusant d'avoir « spéculé sur 34 M de barils de pétrole achetés en mars avant la flambée des prix pour les revendre ensuite au prix fort » et d'avoir « empoché 1 Md de $ de profits sur le dos des automobilistes ».

Une charge frontale contre le patron du CAC 40

L'attaque de l'eurodéputée La France insoumise s'inscrit dans une stratégie de communication éprouvée à gauche : personnaliser la colère sur les prix à la pompe en désignant un coupable unique, quitte à simplifier la mécanique des marchés pétroliers. Acheter du brut à bas prix pour le revendre lorsque les cours montent n'est pourtant ni un délit, ni une anomalie : c'est la définition même du trading, une activité que toutes les majors du secteur pratiquent et qui permet, justement, de lisser l'approvisionnement. Transformer cette réalité économique en délit moral relève d'une rhétorique de campagne plus que d'une analyse du secteur énergétique.

Il y a d'ailleurs dans cette sortie un paradoxe que Manon Aubry passe sous silence : c'est ce même Patrick Pouyanné qui avait pris la décision, en 2023, de plafonner le prix de l'essence et du diesel à 1,99 euro le litre dans les stations TotalEnergies françaises, une mesure reconduite par la suite. On peut discuter l'ampleur du geste, le qualifier de coup de communication, mais le présenter comme un « rapace » sans mentionner ce plafonnement, que peu de concurrents ont osé imiter, tient davantage de la charge politicienne que du débat sur le fond.

Le Medef monte au créneau

La riposte n'a pas tardé. Sur BFM TV, Patrick Martin, président du Medef, a pris la défense du dirigeant, allant jusqu'à le qualifier de « patriote ». Son argument est factuel : « Ce n'est pas M. Pouyanné, ni Total Énergie d'ailleurs, qui a déclenché, ni la guerre en Ukraine, ni les hostilités dans le détroit d'Ormuz ». Autrement dit, la flambée des cours mondiaux du pétrole procède de chocs géopolitiques, pas d'une décision de bureau parisienne. Le rappel a le mérite de la justesse : un dirigeant de major pétrolière ne fabrique ni les conflits ni les prix internationaux, il en subit et en gère les conséquences.

Que le patron des patrons use du mot « patriote » n'est pas anodin non plus. TotalEnergies reste l'un des premiers contribuables français, un employeur majeur sur le territoire et un acteur qui a maintenu, malgré les tempêtes, une présence industrielle en France alors que tant d'autres ont délocalisé. La chasse au « profiteur de crise » oublie souvent ces contreparties.

Une logique de désignation plutôt qu'une politique

Derrière l'affrontement Aubry-Pouyanné se joue un vieux débat : faut-il taxer davantage les « superprofits » des énergéticiens, ou reconnaître que ces profits exceptionnels financent aussi investissements, dividendes aux petits porteurs et recettes fiscales ? LFI a fait du premier argument un marqueur identitaire. Mais la méthode de la désignation nominative a ses limites : elle ne fait pas baisser un seul centime le prix à la pompe, et elle envoie un signal peu encourageant aux dirigeants d'entreprise tentés d'investir en France.

Ceux qui s'indignent des profits de TotalEnergies feraient mieux de s'interroger sur les raisons pour lesquelles la France demeure si dépendante des importations d'hydrocarbures, et sur la décennie de renoncements énergétiques qui l'y a conduite. C'est là, plus que dans les tweets de Manon Aubry, que se trouve le vrai prix payé par les automobilistes.

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