Chelles : une octogénaire dépouillée de sa chaîne en or après avoir offert un sandwich à deux jeunes clandestins, l'un d'eux condamné, l'autre recherché
Par Dimitri Scudo
À Chelles (Seine-et-Marne), une femme de 80 ans qui acceptait de payer un sandwich à deux jeunes hommes a été frappée et délestée de sa chaîne en or le 6 septembre. L'un des suspects, un Algérien de 18 ans en situation irrégulière, a été condamné à huit mois de prison ferme ; son complice est toujours recherché.
Le geste était désintéressé, la réponse brutale. Dimanche 6 septembre, boulevard Alsace-Lorraine à Chelles (Seine-et-Marne), une femme de 80 ans est abordée par deux jeunes hommes qui lui demandent de leur payer un sandwich. Elle accepte. En guise de remerciement, elle est frappée et le plus frêle des deux lui arrache sa chaîne en or avant que le duo ne prenne la fuite. Voilà où mène, trop souvent, la confiance encore spontanée de nos aînés : à la rue, elle est désormais une donnée exploitable par ceux qui y repèrent leurs proies.
Des commerçants à la poursuite des fuyards
Alertés par les cris de la victime, un boucher et son employé sortent de leur commerce, prennent leur voiture et se lancent à la poursuite des deux voleurs. Ils parviennent à en intercepter un. Le second, lui, reste à ce jour recherché. Difficile de ne pas souligner le contraste : pendant que l'État peine à sécuriser les boulevards d'une ville de banlieue, ce sont des artisans, sur leur temps de travail, qui assurent l'interpellation. Le réflexe civique existe encore ; il pallie une présence publique qui, elle, se fait attendre.
Très vite, les enquêteurs du commissariat de Chelles font le rapprochement avec une affaire survenue trois jours plus tôt. Le 3 septembre, avenue Foch, dans la même commune, un jeune homme de 18 ans s'était fait arracher la chaîne qu'il portait au cou. « Ils m'ont porté un coup à main ouverte, sur le torse, très très fort. Mais c'est seulement à la maison que j'ai compris qu'ils avaient volé ma chaîne », a-t-il raconté à la barre du tribunal correctionnel de Meaux, mercredi 9 septembre, précisant ne plus se sentir en sécurité dans la rue et éviter désormais de porter des écouteurs. Ce détail en dit long sur l'atmosphère ordinaire : quand un adolescent renonce à sortir avec des écouteurs par peur de se faire dépouiller, c'est bien le sentiment d'impunité des délinquants qui a gagné du terrain.
Un prévenu en situation irrégulière, déjà récidiviste
Le suspect interpellé est un Algérien de 18 ans, en situation irrégulière sur le territoire, qui comparaissait en état de récidive pour deux vols en réunion avec violence. La première victime l'a formellement reconnu, affirmant l'identifier « à 100% » comme l'auteur du vol commis à son encontre. L'octogénaire, elle aussi, l'a désigné.
Assisté d'une interprète en langue arabe, le prévenu a nié toute implication dans le premier vol et livré une version singulière du second : « À aucun moment je n'ai eu l'intention de commettre un vol. On demandait des renseignements, sans arrière-pensée. C'est mon camarade qui a arraché le collier. Et il m'a dit : cours. Quand j'ai compris, j'ai eu honte », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il n'était pas venu en France pour commettre des infractions. Une ligne de défense classique : la faute serait toujours celle de l'autre, celui qui a fui, celui qu'on ne retrouve pas. Le procureur n'y a pas vu de crédibilité, et il est permis de s'interroger plus largement : que fait sur le territoire, en liberté, un étranger en situation irrégulière déjà connu de la justice ? Chaque fait divers de cette nature ravive la même question, celle de l'exécution réelle des obligations de quitter le territoire, dont tout le monde sait qu'elles restent massivement lettre morte.
Huit mois ferme, une interdiction du territoire réduite de moitié
Le substitut du procureur, Victor Vandekerckhove, avait requis 14 mois de prison ferme avec mandat de dépôt, assortis d'une interdiction du territoire français de dix ans, rappelant que le prévenu avait été formellement reconnu par les deux victimes. La défense, assurée par Me Adrien Thiebaud, a plaidé l'absence de « démonstration probante » et une enquête insuffisamment approfondie.
Le tribunal a finalement déclaré le jeune homme coupable des deux vols à l'arraché et l'a condamné à huit mois de prison ferme avec mandat de dépôt, ainsi qu'à une interdiction du territoire de cinq ans, soit la moitié de ce que réclamait le parquet. On mesurera l'écart : pour deux vols avec violence, dont l'un sur une octogénaire, commis en récidive par un clandestin, la peine s'établit sous l'année de détention. Quant à l'interdiction du territoire, son efficacité dépendra d'une reconduite effective à l'issue de la peine, ce que l'expérience invite à considérer avec prudence.
Reste l'essentiel, au-delà du dossier judiciaire. Une femme de 80 ans a voulu nourrir deux inconnus ; elle en a été frappée et dépouillée. Ce n'est pas un simple fait divers de plus à Chelles : c'est le symptôme d'une insécurité qui s'attaque aux plus vulnérables et d'une politique migratoire et pénale dont les failles, connues de tous, demeurent sans réponse à la hauteur.
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