Sarah Saldmann claque la porte de CNews et Europe 1, en désaccord avec le rapprochement avec Frontières
Par Clarence Azolina
L'avocate et chroniqueuse Sarah Saldmann a annoncé le 14 septembre 2026 qu'elle quittait CNews et Europe 1, invoquant l'importance croissante du média Frontières au sein du groupe de Vincent Bolloré.

L'avocate et chroniqueuse Sarah Saldmann a annoncé, ce lundi 14 septembre 2026 dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, qu'elle mettait un terme à plusieurs années de collaboration avec CNews et Europe 1, les deux antennes du groupe détenu par Vincent Bolloré. En cause, assume-t-elle : la place grandissante prise par le média Frontières au sein de la galaxie médiatique du groupe.
« L'importance prise aujourd'hui par le média Frontières m'amène à faire des choix cohérents avec mes convictions, mes priorités et la suite que je souhaite donner à mon parcours », explique-t-elle, ajoutant que « cette décision est mûrement réfléchie ». L'ancienne chroniqueuse tient toutefois à ménager ses anciens employeurs : elle remercie nommément Pascal Praud, Serge Nedjar, Donat Vidal-Revel, Gérald-Brice Viret et Laurence Ferrari. « Je quitte donc CNews et Europe 1 avec respect et reconnaissance pour le chemin parcouru, mais avec la volonté d'ouvrir désormais un nouveau chapitre », conclut-elle.
Un divorce qui couvait depuis juin
Le départ ne tombe pas du ciel. Le 3 juin dernier, un échange particulièrement tendu avait opposé Sarah Saldmann à Pascal Praud dans L'Heure des pros. Invitée à débattre des débordements qui avaient suivi la victoire du PSG en Ligue des champions, la chroniqueuse s'était agacée de la lecture faite par les autres intervenants du plateau : « On ne peut pas mettre l'immigration à toutes les sauces non plus, là, sur ce fait-là, il n'y a pas de rapport », s'était-elle insurgée, avant d'asséner : « Je n'évolue pas au milieu de Frontières, ça c'est sûr ».
La séquence avait provoqué la colère de Pascal Praud à l'antenne, et un vif débat chez les téléspectateurs et sur les réseaux sociaux. Le site Arrêt sur images y avait vu la démonstration de l'impossible critique de Frontières sur CNews, ce qui est au demeurant une lecture engagée. Il faut pourtant reconnaître à Sarah Saldmann une forme de cohérence : ce qu'elle disait en juin à l'antenne, elle le traduit aujourd'hui par un départ. Sur le fond, son propos de juin, refus de voir l'immigration convoquée pour expliquer n'importe quel fait divers, pouvait se défendre intellectuellement. Mais la manière, publique et frontale, avait rendu la suite de la collaboration difficilement tenable.
Frontières, nouvelle pièce de l'échiquier Bolloré
Le contexte qui a précipité la décision est connu : Lagardère Média News, propriété de Vincent Bolloré, a acquis au début du mois de septembre 25 % des parts du magazine Frontières. Sur CNews, le titre est déjà associé à l'émission 100 % Frontières, incarnée par Gauthier Le Bret et par Erik Tegnér, fondateur et directeur de la rédaction du média.
Cette entrée au capital officialise une porosité éditoriale qui existait déjà à l'antenne, et elle inscrit Frontières durablement dans le paysage médiatique de droite. La démarche de Vincent Bolloré est limpide : agréger autour de CNews et Europe 1 un écosystème complet, de la presse écrite à l'audiovisuel, et capter un lectorat que les médias historiques ont longtemps laissé de côté. On peut discuter la ligne de Frontières, souvent qualifiée d'identitaire par ses détracteurs, terme que le titre assume d'ailleurs en partie. Reste qu'un média ne se juge pas à l'étiquette que ses adversaires lui collent, mais à son travail. Et que la stratégie d'un actionnaire qui investit dans un titre en croissance relève d'abord d'une lecture économique du marché.
En quittant le navire sur ce motif précis, Sarah Saldmann prend donc position dans un débat interne au camp de droite : celui des frontières, justement, entre une droite républicaine et une droite plus radicale. Débat légitime, mais dont on mesure aussi la commodité. S'en prendre à Frontières vaut aujourd'hui brevet de respectabilité dans les milieux parisiens ; c'est un positionnement qui ne coûte pas grand-chose en dehors des antennes du groupe Bolloré, et qui peut même rapporter.
Une trajectoire qui interroge
Car le parcours de l'intéressée invite à la prudence sur la pureté du geste. En janvier 2026, Libération consacrait à l'avocate un portrait au titre parlant : « Sarah Saldmann, rive droite, dérive gauche ». Le quotidien y décrivait une personnalité en pleine recomposition, loin de l'image de la chroniqueuse tonitruante qui s'était fait connaître dans les débats télévisés. En 2024, elle avait déjà quitté Les Grandes Gueules sur RMC dans des conditions agitées, évoquant elle-même « quelques écarts ». Elle a par ailleurs participé au film Au Boulot ! de François Ruffin, député insoumis, et s'est affichée cet été au bras de Luc Besson à la Mostra de Venise.
Rien de tout cela n'est un reproche en soi : chacun choisit ses fréquentations et ses projets. Mais l'enchaînement dessine une chroniqueuse en recherche de repositionnement, et le mot « convictions », brandi dans le communiqué, recouvre sans doute aussi un calcul de carrière. Quitter CNews en brandissant Frontières comme repoussoir, c'est se rendre fréquentable pour d'autres antennes et d'autres milieux, au moment précis où son image avait besoin d'être adoucie.
Au final, cet épisode dit moins sur Frontières que sur l'état du débat médiatique français. CNews et Europe 1 poursuivront leur route avec une ligne assumée, qui trouve son public et ne demande qu'à être critiquée sur le fond plutôt que diabolisée par association. Sarah Saldmann, elle, ouvre un « nouveau chapitre » dont on verra s'il est celui d'une avocate de convictions ou d'une personnalité médiatique habile dans l'art du repositionnement. Les deux n'étant d'ailleurs pas incompatibles, c'est bien là le problème.
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