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Essence à près de 3 euros le litre : les gilets jaunes ressortent les rond-points, de Gap à Bandol

Par Rudy Levasseur

Une cinquantaine de gilets jaunes se sont rassemblés ce samedi 12 septembre à Bandol (Var) avant de bloquer le péage, tandis que des appels similaires émergent à Gap et à Paris, sur fond de flambée des prix du carburant.

Essence à près de 3 euros le litre : les gilets jaunes ressortent les rond-points, de Gap à Bandol

Le signal est faible, mais il mérite attention. Ce samedi 12 septembre, une cinquantaine de gilets jaunes se sont retrouvés au rond-point situé à proximité de l'entrée de l'autoroute de Bandol, dans le Var, avant de se déplacer dans l'après-midi vers le péage de la commune pour y organiser un blocage, selon Var Actu. Des rassemblements comparables se dessinent ce week-end à Gap et à Paris, alors que le litre d'essence s'approche désormais des 3 euros. Le détonateur de 2018 était une taxe carbone ; celui de 2026 serait le prix à la pompe, tout simplement.

Des rond-points qui se réveillent

À Bandol, l'ambiance décrite est conviviale : certains participants ont apporté de quoi manger, plusieurs automobilistes ont klaxonné en signe de soutien en passant devant le rassemblement. La police était présente, y compris lors du blocage du péage dans l'après-midi. Les organisateurs affichent une ligne claire : pas d'étiquette, pas de parti. « Cette journée est consacrée principalement à l'union des peuples, sans couleur politique, sans parti politique. Nous c'est l'union qui fera la force », déclare l'un d'eux. Autre revendication de méthode : « Nous ce qu'on veut c'est mobiliser un maximum de gens afin de pouvoir contester, mais sans violence. »

Ce souci de respectabilité n'est pas anodin. Le souvenir des scènes de dégradation de 2018-2019 pèse encore sur l'image du mouvement. En posant d'emblée le cadre pacifique, les organisateurs cherchent à rendre la mobilisation fréquentable pour des Français qui partagent la colère mais pas les modes d'action.

Une colère qui déborde du seul carburant

Les revendications exprimées à Bandol dépassent largement le prix de l'essence. L'organisateur cité par Var Actu appelle à rassembler « les paysans, les pompiers, la police, quand on en a marre aussi, les services comme le service public de l'hôpital et tout ça qui est en train de se dégrader, l'école publique ». Et de conclure : « On rassemble tout le monde et on fait un grand stop sur l'hexagone de la France. La France, c'est un grand stop qu'il faut poser. On arrête ! »

On peut discuter la forme, mais le diagnostic rejoint celui que dressent depuis des mois les rapports sur l'état des hôpitaux, des écoles ou des forces de l'ordre. Quand un mouvement spontané et unaudit des services publics convergent, l'exécutif ferait bien d'écouter plutôt que de hausser les épaules. Le précédent de 2018 a montré ce qu'il en coûte de traiter une colère de proximité comme un simple problème d'ordre public : des mois de crise, un grand débat improvisé et une facture de plusieurs milliards en mesures d'urgence.

Le vrai test : l'ampleur

Reste la question de la mobilisation réelle. Cinquante personnes à Bandol, c'est un noyau, pas un mouvement. Sur les réseaux sociaux, des appels circulent pour amplifier la mobilisation dans les prochains jours, et la presse régionale note que La Ciotat et Bandol, foyers historiques de la contestation varoise, pourraient à nouveau en devenir des points de fixation. La mécanique de 2018 s'était construite exactement ainsi : des groupes Facebook, des rond-points, puis une dynamique nationale que nul n'avait anticipée.

Le contexte économique, lui, est objectivement plus tendu qu'il y a huit ans. Avec un litre qui flirte avec les 3 euros, les ménages contraints de rouler pour travailler, souvent les plus modestes et les plus éloignés des bassins d'emploi, encaissent une hausse que les salaires ne compensent pas. C'est précisément ce public, la France périphérique chère à Christophe Guilluy, qui avait constitué le socle des gilets jaunes. Que le gouvernement songe à répondre par une nouvelle taxe ou par un énième dispositif ciblé et bureaucratique serait une double erreur : d'équité et d'efficacité.

Leçon pour l'exécutif

L'histoire récente enseigne une chose : ces mouvements ne naissent jamais d'une seule cause mais d'une accumulation, carburant, pouvoir d'achat, sentiment de déclassement, services publics en souffrance. À Bandol, les organisateurs ne réclament pas un chèque, ils décrivent un pays qui se dégrade. Si l'exécutif veut éviter un automne social difficile, il aurait tort d'attendre que les rond-points soient pleins pour considérer la question des prix de l'énergie et de la fiscalité qui les pèse. La colère, elle, ne prend pas rendez-vous.

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