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Jean-René Cazeneuve attribue la flambée des carburants à Trump et vise le RN

Par Clarence Azolina

Le député macroniste Jean-René Cazeneuve a publié sur X un message liant la hausse des prix des carburants à la politique de Donald Trump, tout en rappelant la présence de cadres du RN à l'investiture du président américain.

Jean-René Cazeneuve attribue la flambée des carburants à Trump et vise le RN

Un tweet politique au moment des tensions énergétiques

Le député Renaissance du Gers, Jean-René Cazeneuve, a publié sur le réseau social X un message accusant Donald Trump d'être responsable de la flambée des prix des carburants. Dans ce tweet, il a directement visé le Rassemblement national en rappelant que plusieurs de ses cadres , Marion Maréchal, Jean-Paul Garraud (surnommé "Sabatout" dans le message), et d'autres élus RN , avaient assisté à l'investiture du président américain en janvier 2025.

« Le prix des carburants flambent à cause de Trump. Trump, votre ami, votre modèle ! Alliot, Maréchal, Sabatout... et tant d'autres RN étaient présents à son intronisation. Allez lui porter la facture des Français ! », a écrit le parlementaire macroniste.

Cette sortie intervient dans un contexte de hausse des prix de l'énergie qui pèse sur les ménages français. Le député RN Sébastien Chenu avait lui-même dénoncé quelques jours plus tôt, le 10 septembre, une augmentation de 6,3 % du prix de référence du gaz au 1er octobre, qualifiant la situation de « racket fiscal » pour les Français. La juxtaposition de ces deux messages illustre la concurrence entre les deux formations pour incarner la défense du pouvoir d'achat sur le terrain énergétique.

Une stratégie de communication à risque

La mise en cause de Trump comme cause unique de la hausse des carburants mérite d'être examinée avec précision. Si la politique énergétique américaine, notamment les sanctions sur le pétrole iranien et vénézuélien ainsi que les pressions sur l'OPEP, contribuent effectivement à la tension des marchés pétroliers, elle n'explique pas à elle seule les prix à la pompe en France. Les taxes françaises , la TICPE et la TVA , représentent encore plus de 60 % du prix final du litre d'essence. Le gouvernement français conserve donc une marge de manœuvre fiscale substantielle que la majorité préfère ne pas évoquer.

Cazeneuve choisit délibérément de déplacer le débat sur le terrain géopolitique et partisan. Cette opération permet deux choses : d'une part, d'occulter les choix budgétaires nationaux qui structurent le prix des carburants ; d'autre part, de rattacher le RN à une figure étrangère controversée en période de tensions transatlantiques. Emmanuel Macron avait lui-même qualifié le moment présent de « moment unique » où Trump, Poutine et Xi seraient « farouchement opposés aux Européens », selon des propos rapportés par La Gazette France. Le député du Gers prolonge ainsi la ligne présidentielle.

Cette stratégie comporte pourtant un coût politique. Le camp macroniste, qui a fait de la construction européenne et de l'indépendance stratégique un axe majeur, peine à expliquer pourquoi la politique américaine pèserait plus lourd que les décisions fiscales françaises sur le portefeuille des automobilistes. L'argument risque d'apparaître comme une défaite de la souveraineté énergétique promise, plutôt que comme une démonstration de lucidité.

Le RN dans le viseur, une cible récurrente

L'énumération des noms de cadres RN présents à l'investiture de Trump vise à construire une chaîne de culpabilité : soutien à Trump, responsabilité dans sa politique, complicité dans ses conséquences économiques pour les Français. Cette rhétorique d'association politique n'est pas nouvelle, mais elle gagne en intensité à l'approche des échéances électorales.

Le choix de citer Marion Maréchal, figure identitaire ayant quitté le RN pour Reconquête puis opéré un rapprochement, ainsi que Jean-Paul Garraud, ancien député européen, montre une volonté d'élargir le spectre visé au-delà du seul RN institutionnel. Le surnom "Sabatout" utilisé par Cazeneuve, déformation péjorative du nom de Garraud, trahit une intention clairement polémique.

Cette tactique révèle surtout la difficulté de la majorité à trouver un adversaire stable. Après avoir longtemps cibtré la gauche insoumise, puis tenté de faire de Jordan Bardella un interlocuteur républicain, le camp présidentiel semble revenir à une posture de dénonciation frontale. La figure de Trump, largement impopulaire en France, offre un relais commode pour cette opération.

Un débat énergétique sans issue facile

Les résultats web complémentaires éclairent peu le fond du sujet, mais confirment l'actualité des tensions liées à la politique de Trump. Sa dénonciation d'une relation « à sens unique » avec l'Otan et sa pression sur les Européens pour qu'ils augmentent leurs dépenses de défense créent un climat de défiance qui déborde sur les dossiers économiques. Dans ce contexte, lier le RN à Trump permet de l'inscrire dans une alliance présumée contre les intérêts français.

Pour autant, le débat sur les prix de l'énergie reste structuré par des réalités nationales. La France, qui a fait le choix de la fiscalité élevée sur les carburants pour financer son modèle social et sa transition écologique, ne peut pas simplement invoquer la politique étrangère pour justifier des prix à la pompe qui frappent les classes populaires et moyennes. Le gouvernement, qui a renoncé au bouclier tarifaire gazier et électrique dans sa forme initiale, cherche des responsables extérieurs à sa propre politique.

La réponse de Cazeneuve, en dépit de son ton martial, laisse en réalité le champ libre au RN sur le terrain de la souveraineté. Si Trump détermine les prix à la pompe en France, c'est bien l'absence de politique énergétique autonome qui est en cause. Or cette autonomie, le RN en a fait un marqueur identitaire. L'accusation lancée par le député macroniste pourrait ainsi se retourner contre son propre camp, accusé d'impuissance face à des décisions prises à Washington.

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