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Justice

Vénissieux et Vaulx-en-Velin : la justice administrative préconise l'annulation des victoires LFI

Par Dimitri Scudo

La rapporteure publique du tribunal administratif de Lyon a préconisé, lundi 14 septembre 2026, l'annulation des scrutins municipaux remportés par LFI à Vénissieux et Vaulx-en-Velin, en raison d'irrégularités constatées sur d'autres listes en présence.

Vénissieux et Vaulx-en-Velin : la justice administrative préconise l'annulation des victoires LFI

Des victoires à 25 et 104 voix près

La décision est tombée ce lundi 14 septembre 2026, devant le tribunal administratif de Lyon : la rapporteure publique a préconisé l'annulation des élections municipales de Vénissieux et de Vaulx-en-Velin, deux communes de la banlieue lyonnaise conquises par La France insoumise en mars dernier. Lors du scrutin, le député LFI Abdelkader Lahmar avait devancé à Vaulx-en-Velin la maire sortante socialiste Hélène Geoffroy de 104 voix seulement (50,49 % contre 49,51 %). À Vénissieux, Idir Boumertit, lui aussi député LFI, avait arraché de 25 suffrages une mairie détenue par les communistes depuis des décennies, face à la sortante Michèle Picard.

Après Saint-Denis et Roubaix, ces deux villes, 65 000 et 53 000 habitants, constituaient les troisième et quatrième plus grandes conquêtes municipales des Insoumis en France métropolitaine. Leur éventuelle annulation porterait donc un coup sérieux au récit d'une LFI enracinée dans les territoires populaires. Le tribunal a mis sa décision en délibéré, sans date précisée. Il faut rappeler que les juridictions administratives suivent dans la plupart des cas les conclusions des rapporteurs publics.

Des irrégularités qui ne sont pas le fait de LFI

Précision d'importance : les irrégularités reprochées ne concernent pas les listes insoumises elles-mêmes. À Vaulx-en-Velin, c'est l'annulation de 693 bulletins en faveur d'une liste divers centre arrivée troisième au second tour qui pose problème. Sa tête de liste, Christine Bertin, avait omis, de bonne foi, de mentionner la nationalité néerlandaise d'une colistière, comme l'exige le code électoral. Elle conteste la procédure : la préfecture ne l'aurait informée de l'irrégularité que quelques heures avant le second tour, sans avoir invalidé ces mêmes bulletins au premier. La rapporteure a jugé cela « de nature à remettre en cause la sincérité de l'ensemble de l'élection », compte tenu de l'étroitesse de l'écart final.

À Vénissieux, l'affaire est plus grave. La tête de liste d'extrême droite RN-UDR, Quentin Taïeb, et certains de ses colistiers auraient procédé à de fausses déclarations de domiciliation, avec une « intention frauduleuse » selon la magistrate. Cette liste avait recueilli 1 966 suffrages au second tour, se classant quatrième. Là encore, au vu des 25 voix d'écart entre LFI et la liste sortante, la sincérité du scrutin entier est jugée compromise.

Ce que révèle cette séquence

Deux enseignements s'imposent. Le premier tient à la fragilité du prétendu ancrage insoumis : on ne bâtit pas une légitimité durable sur 25 ou 104 voix. LFI a fait de ces conquêtes orientales de Lyon, avec Saint-Fons, la vitrine de son « municipalisme ». Or une victoire aussi étriquée, obtenue dans des scrutins où des listes entières étaient entachées d'irrégularités, relève moins de l'adhésion populaire que de l'arbitrage technique. Si le tribunal suit la rapporteure, les Insoumis devront convaincre une seconde fois, dans des conditions où l'effet de surprise aura disparu.

Le second enseignement concerne le camp national. Si les fausses domiciliations de la liste RN-UDR de Vénissieux sont confirmées, elles desservent directement la crédibilité d'un parti qui fait de la légalité républicaine son principal argument de campagne. On ne peut pas exiger la rigueur des autres et l'oublier pour soi-même. La droite républicaine, elle, n'a rien à gagner à ce que des mairies soient attribuées ou retoquées sur fond de fraude documentaire, d'où qu'elle vienne.

Un contentieux municipal qui s'allonge

Cette affaire s'inscrit dans un contentieux électoral local particulièrement fourni depuis mars : élection annulée à Limours, villages privés de maire pour un oubli de mention de nationalité, recomptages à quelques voix près. Le code électoral, d'une technicité redoutable, produit une jurisprudence croissante que les préfectures elles-mêmes semblent parfois peiner à appliquer de façon cohérente, comme le suggère le cas des bulletins validés au premier tour puis annulés au second à Vaulx-en-Velin.

Reste une question politique de fond : dans des communes où l'abstention structure les rapports de force, chaque voix compte et chaque irrégularité devient potentiellement décisive. La décision du tribunal administratif de Lyon, attendue dans les prochaines semaines, dira si LFI conserve ses deux fleurons rhodaniens ou si les électeurs de Vénissieux et Vaulx-en-Velin doivent retourner aux urnes. Un éventuel nouveau scrutin, à enjeu nationalisé, s'annoncerait sous haute tension.

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